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Ce roman de Balzac, il y a longtemps que je nourrissais l’envie de le lire. Un roman particulier, mettant en exergue le côté mystique de Balzac, l’amour platonique de Felix. C’est aussi un roman épistolaire avec trois grandes lettres, c’est un décor bucolique, une Touraine apaisante et spirituelle. Le Lys c’est madame de Morsauf (Henriette pour Félix), Felix l’aime comme on peut aimer Dieu, un Ange.

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« O vous qui aimez ! Imposez-vous de ces belles obligations, chargez-vous de règles à accomplir comme l’Eglise en a donné pour chaque jour aux chrétiens. C’est de grandes idées que les observances rigoureuses créés par la Religion romaine, elles tracent toujours plus avant dans l’âme les sillons du devoir par les répétitions des actes qui conservent l’espérance et la crainte. Les sentiments courent toujours vifs dans ces ruisseaux creusés qui retiennent les eaux, les purifient, rafraîchissent incessamment le cœur, et fertilisent la vie par les abondants trésors d’une foi cachée source divine où se multiplie l’unique pensée d’un unique amour ».

Les personnages sont d’une grande intensité, Henriette s’inscrit dans le sacrifice, sacrifice pour son mari, pour ses enfants, pour sa foi, enfin pour Félix qu’elle aime jusqu’à la mort. C’est un roman mystique qui offre probablement une autre lecture à ne pas négliger. Balzac appréciait Louis-Claude de Saint Martin.

 

 

  louisclaudedesaintmartin - Copie

 Louis-Claude de Saint Martin

 « Ami intime de la duchesse de Bourbon, madame de Verneuil faisait partie d’une société sainte dont l’âme était Saint Martin né en Touraine et surnommé le Philosophe Inconnu. Les disciples de ce Philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l’illuminisme mystique. Cette doctrine donne la clé des mondes divins, explique l’existence par des transformations où l’homme s’achemine à de sublimes destinées, libère le devoir de sa dégradation légale, applique aux peines de la vie la douceur inaltérable du quaker, et ordonne le mépris de la souffrance en inspirant je ne sais quoi de maternel pour l’ange que nous portons au ciel.

C’est le stoïcisme ayant un avenir. La prière active et l’amour pur sont les éléments de cette loi qui sort du catholicisme de l’Eglise romaine, pour entrer dans le christianisme de l’Eglise primitive. Mademoiselle de Lenoncourt resta néanmoins au sein de l’Eglise apostolique, à laquelle sa tante fut toujours également fidèle. Rudement éprouvée par les tourmentes révolutionnaires, la duchesse de Verneuil avait pris dans les derniers jours de sa vie, une teinte de piétée passionnée qui versa dans l’âme de son enfant chéri la lumière, de l’amour céleste et l’huile de la joie intérieure, pour employer les expressions même de Saint Martin. »

Ainsi, Henriette Amour inaccessible et lumineux offre à Felix un combat entre la matière et l’esprit. Felix est « homme de Désir » (premier ouvrage du triptyque de Saint Martin) rencontre madame de Morsauf et amorce un combat entre le bien et le mal, Henriette combat le mal, Felix transcende son amour. Henriette veut transformer Felix, en homme accompli, solide, qui doit réussir sa vie, elle en fait un « Nouvel Homme » (deuxième ouvrage de triptyque) qui ne sera jamais exempt de faiblesses certes, mais qui revient à l’essentiel. Madame de Mortsauf (sauvé par la mort) se meurt, Félix est là, il a l’Amour en face de lui, qui ne l’a jamais quitté, amour plus fort que tout. Désormais il demeurera en quelque sorte sous le « Ministère de l’Homme Esprit » (troisième ouvrage).

Balzac observe la société sans concession : « si dans ce monde égoïste, une foule de gens vous diront que l’on ne fait pas son chemin par les sentiments, que les considérations morales trop respectées retardent leur marche, vous verrez des hommes mal élevés, malappris, ou incapables de toiser l’avenir, froissant un petit, se rendant coupables d’une impolitesse envers une vieille femme, refusant de s’ennuyer un moment avec quelque bon vieillard, sous prétexte qu’il ne leur sont utiles à rien, plus tard vous apercevrez ces hommes accrochés à des épines qu’ils n’auront pas épointées, et marquant leur fortune pour un rien, tandis que l’homme rompu de bonne heure à cette théorie des devoirs, ne rencontrera pas d’obstacles, peut-être arrivera-t-il moins promptement, mais sa fortune sera solide et restera quand celle des autres croulera. »

« la jeunesse est toujours encline à je ne sais quelle promptitude de jugement qui lui fait honneur, mais qui la dessert, de là venait le silence imposé par l’éducation d’autrefois, aux jeunes gens qui faisaient auprès des grands un stage pendant lequel ils étudiaient la vie, car autrefois la Noblesse comme l’Art avait ses apprentis, ses pages, dévoués aux maîtres qui les nourrissaient… »

Nous terminerons par un Balzac pessimiste ou lucide «  croyez-le ! une vie d’amour est une fatale exception à la loi terrestre, toute fleur périt, les grandes joies ont un lendemain mauvais quand elles ont un lendemain »

C’est un roman très riche, envoûtant, troublant, écrit par un Balzac qui pourrait se nommer Félix.

 

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