PAVILLON

 

Ce roman d’Alexandre SOLJENITSYNE est dense, lent, prenant, mettant en présence des microcosmes variés, assorti de fenêtres sur des thèmes tels que la maladie, la mort, la solitude, le joie, l’égoïsme, la famille,…

Nous sommes dans les années 60, fin de la stalinisation. Un centre de cancérologie, l’univers des malades, des soignants, les faiblesses humaines, la vie très dure qui offre des petits rayons de soleil auxquels s’accrocher. Gravement malade, déchu socialement, c’est le cas d’Oleg  KOSTOGLOTOV, de ROUSSANOV, et bien d’autres.

Chaque jour qui passe, la maladie est là envahissante, destructrice, génératrice d’égocentrisme, de peur, de douleur,  mais aussi d’espoir. Des soignants à la fois pas assez compatissants et parfois trop. Nous sommes les témoins d’une pièce de théâtre sérieuse, d’un huit clos oppressant.

Ce roman c’est aussi la littérature au service de la pensée politique, de la mise en lumière d’un régime par le prisme de la petitesse de l’homme confronté bien souvent à un destin tragique. Le roman s’achève sur une note positive, l’amour est présent et ce, même dans les situations les plus terribles. 

« Comment ? il y avait des gens qui moisissaient dans les tranchées, d’autres dont on déchargeait les corps dans les fosses communes, dans les trous à ras du sol qu’on creusait à grand peine dans la terre glacée du Pôle Nord, il y avait des gens que l’on mettait dans les camps une première fois, une deuxième fois, une troisième fois, il y avait des gens qui se figeaient de froid, emmenés en convoi sous escorte, des gens qui, pioche en main, suaient sang et eau, gagnant juste de quoi s’acheter un gilet chaud tout rapiécé, et il y avait ce gommeux qui se rappelait non seulement la taille de sa chemise mais aussi le numéro de son encolure ! C’est ce numéro d’encolure qui avait achevé Oleg ! Il n’aurait jamais pu imaginer que l’encolure, elle aussi, put avoir sa taille à elle ! Etouffant un gémissement de blessé, il s’éloigna du rayon des chemises. Il ne manquait plus que la taille de l’encolure ! qu’avait-il à faire d’une vie si raffinée ? A quoi bon y revenir à cette vie ? Se rappeler son encolure c’était forcément oublier d’autres choses ! et des choses plus importantes. »

« L’entreprise privée est une chose très souple, mais elle n’est bonne que dans d’étroites limites. Si on ne la maintient pas dans un étau de fer, elle engendre des hommes-loups, des hommes de la bourse qui ne connaissent aucune retenue à leurs appétits et à leur cupidité. Avant d’être condamné d’un point de vue économique, le capitalisme l’était déjà d’un point de vue éthique. Longtemps avant ! »

« …Voilà ce que c’est que le socialisme moral : ne pas lancer les hommes à la poursuite du bonheur, car le bonheur c’est encore une idole du commerce, mais leur proposer comme but la bienveillance mutuelle. Heureux l’animal qui déchiquette, sa proie l’est aussi tandis qu’il n’y a que les hommes qui puissent être bienveillants les uns envers les autres. Et c’est là ce que l’homme peut viser de plus haut »

AS Alexandre SOLJENITSYNE