640_maxnewsspecial093064Patrick BOUCHERON

né en 1965, est professeur d’histoire du Moyen Âge à l’université de
Paris 1 et directeur des Publications de la Sorbonne. Il est par ailleurs
membre du comité éditorial de la revue L'Histoire
et conseiller éditorial aux éditions du Seuil pour la collection

"L'Univers Historique".

             

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Les temps changent, et c’est le moment de se tourner vers Nicolas MACHIAVEL, car il « est le maître des déniaisements »et l’alliés des mauvais jours. Il est vrai que lorsqu’on évoque MACHIAVEL nous pensons immédiatement au machiavélisme c’est-à-dire au mal, au mensonge, à la manipulation.

« Si on le relit aujourd’hui, c’est qu’il y a de quoi s’inquiéter. Il revient réveillez-vous !

Le machiavélisme n’est pas la doctrine de MACHIAVEL, mais celle que ses plus malveillants adversaires lui prêtaient. Le livre qu’on appelle communément le Prince, s’appelle de principatibus, des principautés. »

MACHIAVEL c’est évidemment tout autre chose, c’est un philosophe, un penseur politique d’un pragmatisme très poussé afin de coller au réel.

« Nicolas n’aura pas de brillants précepteurs, il n’ira pas à l’université, il ne saura pas le grec. Ce n’est pas un humaniste et ceux qui se targuent de l’être lui en feront payer le prix sa vie durant. » Cest un penseur du réel, de la macro politique.

« Gouverner c’est agir dans l’aveuglement de l’indétermination des temps. La leçon est terrible. Voici pourquoi ce commencement, le meurtre fondateur de REMUS par ROMULUS dure encore aujourd’hui. La philosophie de MACHIAVEL repose sur le principe de l’indécision des temps et de l’imprévisibilité de l’action politique : on ne saurait justifier la fin par les moyens, la fin nous est inconnue, elle arrivera toujours trop tard pour justifier les moyens de l’action.»

La morale peut être mise de côté, excusée, si les buts atteints sont positifs pour le collectif, ainsi parlant de ROMULUS cette affirmation :" nous devons convenir que le fait l’accuse, que l’effet l’excuse "

MACHIAVEL décrit ce qui arrive. Au 15ème chapitre du Prince il déclare : « mon intention est d’écrie chose utile à qui l’entend. » Voici le geste révolutionnaire par excellence : décrire avec exactitude les choses qui arrivent, et laisser à ceux qui le voudront bien le soin d’en tirer des règles d’action. »

MACHIAVEL part du principe qu’il y a deux humeurs: la première le peuple désire ne pas être commandé ni opprimé par les grands. La seconde, les grands désirent commander et opprimer le peuple.

...le Prince n’a pas à faire le bien ou le mal, il fait bien ou mal ce qu’il a à faire. MACHIAVEL a cherché des Prince à admirer, et c’est parce qu’il ne les a pas trouvé qu’il a dû s’inventer un Prince de papier. Pour savoir ne pas perdre le pouvoir dont on s’est hardiment emparé, il faut des qualités propres qui ne sont pas celles de la morale commune.

Suite à une commande des MEDICIS à savoir écrire l’histoire de Florence qu’il accepte malgré son inimitié pour cette famille, il écrit « je ne dis jamais ce que je pense, ni ne pense jamais ce que je dis, si je dis parfois la vérité, je la cache parmi tant de mensonges qu’il est difficile de la découvrir. »

651431961Nicolas Machiavel