img672                                                                   Image associéeMichel Serres philosophe et historien né en 1930. Après l'école navale, l'école normale supérieur, il est agrégé de philosophie en 1955. Il obtiendra un doctorat de lettres en 1968. Il est élu à l'Académie Française en 1990.

 

Après « Petite Poucette » « c’était mieux avant » est la suite philosophique naturelle. Cette tentation facile du « c’était mieux avant » est battue en brèche par Michel SERRES.

Le monde numérique, dématérialisé, aux flux incessants, avec ses codes qui imposent une nouvelle façon de vivre, radicalement différente de ce que l’on pouvait vivre il y a 30 ans, et qu’est-ce que 30 ans ! Internet, nos téléphones portables, les images haute définition, l’audio, …Des humains éduqués différemment avec un autre accès à la connaissance, mais en proie également à son cortège de travers, un monde rapide, virtuel, prenant la place du livre, d’une connaissance acquise à l’ancienne, plus lentement.

« Oui Petite Poucette sais tout  en information, pas toujours en connaissance. » C’était mieux avant c’est vrai, deux guerres mondiales, Hiroshima, des épidémies, une planète mal traitée, le statut de la femme, les conditions de travail, l’alimentation, la santé, la douleur….

« La douleur n’est pas une compagne nécessaire, parfois désirée pour prouver sa force d’âme, mais un obstacle à négocier, à franchir, à supprimer si l’on peut. » Le dentiste il y a trente ans et maintenant !

« Avec la langue et le règne du fric, nous imputâmes le mauvais goût et notre sens de la beauté en prit un sale coup. » Tout le monde ne voulait pas sa maison, du confort, mieux se nourrir, des loisirs, se soigner ? « Oui pépé, avant nous jouissions de communautés, chaotiques, fortes en gueules, chamailleuses, à culottes et robes trouées, mais aussi chaude que fraternité. »

On ne peut pas tout avoir ! Malgré la cupidité, la violence, la folie des hommes, une nouvelle société plus spirituelle, plus évoluée se prépare peut-être ? Les transitions sont souvent assez longue et brutale, ce qui altèrent nos jugements souvent posés à courte vue et dans l’émotion.

Avec notre droit du travail, nos luttes contre les discriminations, nos chercheurs, notre justice, nos loisirs, nos ajustements sur les droits et devoirs des plus faibles, animaux, enfants, handicapés…, nous contribuons peut-être à façonner un autre monde. Nous paraissons faibles, laxistes, mais ne serions-nous pas en réalité des précurseurs, des modèles, pour l’instauration d’une nouvelle société ?

« Chères Petites Poucettes, chers Petits Poucets, ne le dites pas à vos vieux dont je suis, c’est tellement mieux aujourd’hui : la paix, la longévité, la paix, les antalgiques, la paix, la sécu, la paix, l’alimentation surveillée, la paix, l’hygiène et les soins palliatifs, la paix, le contrat naturel, la paix, les voyages, la paix, le travail allégé, la paix, les communications partagées, la paix,…face à toi, ma Poucette si petite, si légère, si douce, que je te vois parfois, comme un oiseau, un soufflet spirituel : ah ! si le grand-papa ronchon pouvait te foutre la paix ! »

C’est exact ce que dit Michel SERRES, mais ce sera long et difficile dans un monde complexe aux inégalités et aux variations multiples. C’était mieux avant pour une Europe éduquée, soucieuse à l’extrême des droits et des changements sociétaux, de la démocratie, mais qu’en est-il à l’échelle du monde ? des pays pauvres, des pays émergents, des pays ancrés dans une transmission culturelle incompatible avec de telles avancées ?

Pour conclure, comment pourrons-nous instaurer un monde nouveau sans guerre mondiale, avec son cortège de progrès sans résoudre le plus terrifiant des problèmes : la surpopulation mondiale ?