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Un village, des personnages pour décrire un microcosme sociétal, et l’art d’évoquer la guerre sans jamais la décrire (1914-1918). CRIPURE professeur de philosophie, son fils Amédée, la bonne Maia, la petite bourgeoisie locale. La guerre est déclarée, les jeunes partent. Le roman est entièrement construit sur une observation et des comportements. La philosophie joue un rôle prépondérant, la mort, l’absurdité, une noirceur et un réalisme un peu à la Céline, CRIPURE un peu le monsieur OUINE de Bernanos. « Bah! pensa CRIPURE, connaîtrait-on jamais les dessous de la guerre? Saurait-on jamais le détail de cette immense saloperie? » Il ne le désirait peut-être pas. Non seulement il aimait à être dupe, mais il voulait l’être avec mystère.

Un grand roman, profond, qui triture les « âmes », qui désacralise, déconstruit. Ce père et collègue de CRIPURE qui court après un train qui doit l’amener à son fils annoncé mort, un train qu’il ne pourra pas prendre. Puis l’offense, la gifle, avec la provocation en duel nourrit presque tous le second tome. Le futile déclenche le tragique, et un CRIPURE en souffrance qui finalement n’est pas dans le même monde que ceux qui l’entoure. Son manuscrit déchiré par les chiens et sa bonne et maîtresse une goton gentille et aimante mais qui ne perçoit rien et provoque le geste fatal.

Une réflexion sur la vie, la mort, la solitude, et sur l’autre qui souvent est un étranger. On ne sort pas indemne de ce grand roman.

« Le sang noir est une danse des morts qui veut contraindre les Dieux à se retourner et à ouvrir de force leurs yeux fermés, pour qu’ils montrent enfin un visage humain, le seul de leurs visages qui libèrent les morts » André MALRAUX

« Qui est ce monsieur CRIPURE ? ...c’est un surnom appliqué à un personnage qui voudrait se donner de l’importance, un collègue, un soi-disant philosophe, au fonds un raté. Ce surnom vient de ce qu’il parle beaucoup de la « critique de la raison pure » dont les élèves ont fait CRIPURE de la raison tique, d’où CRIPURE. »

Et cette guerre marquée sur le visage de nos enfants. « On ne réformait pas. Des petits malingres portaient à leur chapeau le signe de la mort prochaine. Comme ils avaient l’air peu guerrier, cependant, peu faits pour la mort. Comme ils paraissaient peu se douter de la mort! Presque tous les visages de ces jeunes gens, même les plus irréels, exprimaient une confiance, une crédulité d’enfants, une ignorance pathétique du mensonge. Il ne leur venait pas à l’esprit qu’on put les trahir. Ils étaient tout prêts à mettre leur main dans la main de qui les emmènerait, pourvu que le conte promis fût beau et noble. Ils ne posaient pas de conditions, ne semblaient même pas y penser, n’exigeaient pas de savoir par quoi à l’autre bout de la chaîne serait compensé la perte de leur jeune vie et si cette innocente acceptation de la douleur et de la mort servirait au moins à alléger la douleur du monde. »

« Lire et écrire, que veut dire cette folie? A la fin, leur littérature me tape sur les nerfs, avec son exaltation de la souffrance. Faire de la souffrance une valeur! Bobard mortel, fous d’orgueil, qui tous écrivent pour prouver qu’ils sont plus intelligents que les autres, qu’ils ont plus d’âme, qu’ils ont plus et mieux souffert que le commun des croquants, comme si cela avait une importance quelconque ».

guilloux Louis GUILLOU