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C’est après une chute qui aurait pu être totalement invalidante, que Sylvain TESSON a voulu emprunter les chemins noirs. Ces chemins représentés par un trait fin sur les cartes, que très peu empruntent.

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Un parcours initiatique pour l’auteur. Les ronces, les orties, des paysans oubliés de tous, des paysages à l’abandon, menacés par l’urbanisation galopante. C’est un cheminement hexagonal hors du monde, tellement méconnu, tellement oublié. C’est la description de géographies variées, qui sont encore là mais pour combien de temps ?

« Récemment, le Chef de l’Etat français s’était piqué d’infléchir le climat mondial quand il n’était pas même capable de protéger sa faune d’abeilles et de papillons. »

Un livre qui décrit avec lucidité l’état de nos campagnes les plus reculées, toutes vouées à disparaître ainsi que leurs traditions et terroirs. La mondialisation en marche permanente accompagnée d’une production exponentielle toujours plus forte, pulvérisant tout sur son passage sans se soucier des conséquences sociales et écologiques.

« Un des lointains premier ministre de la Vème République Jean-Marc AYRAULT période Anatole France, avait commandé en son temps un rapport sur l’aménagement des campagnes françaises. »

… « Parmi la batterie de mesures du rapport on lisait des choses comme le droit à la pérennisation des expérimentations efficientes et l’impératif de moderniser la péréquation et de stimuler de nouvelles alliances contractuelles » : « Quelle  était cette langue étrangère ? De quoi les auteurs de phrases pareilles nourrissaient-ils leur vie ? Savaient-ils le plaisir de s’essuyer la bouche d’un revers de la veste après une goulée de vin de Savoie, la jouissance de se coucher dans l’herbe quand la silhouette d’un oiseau égayait le ciel ? »

« Dans les cosaques de Tolstoï, un vieux soldat emmène dans la forêt de jeunes cadets russes sortis de l’école militaire. Ce sont de brillants officiers. Ils ont leurs diplômes, leurs sciences, leurs médailles, mais ils ne voient pas la trace des bêtes au sol, ils ne déchiffrent rien des signes du vent dans les arbres. Et le vieux a ce mot : « Ils sont savants, mais ils ne savent rien. »

Nous terminerons avec le témoignage lucide d’un paysan : « Vous voyez, j’ai été le fils puis le père d’un paysan. Entre les deux, la parenthèse d’une vie. On vivait avec quatre ou cinq vaches. On faisait trois Saint Nectaires par jour. Ils en font cent cinquante aujourd’hui. »

« Je n’avais pas mené l’étude nécessaire à comprendre la mécanique de ces phénomènes ni ne disposais de la puissance intellectuelle pour les analyser. Mais je pressentais que notre hôte soulevait-là un point crucial. Le sentiment de ne pas habiter le vaisseau terrestre avec la même grâce provenait d’une trépidation générale fondée sur l’accroissement. Il y avait eu trop de tout soudain. Trop de productions, trop de mouvements, trop d’énergies.

Dans un cerveau, cela provoquait l’épilepsie.

Dans l’histoire, cela s’appelait la massification.

Dans la société, cela menait à la crise. »

Sylvain TESSON est un grand voyageur, un géographe, un philosophe, un des rares en capacité de mettre sa vie en adéquation avec ses idées, ses principes.

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                                                                              Sylvain TESSON