ORSENNA erik Orsenna,écrivain français né le 22 mars 1947 de son vrai nom Eric Arnoult. Après une carrière de haut fonctionnaire lié au microcosme politique, il recevra le prix Goncourt en 1998 et sera élu à l'Académie française la même année.

LA FONTAINE

 

Erik ORSENNA nous propose un ouvrage à la fois léger et profond sur Jean de LA FONTAINE.

« Plus nous avons grandi, plus il a grandi avec nous, plus nous avons avancé dans la vie, plus nous avons trouvé de charme et de solidité dans ces fables qui sont la vérité, dans ces drames dont les bêtes sont les personnages et qui racontent si délicieusement et si puissamment la vie humaine… »

Qui ne connaît pas les fables de la FONTAINE ? par contre, peu savent qui était ce poète philosophe, qui vivait sans se préoccuper du lendemain. Il aimait se ressourcer à Château-Thierry lieu de son enfance et se rendre à Paris faire la fête, et enrichir sa vie culturelle.

« L’argent aime qu’on l’aime. Dédaigné, l’argent se venge. De la plus simple et la plus radicale des manières il s’en va. Fils de bourgeois aisé, titulaire d’une charge des eaux et forêts qui lui permettait plutôt de bien vivre, LA FONTAINE avait tout laissé filer. Il n’avait plus rien. Rien que la gloire littéraire, laquelle, à l’époque, ne rapportait pas un sou. »

Ami de FOUQUET, cela lui vaudra d’être mis à l’index par Louis XIV. Ce n’est que tardivement que LA FONTAINE écrira ses fables qui deviendront un chef d’œuvre de la littérature française, 243 fables mettant en scène 63 animaux par un chant philosophique, psychologique, pédagogique, poètique. Il deviendra académicien avec difficulté mais hélas il tombera à la fin de sa vie sous l’influence de l’abbé Pouget qui exploitera sa peur du trépas, il le forcera à se repentir de tout et surtout de ses écrits. Il s’humiliera publiquement devant ses pairs de l’académie Française.

Son épitaphe:

« Jean s’en alla comme il était venu,

Mangea le fonds avec le revenu,

Tint les trésors chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien le sut disperser,

Deux parts en fit, dont il soulait passer,

L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

 

 Il est présenté comme un paresseux alors que c’était un grand travailleur !

« Fils absent et prodigue, déplorable mari, père indifférent, LA FONTAINE fut d’abord un ami. L’amitié, sa fidélité en amitié aura été son bon génie, le sel et le cœur de sa vie. » Comment ne pas terminer ce petit billet par une fable !

La BESACE

Jupiter dit un jour : « Que tout ce qui respire
  S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur :
  Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
  Il peut le déclarer sans peur ;
  Je mettrai remède à la chose.
  Venez, singe; parlez le premier, et pour cause.
  Voyez ces animaux, faites comparaison
  De leurs beautés avec les vôtres.
  Etes-vous satisfait ? - Moi ? dit-il ; pourquoi non ?
  N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
  Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ;
  Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché :
  Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre."
  L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.
  Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort ;
  Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor
  Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ;
  Que c'était une masse informe et sans beauté.
  L'éléphant étant écouté,
  Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :
  Il jugea qu'à son appétit
  Dame baleine était trop grosse.
  Dame fourmi trouva le ciron trop petit,
  Se croyant, pour elle, un colosse.
  Jupin les renvoya s'étant censurés tous,
  Du reste contents d'eux.
  Mais parmi les plus fous
  Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes,
  Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,
  Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes :
  On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain.
  Le fabricateur souverain
  Nous créa besaciers tous de même manière,
  Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui :
  Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'autrui.