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Nicolas Machiavel philosophe, théoricien de la politique, poète, né en 1469 et mort en 1527. Il devint célèbre après la publication de son livre le Prince ou des principautés.

 

                                            

Dans l’introduction au Prince, Yves LEVY nous apporte quelques précisions importantes pour comprendre les écrits de Nicolas MACHIAVEL.

« Parmi les innombrables manuels sur l’art de régner composés depuis St THOMAS d’AQUIN jusqu’au 16ème siècle d’en désigner aucun dont MACHIAVEL se serait inspiré. »

L’ouvrage comporte 26 chapitres. Ce sont les chapitres 15 à 23 qui ont fait polémique et apparaître le terme machiavélique. Des conseils liés au pouvoir en dehors de tous critères moraux, pour le reste l’ouvrage s’inscrit dans un contexte historique.

« Ce qui fait la force du Prince, c’est l’exceptionnelle cohérence du texte. Comme ARISTOTE il distingue deux grandes catégories sociales : les grands et le peuple. Si donc MACHIAVEL s’inspire de XENOPHON et d’ARISTOTE pour conseiller au Prince de vivre en accord avec ses sujets, sa pensée on le voit, à une vigueur qui laisse loin derrière elle les propos de ses devanciers. »

POLYBE expose au livre 6 de ses histoires, la théorie de l’anacyclosis, c’est-à-dire l’évolution de l’état qui tombe de royauté en tyrannie, puis au régime aristocratique, lequel dégénère en oligarchie, d’où  sort la démocratie, mais celle-ci se dégrade en ochlocratie  (emprunté au grecokhlocratia, de okhlos, « foule » et –kratos, « pouvoir, gouvernement par la foule, la multitude, la populace) et de là on retourne à la monarchie. Le seul remède à ce cycle fatal, c’est un régime mêlé de royauté, d’aristocratie, et de démocratie. 

MACHIAVEL est le premier à considérer la politique comme un jeu de passions et d’intérêts animant des forces opposées.

… « Une partie de l’élite peut lire les ouvrages politiques de MACHIAVEL et deux courants se sont dessinés : celui des admirateurs de son courant politique, celui des adversaires de ses idées religieuses et morales. »

MONTESQUIEU et ROUSSEAU ont nommé MACHIAVEL, et l’un et l’autre ont accompagné son nom des plus grands éloges. MACHIAVEL observe la monotonie de l’histoire et se manifeste par l’action efficace. Ce qui amène la critique de MACHIAVEL, c’est son pragmatisme et ses constats en dehors de tous critères moraux. Il observe, il énonce, mais il reste à l’extérieur, il ne fait qu’agir par sa pensée. Il pose les principes quels qu’ils soient, pour être efficace, tout est dit, rien n’est caché.

« On peut remarquer que les hommes se doivent ou cajoler ou détruire, car ils se vengent des offenses légères, des grandes ils ne peuvent, aussi l’offense qui se fait à un homme doit-elle être telle qu’il n’y ait pas à craindre sa vengeance. »

Voilà une illustration concrète de machiavélisme, toute vérité est-elle bonne à dire ? A contrario, certaines observations sont utiles au Prince sans que la morale ait quelque chose à y redire.

« Pour les affaires d’Etat, si l’on connaît à l’avance les maux qui y naissent, ils se guérissent vite, mais quand, pour ne les avoir pas reconnus on les laisse croître au point que quand tout le monde les reconnaît, il n’y a plus de remèdes. »

« On tient plus facilement une cité accoutumée à vivre libre par le moyen des citoyens eux-mêmes que d’aucune autre façon, si on veut l’épargner. » « La nature des peuples est changeante, et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. »

Là également l’art de dominer le peuple, de dominer l’autre à transposer en règles.

« En toute cité on trouve deux humeurs opposées, et cela vient de ce que le peuple désire de n’être pas commandé, ni opprimé par les grands, et que les grands désirent commander et opprimer le peuple et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »

« Ceux qui, d’abord homme privés doivent à leur seule bonne fortune de devenir Prince, n’ont pas grand peine à le devenir, mais en ont beaucoup à le demeurer. » « Etre désarmé, en effet, entre autres sources de maux que cela entraîne te vaut d’être méprisé, ce qui est un des mauvais renoms desquels le Prince doit se garder. »

« Rien n’est aussi faible ou instable que le renom d’une puissance qui ne se fonde pas sur ses forces propres. » TACITE.

MACHIAVEL, observateur avisé du pouvoir politique et de la façon de le conserver. Il est vrai aussi que ces observations éclairent les oppresseurs comme les opprimés, apportant à chacun la connaissance des mécanismes, les manœuvres à réaliser ou éviter.

« Combien il serait louable chez un Prince de tenir sa parole et de vivre avec droiture et non avec ruse, chacun le comprend : toutefois on voit par expérience, de nos jours que tels Princes ont fait de grandes choses, qui de leur parole ont tenu peu de compte, et qui ont su ; par ruse manœuvrer la cervelle des gens ; et à la fin ils ont dominé ceux qui se sont fondés sur la loyauté. »

« Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre ; l’une avec les lois, l’autre avec la force, la première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes, mais comme la première très souvent ne suffit pas, il convient de recourir à la seconde. »

« Aussi est-il nécessaire à un Prince de savoir user de la bête et de l’homme. »

… « Il se trouve dans l’ordre des choses que jamais on ne cherche à fuir un inconvénient sans tomber dans un autre, mais la sagesse consiste à connaître la nature des inconvénients, et à présenter le moins mauvais pour bon. » « Les bons conseils d’où qu’ils viennent, naissent nécessairement de la sagesse du Prince, et non la sagesse du Prince des bons conseils. »

MACHIAVEL n’a pas un idéal comme PLATON par exemple. Il est pragmatique, la politique, le pouvoir, ce sont des équilibres pas nécessairement en adéquation avec les vertus. Le Prince nous pose deux grandes questions :

La politique doit-elle être morale ?

La fin justifie-t-elle les moyens ?