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marguerite_duras Marguerite Duras

Cinq textes dans ce livre : Ecrire, mort de l’aviateur anglais, Roma, le nombre pur, l’exposition de peinture.

Un livre qui n’est ni roman, ni essai, ni biographie quoique, plutôt des réflexions, une ballade, une toile, un film. Un livre difficile à classer, facile à lire mais déconcertant. M DURAS nous livre une introspection sur l’écriture, pourquoi écrire ? Un exutoire, une solitude à combler, un égo qui doit se réaliser…

« J’ai compris que j’étais une personne seule avec mon écritoire très loin de tout »

« La solitude de l’écriture c’est une solitude sans quoi l’écrit ne se produit pas, car il s’émiette exsangue de chercher quoi écrire encore ».

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C’est reposant un écrivain souvent, ça écoute beaucoup ».

« Ecrire quand même malgré le désespoir. Non : avec le désespoir. Quel désespoir, je ne sais pas le nom de celui-là. Ecrire à côté de ce qui précède l’écrit c’est toujours le gâcher. Et il faut cependant accepter ça ! Gâcher le ratage c’est revenir vers un autre livre, vers un autre possible de ce même livre ».

« Il faut être plus fort que soi pour aborder l’écriture, il faut être plus fort que ce qu’on écrit ».

L’épisode de la mort d’une mouche, racontée avec distance et cruauté, vient clore cette partie sur l’écriture.

« Dès que l’être humain est seul il bascule dans la déraison. Je le crois :je crains que la personne livrée à seule est déjà atteinte de folie parce que rien ne l’arrête dans le surgissement d’un délire personnel ».

 Elle aime la Normandie et elle évoque une « rencontre » avec un jeune aviateur de 20 ans qui s’est tué à la fin de la guerre dans le village de Vauville près de Deauville. L’évènement est lointain et pourtant pour M DURAS il est majeur, interrogateur, elle tisse un lien fort avec ce village et s’est mise en devoir d’honorer la mémoire de WJ CLIFFE par ces lignes.

« Il y aurait une écriture du non écrit. Un jour ça arrivera. Une écriture brève, sans grammaire, une écriture de mots seuls. Des mots sans grammaire de soutien. Egarés. Là, écrits. Et quittés aussitôt »

Elle se révolte au passage contre la fermeture des usines Renault à Billancourt et marque de la compassion pour le prolétariat exploité.

« …Ce qui dominera toujours, et ça nous fait pleurer, c’est l’enfer et l’injustice du monde du travail. L’enfer des usines, les exactions du mépris, de l’injustice du patronat et son horreur du régime capitaliste, de tout le malheur qui en découle ; du droit des riches à disposer du prolétariat et d’en faire la raison même de son échec, et jamais de sa réussite. Le mystère c’est pourquoi le prolétariat accepte. Mais on est nombreux et chaque jour davantage à croire que ça ne peut plus durer longtemps… ».

 « Socialement je voudrais demander aux gens qui liront ces lignes de m’aider à un projet que j’ai depuis 3 ans, depuis l’annonce de la fermeture des usines renault à Billancourt. Il s’agirait de consigner les noms et prénoms de toutes les femmes et de tous les hommes qui ont passé leur existence entière dans cette usine nationale de renommée mondiale. On devrait atteindre le chiffre d’une grande capitale. Aucun texte ne pourrait contrebalancer ce fait du chiffre, du travail, chez Renault, la peine totale, la vie ».

Suit une ballade dans Rome, plus avec une caméra qu’un stylo, puis arrivent ces pensées sur le mot pur qui traduit une qualité mais aussi des ambiguïtés.

Le mot pur … « ce mot n’est pas un concept, ni un défaut, ni un vice, ni une qualité. C’est un mot de la solitude.

« Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres ». C’est une solitude.

Enfin nous terminons par le 5ème texte : l’exposition de peinture, texte destiné à Roberto PLATE peintre plasticien argentin. Les thèmes de la maison et de la solitude resurgissent.

Des textes forts, poétiques, philosophiques, artistiques.

« DURAS n’était pas croyante mais percevait l’appel de chaque ciel »

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