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"Le monde est ma représentation", c'est une vérité qui vaut pour tout être vivant et connaissant, encore que seul l'homme puisse la porter à la conscience réfléchie et abstraite, et quand il le fait effectivement, il accède à la réflexion philosophique. Alors, il se rend à la certitude et l'évidence, que ce qui est connu par lui n'est ni le soleil ni la terre mais que ce n'est jamais qu'un oeil voyant un soleil, une main touchant une terre, que le monde environnant n'existe qu'à titre de représentation, c'est-à-dire seulement en rapport avec quelque chose d'autre, avec ce qui se représente, à savoir l'homme lui-même. S'il est une vérité qui peut être énoncée a priori, c'est bien celle-là, car elle est l'expression de la forme de toute expérience possible et concevable, cette forme qui est plus générale que toutes les autres, plus générale que le temps, l'espace et la causalité, car ces-dernières la présupposent toutes. Si chacune de ces formes, que nous avons toutes reconnues comme autant de figures particulières du principe de raison, ne vaut que pour une classe particulière de représentations, la division entre sujet et objet constitue au contraire la forme générale de toutes ces classes, la forme qui seule rend possible et pensable toute représentation, quelle que soit sa nature, abstraite ou intuitive, pure ou empirique. Il n'y a donc pas de vérité plus certaine, moins dépendante de toutes les autres, et qui nécessite moins l'appui d'un exemple que celle-ci: tout ce qui existe pour la connaissance, et donc le monde entier, est seulement un objet en rapport avec le sujet, intuition de celui qui intuitionne, en un mot : représentation."

Le monde comme volonté et représentation.

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