alphonse-de-lamartineAlphonse de Lamartine

 

Le papillon  les nouvelles méditations poétiques

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Naître avec le printemps, mourir avec les roses,

Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur,

Balancé sur le sein des fleurs à peines écloses,

S’enivrer de parfums, de lumière et d’azur,

Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,

S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,

Voilà du papillon le destin enchanté !

Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,

Retourne enfin au ciel chercher la volupté !

 

La branche d’amandier  les nouvelles méditations poètiques

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De l’amandier tige fleurie,

Symbole, hélas ! de la beauté,

Comme toi, la fleur de la vie

Fleurit et tombe avant l’été

 

Qu’on la néglige ou qu’on la cueille,

De nos fronts, des mains de l’Amour,

Elle échappe feuille à feuille,

Comme nos plaisirs jour à jour !

 

Savourons ces courtes délices ;

Disputons-les mêmes au zéphyr

Epuisons les riants calices

De ces parfums qui vont mourir

 

Souvent beauté fugitive

Ressemble à la fleur du matin,

Qui, du front glacé du convive,

Tombe avant l’heure du festin

 

Un jour tombe, un autre se lève ;

Le printemps va s’évanouir ;

Chaque fleur que le vent enlève

Nous dit : Hâtez-vous de jouir.

 

Et, puisqu’il faut qu’elles périssent,

Qu’elles périssent sans retour !

Que ces roses ne se flétrissent

Que sous les lèvres de l’amour !

Poème conçu à Rome au printemps de 1821.