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" Vint l’heure ou la décision s’imposa, où NIETZSCHE se soumis à la fatalité qui était sa loi : folie pour les gens sérieux. Car comment taxer autrement l’abandon d’une carrière qui s’était annoncée exceptionnellement brillante, qui, bien conduite, aurait pu conduire le professeur de Bâle au sommet des honneurs "?

Mais NIETZSCHE avait déjà son propre registre d’évaluation : les valeurs n’étaient pas pour lui ces existentiaux qui jalonnent la vie des meilleurs hommes. Il ne reconnaissait comme la seule valeur authentique que la rectitude la plus stricte, la probité. Et peut-être parce qu’il n’acceptait plus d’éternité hors du temps voulait-il créer cette éternité au cœur du temps lui-même.

NIETZSCHE recherche avant tout la vérité, il ne veut pas s’illusionner, se mentir. La probité est au sens noble envers les autres et surtout envers soi-même. C’est le choix d’un parcours particulièrement difficile, aride, car souvent les erreurs viennent se greffer sur une pensée que l’on croit limpide.

" ....Tout esprit profond a besoin d’un masque, plus encore, autour de tout esprit profond se forme continuellement un masque à cause de l’interprétation constamment fausse, c’est-à-dire plate, de chacune de ses paroles, de chacune de ses démarches, du moindre signe sous lequel sa vie se manifeste " Par-delà le bien et le mal

NIETZSCHE porte parfois des masques, mais il est des déguisements qu’il récuse, des mensonges dont il ne veut pas, même si son bonheur doit être le prix de cette véracité. Il importe avant tout de demeurer fidèle à soi-même.

L’homme profond se préserve de la surface, cette surface qui ne peut pas le comprendre.

NIETZSCHE récuse la foi et tente en vain de se hausser jusqu’à la grandeur stoïcienne. Même quand il s’est écarté de SHOPENHAUER, et quand il a condamné « ses embarras mystiques» il continue à approuver ses immortelles doctrines de l’intellectualité des conceptions, de la priorité de la loi de causalité, de l’intellect-instrument, de la non liberté du vouloir.

NIETZSCHE se liera d’amitié avec R WAGNER, pour NIEZTSCHE la musique illustre le tragique, mets en exergue les plus hautes aspirations, l’amour, la mort. « WAGNER est aussi grand, aussi singulier que l’artiste..."J’ai déjà passé avec lui et avec la géniale Mme COSIMA Von BULOW (fille de LISTZ) bien des jours heureux, comme ces derniers temps..."

L’oracle de Delphes: " Deviens qui tu es " éclairera NIETZSCHE. Il comprendra que pour rester fidèle à cette devise, il faut s’arracher à ces chères amitiés et poursuivre seul sa route. Pas de compromis dans la recherche du philosophe. Ce choix de vie se règle au prix fort, choix d’une ascèse pour tendre vers un but la vérité.

NETZSCHE nous prévient que lorsqu’il écrit des livres, il a déjà dépassé le point de vue qu’il y soutenait. L’homme doit se laisser porter par la vie, en traduire le rythme par la poésie et la musique.

Celui dont il se sentait le plus proche malgré la différence d’âge qui les séparait, c’était Jacob BURCKHARDT. C’est lui qui, sans doute, a attiré son attention sur HEGEL dont son enthousiasme admiration pour SHOPENHAUER n’aurait pu que l’éloigner.

SHOPENHAUER condamnait comme NIEZTSCHE un humanisme réduit à une vaine érudition, cet humanisme déjà bafoué par MONTAIGNE, qui ne vise qu’à  rendre les "têtes bien pleines" La règle que proposait SHOPENHAUER :  demeurer le plus près possible de la vie, afin de mieux comprendre les causes qui en émanait ne pouvait que plaire à NIETZSCHE, lui-même convaincu que tout surgit de l’élan d’une irrésistible vitalité.

" Nous allemand, écrira NIETZSCHE, nous sommes hégélien et nous le serions même si HEGEL n’existait pas, en ce sens que, contrairement à tous les latins, nous attribuons instinctivement au devenir et à l’évolution un sens plus profond et une valeur plus riche qu’à ce qui est ".

Nous savons qu’entre autres ouvrages NIETZSCHE avait emporté à Sorrente des pages de Jules MICHELET, et qu’il les lut. Le MICHELET qui devait lui plaire ce ne fut pas certes le MICHELET romantique, encore moins le MICHELET fade de "l’Amour", de la "sorcière" ou de la "femme", ou l’admirateur du "peuple" promu au grade d’acteur principal de l’histoire, mais le MICHELET viril qui engageait l’homme à devenir "son propre Prométhée".

Le séjour de quelques mois sur les rives du golfe de Naples s’est inscrit, plus qu’on ne l’a dit, dans la mémoire et au plus profond même de la sensibilité de NIETZSCHE. " A l’heure du dernier adieu, quand on se quitte parce que le sentiment et le jugement ne vont plus de pair» c’est alors qu’on s’approche de plus près. On frappe contre le mur que la nature a dressé entre nous et l’être qu’on abandonne ".

Gêne occupe dans la vie de NIETZSCHE, durant la période critique et féconde qui s’ouvre pour lui après son départ de Bâle, une place toute spéciale. Tout a été dit sur les autres lieux ou l’esprit a soufflé sur lui : Venise, dont le nom est synonyme de musique, Nice et son ciel que le mistral, faiblissant, mais sain, vient purifier, qui lui offre les 220 jours d’ensoleillement annuel dont il a besoin, tout proche aussi le roc d’Eze où il mène la danse d’un dieu ivre de joie, enfin la série des lacs étalant à 6000 pieds leurs eaux frémissantes au bord des , Sils-Maria qui eût paru à Edgar POE un jardin privilégié, brusquement apparu au haut d’un abrupt défilé où la nature semble avoir réalisé ce dont un artiste seul est capable, tout le décor de ces sommets posés sur le plateau comme une divine offrande ajouté à la beauté de l’élément inattendu et pittoresque qui plaît au goût.

Il reste reconnaissant à Gênes qui lui a enseigné à l’heure la plus dure de son existence l’héroïsme et le renoncement, non point la résignation accablée du faible, mais l’abnégation de l’homme viril qui ne se conquiert que dans le dénuement.

" J’éprouve une joie mélancolique à vivre dans ce pêle-mêle de ruelles, de besoins, de voix Combien de jouissances, d’impatiences, de désirs, combien de soifs de vie et d’ivresse de vie naissent ici à chaque instant Et pourtant quel silence aura bientôt recouvert tous ces bruyants, tous ces vivants, tous ces artistes Comme on voit bien derrière chacun se dresser son ombre, son obscur compagnon de route Il en va constamment comme du dernier moment avant le départ d’un bateau d’émigrés: on a plus que jamais à se dire l’heure presse, l’océan est son vide silence attendent impatiemment derrière tout ce bruit. Si avides, si sûrs de leur proie, et tous s’imaginent que le passé n’est rien, que le proche avenir est tout, d’où cette hâte qui les tient. Chacun veut être le premier dans cet avenir, et cependant la mort, le silence de la tombe est la seule certitude qu’il offre, qui puisse être commune à tous ". Gai savoir « "la pensée de la mort"

 

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La mort de Dieu

C’est le poème de Zarathoustra qui marque le début de la tragédie, c’est ce poème aussi, un des plus beaux de toute la littérature occidentale, qui nous fournit la clé de l’évolution de NIETZSCHE.

" Pourquoi t’effrayes-tu ? Il en est de l’homme comme de l’arbre. Plus il veut s’élever vers les hauteurs, plus profondément ses racines d’enfoncent dans la terre, dans les ténèbres, dans l’abîme, dans le mal ".

NIETZSCHE place parmi ses précurseurs, ceux qui, comme lui ont éprouvé jusqu’à l’angoisse, l’abandon dans un monde hostile, PASCAL surtout qu’il a cité plusieurs fois et qu’il place même à côté des grands esprits dont il aime à se recommander (Platon, Spinoza, Goethe).

" La réfutation de Dieu, en somme ce n’est que le dieu moral qui est réfuté " œuvres posthumes.

" A 12 ans, je m’inventais une singulière Trinité savoir: Dieu le père, Dieu le fils, Dieu le diable ".

SHOPENHAUEUR est son philosophe préféré, il adhère aux idées des Parerga "La vraie norme pour juger un homme, c’est de dire qu’il est un être qui ne devrait pas exister, mais qui expie son existence par d’innombrables souffrances et par la mort. Que peut-on attendre d’un tel être ? Ce que nous expions, d’abord par la vie et ensuite par la mort, c’est le fait d’être nés". Parerga  Livre II ch.18

La mort de dieu c’est s’intéresser à toutes les potentialités du corps, de l’intelligence. Bientôt NIETZSCHE ne parlera plus de l’âme, vain fantôme elle aussi de l’arrière-monde, mais du corps trop longtemps déprécié. Alors sensibilité et intelligence lui paraîtront étroitement mêlées comme fondues l’une dans l’autre.

" La mort de Dieu " telle est la condition cruelle et douloureuse, que l’homme doit accepter pour surmonter sa nature encore ambiguë, pour s’inventer et se créer audacieusement pour faire coïncider en lui son être et son devoir, être l’un et l’autre engagés dans les temps".

" Pour que vienne l’homme nouveau il faut que meure l’homme ancien, l’homme du " sous-sol ", du souterrain où rampent les remords, les ressentiments, les haines inavouables, celui qu’a rencontré DOSTOVIESKI, en qui NIZTZSCHE reconnaîtra en 1887 son émule comme BEAUDELAIRE s'était aperçu en Edgar POE comme un miroir". Ce que NIEZTSCHE loue en DOSTOVIESKI, c’est son analyse si approfondie des sous-sols, des souterrains, des labyrinthes, de ce qu’on appellera bientôt l’inconscient.

La voie étroite vers le surhomme

" Jadis on disait Dieu lorsqu’on regardait sur les mers lointaine, mais maintenant je vous ai appris à dire surhumain. Dieu est une conjecture, mais je veux que votre conjecture n’aille pas plus loin que votre volonté créatrice ".

Voilà l’idée maîtresse de NIETZSCHE la volonté créatrice mise en œuvre sans l’obstacle d’une conjecture appelée Dieu.

" Sauriez-vous créer un dieu ? Ne me parlez donc plus de tous les Dieux, cependant vous pourriez créer le surhumain : ce ne sera peut-être pas vous-même mes frères. Mais vous pourriez vous transformer en pères et en ancêtres du surhumain : que ceci soit votre meilleure création ".

Ainsi parlait Zarathoustra « sur les îles bienheureuses »

" L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l’abîme…Ce qui est grand en l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but, ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est une transition ou un déclin ". Ainsi parlait Zarathoustra

Cette pensée est fondamentale, l’homme n’a qu’un rôle transitoire, il doit passer à une autre étape, supérieure de préférence en devenant le surhomme qui s’affranchit des arrières-mondes et instaure un monde de hauteur, de respect, de beauté, de création, une utopie sûrement. S’il échoue ce sera un monde de déclin, du ressentiment, des labyrinthes, mais finalement cette idée n’est-elle pas dangereuse, irréaliste, et avec des risques d’interprétations erronées ?.

"Je sers, tu sers, nous servons, ainsi psalmodie l’hypocrisie des " dominants " et malheur à ceux dont le premier maître n’est que le serviteur. Ils sont ronds, loyaux, bienveillants les uns envers les autres comme sont ronds, loyaux et bienveillants entre les grains de sable. S’ils sont persévérants les uns à l’égard des autres et font du bien c’est qu’un seul désir les anime que personne ne leur fasse du mal. C’est leur marque de force et de vitalité qui les rends serviables et compatissants, c’est ainsi que finalement ils nomment vertu " la lâcheté ".

Ainsi parlait Zarathoustra « de la vertu qui rapetisse »

" L’Etat bouche, par sa monstrueuse congère, la vie libre où veulent s’engager les grandes âmes. Là seulement où finit l’Etat là se dessine sous l’arc-en-ciel le port qui conduit au surhumain". " Dans quelles conditions l’homme s’est-il inventé à son usage ces deux évaluations : le bien et le mal".

" Qu’est-ce que le génie sinon l’enfance continuée ? Vitalité et création, tels sont les deux volets du diptyque qui veut nous offrir, dissymétrie peut-être, le visage du surhomme".

" La situation de l’Europe dans le siècle à venir ramènera à l’honneur les vertus mâles : parce qu’on y vivra dans un danger perpétuel". " Que finissent donc les stupidités nationales ! Surtout que l’Europe ne tombe pas entre les mains de la canaille : qu’elle n’achève point de sombrer dans les luttes stériles des pauvres contre les riches. Sinon elle périrait, comme peuple et comme culture écartelée entre l’immense Russie qui deviendrait sa maîtresse après avoir colonisé le Chine et les Indes, et une Amérique condamnée à la superficialité ! Dernier éclair avant la nuit, sauver ce suit doit demeurer". NIETZSCHE en bon analyste aurait pu écrire dans les siècles à venir.

L’éternel retour.

" Par le retour éternel en effet le temps est dominé autant que l’espace, et rassemblé dans une intuition unique qui lui confère valeur d’éternité ".

" S’identifier avec la vie se laisser porter par ses vagues, c’est obéir à son flux et reflux, aux deux phases d’un mouvement qu’elle parcourt sans fin et sans but la phase créatrice et la phase destructive, l’une étant la condition de l’autre. FLAUBERT découvre la même nécessité dans sa Tentation de Saint Antoine sous les yeux du saint se déroulent les mystères d’une monstrueuse génération".

Voilà une explication compréhensible qui pourrait s’apparenter à un éternel retour, les supports scientifiques énumérés par NIETZSCHE ne sont pas convaincants voire souvent erronés. (cf .les études de Daniel MARTIN)

NIETZSCHE n’a conféré à l’aventure individuelle une importance qu’elle n’a pas chez ceux qui vivent à la surface d’eux-mêmes et se soumettent au temps social.

" Tout va, tout revient, la roue de l’existence tourne éternellement. Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l’existence se poursuit éternellement. Tout se brise, tout s’assemble à nouveau éternellement se bâtit le même édifice de l’existence. Tout se sépare, tout se salue de nouveau, l’anneau de l’existence reste éternellement fidèle à lui-même. Chaque moment commence l’existence, autour de chaque ici se déploie la sphère là-bas. Le centre est partout. Le sentier est tortueux". Ainsi parlait Zarathoustra « le convalescent

NIETZSCHE évoque le fait d’une impasse qui peut nous ramener à la foi. Tous les chemins ont été explorés et l’éternel retour cloue notre destin sans libération possible, la mort de Dieu qui fait naître l’idée du surhomme ne suffit pas car l’éternel retour anéanti tout.

NIETZSCHE finalement auto condamne sa philosophie par la thèse de l’éternel retour basée que sur des considérations subjectives et scientifiques  en aucun cas fondées, mais à retenir sur le plan ontologique.

" …Ou court-on quand toute la route a été parcourue ? Qu’advient-il quand toute les combinaisons sont épuisées ? Ne devrait-on pas revenir à la foi ? Peut-être à la foi catholique" ?

"Quiconque refuse de croire à un processus circulaire de l’univers est tenu de croire à un Dieu, souverain absolu " En réalité trop grande était la contradiction entre les deux messages de Zarathoustra….la marche vers le surhumain et le retour éternel, la divinisation de l’homme et son emprisonnement dans l’enchaînement des causes et des effets, l’affirmation d’une autonomie totale au terme de l’effort pour égaler son être et son devoir être, et la réduction de liberté à l’acceptation d’un irrécusable destin.

Il déclare le monde soumis à deux causes extérieures : la haine et l’amour, la discorde et la concorde. Leur lutte n’aura pas de fin, le monde ordonné provient de l’opposition de ces deux instincts opposés, sans qu’intervienne jamais une pensée un nous qui le soumettrait à une loi. C’est pourquoi le mal ne saurait disparaître.

Cet éternel retour effectivement s’applique aux hommes mais ne peut être considéré comme universel, c’est pourquoi le surhomme ne peut être qu’une utopie, c’est la découverte de notre état ontologique profond. Pourtant la société moderne avec tous ses travers mènent une lutte consciente ou pas pour créer un nouvel homme. Rien de permanent dans ce monde, terrible constat. Ainsi une fois cela compris, l’homme est maître de son histoire, mais effectivement l’éternel retour ontologique entrave le processus d’avènement d’un nouvel homme ou surhomme.

Rien de permanent dans ce monde, terrible constat " on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve". Après avoir lu HERACLITE NIETZSCHE écrit : "le monde unique qu’il a observé, ce monde défendu par des lois éternelles et non écrites, animé du flux et du reflux d’un rythme d’Airain, ne nous montre rien de permanent, rien d’indestructible dans son flot".

C’est sous l’effet d’un semblable tremblement de terre que ZARATHOUSTRA sera précipité à terre et privé de conscience devant ses animaux stupéfaits, le sol a chancelé sous ses pieds quand s’est imposé à lui la certitude terrible et ahurissante du Retour Eternel.

" Qui ne comprend pas à quel point l’histoire est lourde de violences, de brutalités, combien elle est absurde, ne pourra pas davantage comprendre qu’il lui appartient par son impulsion propre de donner un sens à l’histoire".

" Dans le temps où nous vivons il n’y a pas de place pour le grand homme, le médiocre s’impose dans une société de plus en plus orientée vers la production »…Le type d’un tel homme c’est pour NIETZSCHE, le journaliste à l’affût de la dernière nouvelle, du reportage sensationnel, à la différence de l’artiste, du génie ou du saint dont le regard embrasse l’avenir, qui fait sienne la totalité de la condition humaine, il se confine dans l’étroit moment historique".

C’est à Sorrente, quand WAGNER se fut éloigné, à Ischia où il vint à plusieurs reprises chercher l’oubli, que NIETZSCHE découvrit sans doute que « créer est la grande délivrance de la douleur, et l’allègement de la vie afin que naisse le créateur, il faut beaucoup de douleurs et de métamorphoses.

" Si Dieu est mort, dira DOSTOVIESKI, tout est permis". Toutefois il lui faudra affronter les abîmes, vaincre en lui l’ennemi de toujours, l’homme faible à la recherche d’alibis et de prétextes, l’homme à la conscience tordue et malheureux, l’homme de labyrinthe et du souterrain. Certes sa vie désormais sera une vie dangereuse.

 

Conclusion

" Tandis que l’homme né noble (empreint de franchise et de naïveté) l’homme du ressentiment n’est ni franc, ni naïf, ni loyal envers lui-même. Son âme louche, son esprit aime les recoins, les faux-fuyants et les porte dérobées…C’est là qu’il retrouve son monde, sa sécurité, son délassement, il s’entend à garder le silence, à ne pas oublier, à attendre, à se rapetisser provisoirement, à s’humilier. Une telle race composée d’hommes du ressentiment finira nécessairement par être plus prudente que n’importe quelle race aristocratique, aussi honorera-t-elle la prudence sans réserve ni restriction tandis que chez les hommes de distinction la prudence prend facilement un certain vernis de luxe et de raffinement".

Le principal mérite de NIETZSCHE a été de voir que l’homme reste un être inachevé, situé à mi-chemin encore de l’inconscience et de la conscience, à peine émergé du monde animal.

NIETZSCHE reste un philosophe ambigüe, pragmatique il veut éradiquer ce qu’il nomme les arrières-mondes, la mort de Dieu est l’idée forte, provocatrice. Le surhomme est la suite naturelle à la fin des arrières-mondes, mais cela a-t-il un sens ? L’homme est aussi un être métaphysique.

Le surhomme n’est probablement qu’un pont permanent entre l’animalité et les hauteurs de l’esprit. L’éternel retour ne résiste pas à la rigueur scientifique et sa base philosophique n’a de sens qu’ontologiquement et non universellement.

Il faut toucher du doigt nos faiblesses, inhérentes à notre état d’humain assujetti à la finitude. Tel HEGEL le maître et l’esclave sont très présents chez NIEZTSCHE avec cette aversion du ressentiment quitte à le combattre à coups de marteau.