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imagesCA8DDQLXNuccio ORDINE est professeur de littérature italienne spécialiste de Giordano Bruno. Il propose à travers la symbolique de l'âne en particulier dans l'oeuvre de Bruno une approche pertinente de la philosophie du Nolain. L'asinité depuis des siècles joue un rôle duale dans nos représentations. 

Giordano Bruno fut un esprit brillant, en avance sur son temps avec une perception de l'infinie, des religions, de Dieu, de la connaissance, très en avance sur son époque. L'âne négatif et l'âne positif représentés parfois avec une tête d'homme ou un corps d'homme nous servent de miroir et peuvent nous permettre de mieux nous comprendre, mais également de mieux comprendre le macrocosme.

Cette étude brillante, nous incite à découvrir la philosophie de Bruno, à réfléchir sur l'asinité, sur le sens de la connaissance. Je vous propose en guise d'approche intellectuelle et spirituelle des extraits que j'ai sélectionné.

"Le rapport de proximité âne-esclave est souligné à plusieurs reprise dans la Bible. L'âne est "tantôt" divin, vénéré, bénéfique, "tantôt" démoniaque , honni et maléfique.

L'homme peut devenir "Dieu de la terre" en exerçant une de ses qualités naturelles son processus de "divination" découlera de sa capacité d'utiliser avec harmonie son intelligence et ses potentialités corporelles. Le dépassement par l'homme de sa condition bestiale est marqué par le passage de la nature à la culture: c'est ce parcours qui lui a permis de dominer les cycles naturels, en pliant la nature à ses propres exigences. Le processus de "divination" de l'homme se concrétise dans le projet de labeur.

Le Nolain s'en prend aux partisans de l'oisiveté, aux aristotéliciens et aux sceptiques qui freinent le processus de la connaissance, au Christ et aux réformateurs évangéliques qui invitent à l'immobilisme et à l'ignorance pour conquérir une immortalité au delà de la vie terrestre. Le tableau de l'asinité négative: négation de la civilisation et apologie du mythe de l'âge d'or, négation de la vie terrestre et apologie d'une vie dans l'au-delà, immobilisme, sainte ignorance, arrogance, présomption, oisiveté, renoncement, attente.

L'aventure de la connaissance ne peut être entreprise que par l'asinité positive, qui fait de l'humilité, de la tolérance, du labeur, de l'endurance, les seules possibilités dont l'homme dispose pour se racheter de sa bestialité naturelle. L'harmonie de la connaissance s'acquiert par un usage équilibré de tous les instruments du savoir."

Ce qui est commun et facile est bon pour le vulgaire et le commun; les hommes exceptionnels, héroiques et divins suivent la voie difficile pour contraindre la nécessité à leur accorder la palme de l'immortalité. De plus, même s'il n'est pas possible de terminer la course et de remporter le prix, ne ménagez pas vos efforts dans une entreprise si importante et résitez jusqu'à votre dernier souffle. La louange attend non seulement le vainqueur, mais aussi celui qui meurt sans couardise ni lâcheté en transférant sur le mauvais sort la responsabilité de sa défaite et de sa mort, et en montrant au monde qu'elles sont imputables à l'infortune plutôt qu'à sa propre insuffisance. Honneur non seulement à celui qui a mérité le prix, mais aussi à tel ou tel autre qui a assez bien couru pour en être jugé digne, en dépit de sa défaite. Et honte à ceux que le désespoir arrête à mi-parcours et qui, quoique derniers, ne vont pas juqu'au terme avec ce qu'il leur reste de souffle et de vigueur. Que la persévérance l'emporte donc: si l'épreuve est épuisante,la récompense ne sera pas médiocre. (Cena  p.63-64-G.Bruno)

La complexité de l'univers ne peut être examiné à travers une seule philosophie. De multiples sentiers peuvent conduire "à la connaissance des choses naturelles". Se renfermer en soi-même signifie se contenter de peu de choses, en croyant quelles sont la totalité; Dans cet océan en pleine tempête, l'unique possibilité de s'orienter est représentée par la connaissance du rapport dialectique entre un et multiple, entre nécessité et liberté.

Selon la conception de Bruno, l'efficacité de la religion se mesure exclusivement d'après la réalisation de ses projets: les cultes égyptiens, romains ou catholiques ne présentent dans leur spécificité, aucun élément qui les rendent meilleurs que les autres, mais leur supériorité s'exprime dans la contribution qu'ils ont apporté à la conservation de la communauté politique. La tolérance religieuse du Nolain est l'expression de l'une de ses convictions profondes: aucun culte n'est philosophiquement vrai. Tous les hommes se trouvent dans une même condition d'égalité, seul un petit nombre réussira à se détacher de la multitude : ceux-ci seront des hommes héroïques.

L'élément fondamental qui caractérise la condition des ânes pédants est leur façon de perdre leur temps à la recherche de choses futiles, dans une vie qui passe si vite que même l'instant ne doit pas être gaspillé. L'oisiveté intellectuelle se contente de se reproduire elle-même selon un processus négatif d'autogermination dans lequel le superflu s'ajoute au superflu, sans aucune possibilité de sortir des ténèbres de ce cercle vicieux.

La poésie ne naît pas des règles, sinon par un léger accident mais les règles dérivent de la poésie. Voilà pourquoi il est autant de genres et d'espèces de vraies règles qu'il est de genre et d'espèces de vrais poètes. La littérature ne peut être séparée du chemin de la philosophie et de la connaissance, elle doit être un instrument du progrès social et civil, elle doit être au service d'une vision plus ouverte du monde, traduire la complexité d'une réalité en mutation continue.

Si les grammairiens portent leur attention sur les "mots" et les mathématiciens sur les "signes", c'est au philosophe d'aller au-delà des mots et des signes pour pénétrer à l'intérieur des sentiments et des vérifications.

L'âne incarne comme le fait remarquer Allessandro Fara dans le Settenario l'infinie variété des formes de la matière et par conséquent la variété de l'univers tout entier."