lire et philosopher pour vivre

20 septembre 2020

"La conjuration des imbéciles" John Kennedy Toole

 

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IGNATIUS le héro du livre est un être très atypique qui vit avec sa mère, il n'a qu'une amie Myrna connue à la faculté dont le déséquilibre ne l'aidera pas. Il est incapable de s'insérer dans la société. Il ne veut pas travailler, trop imbu de sa personne, encré dans ses certitudes, entretenant sa marginalité jusqu'à une forme de folie, le tout assorti d'un laissé aller corporel.

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Autour de lui des personnages particuliers, le policier analphabète, burlesque, sa mère alcoolique et hystérique, les salariés d'un bar dans lequel il s'est rendu...                   

Sa mère exige qu'il trouve un travail, ce qui est en réalité impossible. Il trouve une entreprise, les pantalons Levy qui s'apparente plus à un asile, puis il deviendra pseudo vendeur de hot-dog. IGNATIUS est un imbécile ou un fou, il est en dehors de la réalité, d'une immaturité totale, il semble également entretenir cette image de lui pour ne pas travailler.

Il n'est pas entièrement responsable de sa personnalité, sa mère castratrice et égocentrique a participé à le déconstruction de son fils. Le roman est sérieux et burlesque, réel et irréel, c'est une grande réussite et il est bien dommage que John Kennedy TOOLE se soit suicidé et n'est pas eu l'occasion d'apporter d'autres oeuvres aux lecteurs que nous sommes.

"Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on le peut reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui." Jonatha SWIFT

 

TOOLEJohn Kennedy TOOLE

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05 septembre 2020

"Les piliers de la terre" Ken Follet

les piliers de la terre

Les piliers de la terre, premier livre d’un tryptique sous la forme de roman historique nous conduit à travers les méandres d’aventures à rebondissements. C’est l’époque des constructeurs de cathédrales, bâtisseurs d’une église puissante, de croyances fortes.

Les riches seigneurs, les pauvres, les commerçants. Le décor est planté à Kingsbridge en Angleterre, nous suivons le destin d’un ouvrier bâtisseur et de sa famille, d’un prieur, de prélats ambitieux, de rois, de guerres. Les ressorts injustice, justice fonctionnent à merveille. Le lecteur se plonge dans un univers et le quitte difficilement. Pari réussi pour Ken FOLLET qui donne l’envi immédiate de lire les deux autres tomes.

 

un monde sans fin (1)

Le second volet, un monde sans fin, nous plonge à nouveau à Kingsbridge des années après les aventures des bâtisseurs et nous immerge au cœur d’une épidémie redoutable la peste. Meurthin, constructeur également, Caris à la fois Tisserand puis sœur au couvent, nous entrainent dans une histoire passionnante. Conflits de classes, conflits églises Roi, soif de pouvoir des seigneurs, des ecclésiastiques, pauvreté du peuple, trahisons multiples dans un monde en ébullition.

 

une colonne de feu

Le troisième volet une colonne de feu, nous plonge dans une guerre de religion terrible entre catholiques et protestants, marquée par le massacre de la Saint Barthelemy . Dans les trois épisodes les femmes jouent un rôle fondamental, l’amour est toujours présent, souvent un amour impossible ou très difficile.

Passionnant à lire, instructif, ces piliers de la terre sont une réussite du genre à lire sans modération.

Ken-Follet,

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28 août 2020

"Morales espiègles" Michel Serres

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« Nous changeons, progressons et régressons, nous inventons l’avenir parce que programmés, nous désobéissons. Voilà le moteur de l’histoire »

La désobéissance, le chahut, le pouvoir de dire non, l’homme révolté. Une désobéissance positive et non destructrice, un chahut constructeur pour l’enfant, fédérateur pour l’adulte.

« Même pour la représentation, même en apparence, même pour rire et même pour mentir, la hiérarchie se met aussitôt en place ! »

« A l’inverse, qu’est-ce que la culture ? Ce qui permet à l’homme de culture de n’écraser personne sous le poids de sa culture. Et donc oui, je confesse avoir chahuté toute ma vie, par dérision envers les hiérarchies lourdes ou sottes, et pour honorer la pensée vive et libre, mais j’ai obéi toute ma vie. »

L’enfant espiègle chahute, il désobéit, inconscient que le temps de l’obéissance est inévitable. Homme, son libre arbitre pourra encore désobéir, mais surtout pas de façon irréversible. Il faut apprendre à abandonner le belliqueux afin de rompre les transmissions mortifères. Préférer le rire doux au rire blessant.

« Je crains le rire critique, parfois libérateur, souvent meurtrier. Cette peur m’incite au rire léger, sans grave conséquence.  Du dur sur du mou voilà ce qui fait rire. Beaux parleurs, faux durs, mais mous, Matamore, Tartarin, Haddock le flasque, Cyrano fiasco. Rions de leurs vantardises. »

« En guerre, en chasse, en amour, qui joue au dur n’est que mou. »

 Pardonner, c’est donner, le plus grand don est le pardon. Ne pouvant donner à celui qui m’a tant donné, je donnerai à un autre, à d’autres.

« Malades, nous ne pourrons jamais rendre à l’infirmière ce que nous avons reçu de sa mansuétude, nous devons le rendre à un tiers. »

« Le pardon n’est pas seulement le superlatif du don, comme le parfum est l’essence du fumet, ou le parfait la perfection du fait mais aussi une action transitive, donc le don par excellence, plus le décalage du bénéficiaire en donateur. On ne peut pas donner plus et mieux que pardonner. »

Etre vertueux reste virtuel faute d’exercer la vertu. Pour l’exercer il faut être puissant, en capacité de. Nous sommes essentiellement virtuels, l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais dans certains cas nous faisons : la vertu jaillit.

Virtuel, adjectif dérivé du substantif vertu. « Au sens littéral, le virtuel est la vertu, le principe, l’essence de l’homme. »

Puissance n’est pas acte, mais possibilité. Faculté signifie puissance de faire.

« Quelle que soit la valeur que nous nous accordons, nous autres humains ne sommes pas de fait, si exceptionnels. Le virtuel est la vertu essentielle des hommes mais aussi celle des choses, semblables aux bergères et aux chevaliers courant les moulins ou les ordinateurs, dans la campagne de la Mancha ou le carré des modes. De ce mot découle enfin la vertu, précieuse et cachée, de modestie. De la vantardise, elle pisse de rire. »

 Amoureux de la mer, Michel SERRES évoque philosophiquement la mer.

« La mer efface le problème du mal, dans lequel les terriens pataugent avec délices parce que, sur le plancher des vaches, ils ne courent pas de risques majeurs.

La mer n’est la maitresse ni l’esclave des marins, mais leur mère, leur fille, leur sœur, ils sont de la famille. Je les aime par leur pureté en acte. Certes, les bateaux ne se peuplent pas que d’anges, mais il en faut pour la manœuvre et la navigation. La vertu à la Montesquieu, celle qui préside aux démocraties, je ne l’ai connu qu’à bord.

Partout ailleurs, ministères, universités, entreprises…, toutes institutions à l’abri des murs et stables sur leurs fondations de sable, tous pataugent sans risque mortel et pourrissent allègrement. J’ai souvent rêvé d’amariner un peu ce beau monde par mer sept, haute houle et brise fraîche, pour qu’ils purgent leur foie en déversant leur bile toujours en rond autour de la baille. Ils accosteraient meilleurs. Où chercher des travaux pratiques de morales ? A bord, par un chahut assourdissant, sous sept cent soixante-dix millibars. »

« Petite poucette chahute ici grand papa ronchon, mais avec une narquoise douceur. »

 

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02 août 2020

"Don Quichotte" Cervantès

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CERVANTES a écrit bien d’autres textes que l’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, mais ce sera son chef d’œuvre. CERVANTES a eu une vie très dure, il a probablement engendré Don Quichotte dans une prison, peut-être celle de Séville ou en Algérie. Il invente Cid Hamet Ben Engeli et affirme que c’est lui qui a écrit Don Quichotte, peut-être pour rendre ce dernier réel ?

Le livre comprend deux parties avec 10 ans d’écart. Dans le second volet, CERVANTES a changé, il écrit autrement, il est plus structuré, il a appris son métier d’écrivain. Mort la même année que SHAKESPEARE, les deux grandes passions de CERVANTES sont : la poésie et le théâtre. Les dialogues font partie du romancier, la parole est distribuée avec égalité à tout le monde.

Don Quichotte est un homme qui rêve et qui veut restaurer partout la justice, mais il est en décalage avec la réalité. Il se crée un autre personnage, d’insignifiant, il devient chevalier errant. Il se veut homme d’action, important, il oppose contemplation, prière à l’action.

« Je veux que les religieux avec une paix et une tranquillité profondes demandent au ciel le bien de la terre, mais nous autres soldats et chevaliers mettons en exécution ce qu’ils demandent et ce par la valeur de nos bras et le tranchant de nos épées, non pas sans une couverture, mais à ciel découvert, en butte aux insupportables rayons du soleil en été et aux gelées hérissées de l’hiver. »

Don Quichotte est le premier roman moderne dans l’histoire de la littérature, Flaubert aimait ce roman car il faisait un parallèle avec Madame Bovary. Don Quichotte est téméraire, pas courageux, il est très ambiguë et pathétique. Il se dédouble en lisant ses romans de chevalerie au point d’en perdre la raison.

C’est une méditation sur les fictions, CERVANTES veut décrédibiliser les romans de chevalerie, mais en fait, ils les pérennisent par son Don Quichotte. Le chevalier de la triste figure, son autre surnom, mène jusqu’à l’absurde ses aventures suite à ses lectures, on ne peut aussitôt que penser à l’idiot de DOSTOIEVSKI, au château de KAFKA.

Don Quichotte, c’est la folie d’un homme, une folie ciblée et carnavalesque.

« Vive Dieu ! monsieur le chevalier de la Triste Figure, je ne peux souffrir ni porter en patience quelques-unes de ces choses que vous dites, et par icelles je viens à soupçonner que tout ce que vous me contez de chevalerie, d’acquérir des royaumes et des empires, de donner des iles et de faire autres bénéfice et largesse, comme c’est la coutume des chevaliers errants, n’est que vent et toute menterie, et tout fatras ou fratras, ou comme vous voudrez appeler : car qui vous entendra dire qu’un barbier est l’armet de Mambrin et verra que vous ne sortez de cette erreur en plus de quatre jours, que pensera-t-il autre chose, sinon que celui qui le dit et affirmera doit avoir la cervelle à l’envers. »

Il fait rire les foules, mais il est aussi tragique, toujours dans des situations ridicules, Don Quichotte porte un message qui ne peut être compris

« Le chanoine demeura ébahi de si harmonieuses rêveries, et de la manière dont notre homme avait dépeint l’aventure du valeureux chevalier du Lac, de l’impression qu’avait faite en lui les inventions menteresses des livres qu’il avait lus, et enfin, il s’étonnait de la niaiserie de Sancho lequel, avec tant d’insistance désirait avoir le comté que son maître lui avait promis.

Vous diriez qu’on les a fondus dans un même moule, et que les folies du maître sans les niaiseries du valet ne vaudraient pas un liard. »

Il y a deux Don Quichotte, le second écrit 10 ans après le premier. Il n’a plus la magie du premier, Don Quichotte apprend que son histoire a été écrite.

Sur le plan psychanalytique, Don Quichotte est un processus inabouti, c’est un enfant permanent.

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Il met en doute et explique toutes ses folies par le système de l’enchantement, il est comique et fanatique, il s’invente un amour parfait qui restera inaccessible : l  Dulcinée du Toboso, la réalité c’est le lecteur qui la tient.

« Etant donc fou comme il l’est et possédé d’une folie qui bien souvent prend une chose pour une autre, et le blanc pour le noir, et le noir pour le blanc, ainsi qu’il le fit paraître le jour où il disait que les moulins à vent étaient des géants, et les mules des religieux des dromadaires, et les troupeaux de brebis armées d’ennemis, et tant d’autres choses de cette force, il ne sera pas fort malaisé de lui faire croire que la première paysanne qui passera par ici est Madame Dulcinée. »

Sancho Pança, son écuyer, est terre à terre, un tantinet cupide, naïf, il adore son maître et mentor Don Quichotte mais reste en même temps certain qu’il est fou, néanmoins il veut croire en ses promesses, une autre forme de folie, et il l’accompagne.

« Je ne suis gros de personne, répondit Sancho, ni ne suis homme à me laisser engrosser quand ce serait du roi même, et, encore que je sois pauvre, je suis vieux chrétien, et ne dois rien à personne que si je désire des iles, il y en a d’autres qui désirent pire que cela, et chacun est fils de ses œuvres, et, en ma qualité d’homme, je peux parvenir à être pape, à plus forte raison gouverneur d’une île, d’autant que mon maître en peut gagner tant qu’il lui manquera à qui les donner. »

Don Quichotte est à la fois fou et sage, il raisonne à merveille et déraisonne dès qu’il s’agit de chevalerie errante. Il met sa folie en œuvre jusqu’à l’humiliation, le ridicule, mais il est également touchant, nourri d’intentions pures.

« …dites-moi, je vous prie, monsieur le bachelier quelles sont celles de mes prouesses que l’on prise le plus en cette histoire ? En cela, répondit le bachelier comme les goûts sont différents, les opinions sont pareillement diverses.

Les uns s’arrêtent à l’aventure des moulins à vent que Votre Grâce prit pour des Briarées et des géants, d’autres, à celles des marteaux à foulons, celui-ci prise la description des deux armées qu’on reconnut après pour deux troupeaux de brebis, celui-là l’aventure du mort que l’on allait enterrer à Ségovie. L’un dit que la plus belle aventure est celle où vous donnâtes la liberté aux prisonniers que l’on menait aux galères, un autre assure que rien n’égale celle des deux géants bénédictins avec l’affaire du valeureux Biscaïen. »

Don Quichotte sait que sa quête est folle, c’est face à la mort qu’il redevient lucide sur toutes ses folies, sur Dulcinée. « Là-dessus, répondit Don Quichotte, il y a beaucoup à dire, et Dieu sait s’il y a une Dulcinée au monde ou non, fantastique ou non : car ce ne sont pas les choses dont on doive faire la vérification jusqu’au bout. »

Don Quichotte le vertueux exerce son ministère dans le virtuel, une justice virtuelle, un bien virtuel qui a pris source dans ces romans de chevalerie, comme ils auraient pu prendre dans un jeu vidéo du 21ème siècle. Il est vertueux mais impuissant. Sancho Pança c’est le monde d’avant, terre à terre, de la sagesse, de la raison, que l’on retrouve dans les multiples proverbes qu’il débite.

Ce monument de la littérature est un conte, une aventure, un essai philosophique, une psychothérapie, un manuel de psychiatrie,  un roman jubilatoire et riche d’enseignement.

C’est aussi la conclusion de l’impossibilité d’être quelqu’un d’autre, Don Quichotte ne sera jamais un chevalier errant et Sancho un gouverneur, Don Quichotte ne connaîtra pas le grand amour avec sa Dulcinée, Sancho ne reviendra pas auprès des siens riches et ne changera pas son statut social.

 Don Quichotte et son écuyer, bâtisseurs de châteaux en Espagne !

 

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02 mai 2020

"Les mémoires d'un chat" Hiro ARIKAWA

 

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Un roman très plaisant à lire, chats et chiens qui parlent , qui sont sur le même registre que les humains sans que les humains le sachent.

« Combien de paysages en ce monde qu’un chat ne verra jamais ? »

L’amour des chats, l’amour d’un chat et d’un enfant puis l’amour d’un autre chat pour cet enfant devenu homme. Chat errant qu’il adopte mais qu’il ne pourra pas garder.

Des blessures morales violentes, des solitudes, qui offrent de beaux instants, mais finissent par des cassures avant de trouver un équilibre précaire assujetti aux réalités souvent douloureuses.

Un livre philosophique, plein d’humanité et d’une animalité humanisée. Un livre poétique plein de douceur et de profondeur.

« Et Chikako  avait imposé une règle : quand un évènement important arrivait à la maison, il fallait absolument en informer le chien et le chat. »

C’est le premier roman d’Hiro ARIKAWA et c’est une réussite.

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23 avril 2020

"Les prénoms épicènes" Amélie Nothomb

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Dominique épouse d’un amour léger et sans grande motivation Claude. Tous les deux possèdent un prénom épicène c’est-à-dire à la fois féminin et masculin. De leur union naîtra une fille que l’auteur nomme Epicène. Le père voulait un garçon, il n’aimera pas sa fille.

Un roman psychologique autour d’un père voulant un fils et d’une fille voulant un père et d’une mère à l’abandon. La fille a besoin de l’amour de son père pour se construire. Le prénom Epicène, symbole d’une dualité en chacun nécessaire aux yeux de l’auteur.

L’amour, la haine, présents, la mère fera triompher l’amour avec une prise de conscience de sa fille qui devra quant à elle vaincre la haine.

Peut-on aimer et ne pas être aimé ?

Peut-on vivre sans amour ?

Epicène se met à l’arrêt, métabolisme ralenti, sentiments enfouis pour résister à ce rejet du père Claude  qui signifie le « boiteux ». Epicène découvrit que le père, c’était la porte de l’existence : que l’on veuille entrer ou sortir, il fallait obtenir son blanc-seing.

Epicène découvrit que l’on pouvait mourir pour ne pas avoir prononcé à temps une parole salvatrice.

photos-amelie-nothomb-nous-devoile-ses-grigrisAmélie Nothomb

 

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27 mars 2020

"La mer à l'envers" Marie Darrieussecq

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Une mère de famille Rose, psychologue emmène ses enfants en croisière pour leur faire découvrir la Grèce qui est à leur programme scolaire. C’est une croisière un peu absurde.

Le voyage sera brièvement interrompu par la récupération d’une embarcation de migrants en perdition. Rose prêtera le téléphone de son fils à Younes un migrant qui, rapatrié par un autre navire le conservera. Ce téléphone deviendra un lien entre eux.

Cette croisière est un prétexte pour engager la thématique principale du livre autour des migrants par le prisme de l’exemple Younes.

Younes l’appelle souvent et elle ne répond pas, mais un fort sentiment de culpabilité s’infiltre lentement dans les veines de Rose. Elle finira par répondre et apprendre qu’il est à Calais dans une situation très difficile.

Elle décide d’aller le chercher et de le ramener dans sa nouvelle maison en province.

 Un sujet d’actualité, très clivant, qui interroge sur le passage de la compassion à l’acte, sur la légitimité d’un  tel choix. Un parcours initiatique mené à son terme qui ne résout rien, un exemple d’humanité, d’altruisme, ou de faiblesse ? raisonnable, pas raisonnable ?

 

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14 mars 2020

"Tristes tropiques" Claude Lévi-Strauss

 

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Claude LEVI STRAUSS choisit après l’obtention d’une agrégation de philosophie, le métier d'ethnologue. Il choisit une voie très particulière alors que les perspectives d’une carrière confortable dans l’enseignement était toute tracée.

« L’enseignement philosophique devenait comparable à celui de l’histoire de l’art qui proclamait le gothique nécessairement supérieur au roman, et dans l’ordre du premier, le flamboyant plus parfait que le primitif, mais où personne ne se demanderait ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. »

Il devient donc explorateur, voyageur, chercheur, et demeure philosophe.

Pourtant il disait : « Je hais les voyages et les explorateurs »

L’ethnographie, une discipline difficile à définir qu’il essaiera de décrire avec grande précision.

« Dans cette antinomie qui s’oppose, d’une part le métier de l’autre une entreprise ambiguë qui oscille entre la mission et le refuge, participe toujours l’une de l’autre tout en étant plutôt l’une ou plutôt l’autre, l’ethnographie occupe certes une place de choix. C’est la forme la plus extrême qui se puisse concevoir du second terme. »

« La connaissance ne repose pas sur une renonciation ou sur un troc, mais consiste dans une sélection des aspects vrais, c’est-à-dire ceux qui coïncident avec les propriétés de ma pensée. Non point comme le prétendaient les néo-kantiens, parce que celle-ci a exercé sur les choses une inévitable contrainte, mais bien parce que ma pensée est elle-même objet. Etant « de ce monde », elle participe de la même nature que lui. »

 L’ethnographe voyage, mais qu’est-ce qu’un voyage ?

« On conçoit généralement les voyages comme un déplacement dans l’espace. C’est peu. Un voyage s’inscrit simultanément dans l’espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale. Chaque impression n’est définissable qu’en la rapportant solidairement à ces trois axes, et comme l’espace possède à lui seul trois dimensions, il en faudrait au moins cinq pour se faire du voyage une représentation adéquate. »

L’ethnographe est en quête de vérité, il va découvrir des lieux auxquels il n’est pas préparé, voire même qu’il ne pouvait envisager. L’observation de la réalité est un exercice difficile à retranscrire, à vivre, à accepter.

« L’écart entre l’excès de luxe et l’excès de misère fait éclater la dimension humaine.

Ce n’est pas seulement pour duper nos enfants que nous entretenons dans la croyance du père Noel : leur ferveur nous réchauffe, nous aide à nous tromper nous-même et à croire, puisqu’ils y croient, qu’un monde de générosité sans contrepartie n’est pas absolument incompatible avec la réalité. »

 La première partie du livre évoque les voyages de CLS. New York puis le Brésil et l’approche de peuplades avec leurs organisations, rites, « arts » n’ayant jamais rencontré d’autres êtres humains. Ainsi ces observations sont à mettre en perspective avec l’apparition de l’écriture, absente de ces groupes et ses conséquences.

« La beauté de New York ne tient donc pas à sa nature de ville, mais à sa transposition, pour notre œil inévitable si nous renonçons à nous raidir, de la ville au niveau d’un paysage artificiel où les principes de l’urbanisme ne jouent plus : les seules valeurs significatives étant le velouté de la lumière, la finesse des lointains, les précipices sublimes au pied des gratte-ciels et des vallées ombreuses parsemées d’automobiles multicolores, comme des fleurs. »

« Il y a trois régions : Indonésie, Nord-Est américain et pays scandinaves qui forment en quelque sorte les points trigonométriques de l’histoire précolombienne du nouveau monde.

Si l’on veut mettre en corrélation l’apparition de l’écriture avec certains traits caractéristiques de la civilisation, il faut chercher dans une autre direction. Le seul phénomène qui l’ait fidèlement accompagnée est la formation des cités et des empires, c’est-à-dire l’intégration dans un système politique d’un nombre considérable d’individus et leur hiérarchisation en classes. Telle est, en tout cas, l’évolution typique à laquelle on assiste depuis l’Egypte jusqu’à la Chine.

Si mon hypothèse est exacte, il faut admettre que la fonction primaire de la communication écrite est de faciliter l’asservissement. »

Cette notion de groupe avec un chef doit se définir.

« La notion de chef apparaît comme la cause du désir du groupe de se constituer comme groupe et non comme l’effet du besoin d’une autorité centrale ressenti par un groupe déjà constitué. »

Ce groupe induit déjà une contractualisation des rapports, ce qui renvoie aux philosophes du XVIIIème siècle, en particulier vers Jean-Jacques ROUSSEAU.

« On aimerait pouvoir montrer l’appui considérable que l’ethnologie contemporaine apporte aux thèses des philosophies du XVIIIème siècle. Sans doute le schéma de ROUSSEAU diffère-t-il des relations quasi contractuelles qui existent entre le chef et ses compagnons. ROUSSEAU avait en vue un phénomène tout différent, à savoir la renonciation, par les individus à leur autonomie propre au profit de la volonté générale. Il n’est reste pas moins vrai que ROUSSEAU et ses contemporains ont fait preuve d’une intuition sociologique profonde quand ils ont compris que des attitudes et des éléments culturels tels que le « contrat » et le « consentement » ne sont pas des formations secondaires comme le prétendaient leurs adversaires et particulièrement HUME, ce sont les matières premières de la vie sociale et il est impossible d’imaginer une forme d’organisation politique dans laquelle ils ne seraient pas présents » 

L’ethnographe se heurte dans ses études à des problèmes de taille, son histoire, son éducation, susceptibles de troubler ses observations, d’altérer ses conclusions, la part subjective incontournable.

« On n’échappe pas au dilemme : ou bien l’ethnographe adhère aux normes de son groupe, et les autres ne peuvent lui inspirer qu’une curiosité passagère dont la réprobation n’est jamais absente, ou bien il est capable de se livrer totalement à elles, et son objectivité reste viciée du fait qu’en le voulant, ou non, pour se donner à toutes les sociétés il s’est au moins refusé à une. Il commet donc le même péché qu’il reproche à ceux qui contestent le sens privilégié de sa vocation. »

« L’opposition entre deux attitudes de l’ethnographe : critique à domicile et conformisme au-dehors, en recouvre donc une autre à laquelle il lui est encore plus difficile d’échapper. S’il veut contribuer à une amélioration de son régime social, il doit condamner, partout où elles existent, les conditions analogues à celles qu’il combat, et il perd son objectivité et son impartialité. En retour, le détachement que lui imposent le scrupule moral et la rigueur scientifique le prévient de critiquer sa propre société, étant donné qu’il ne veut en juger aucune afin de les connaître toutes. A agir chez soi, on se prive de comprendre le reste, amis à vouloir tout comprendre on renonce à rien changer. »

Pourquoi l’occident a produit des ethnographes ?

« On découvre qu’aucune société n’est foncièrement bonne, mais aucune n’est absolument mauvaise. On pourrait prétendre que si l’occident a produit des ethnographes c’est bien qu’un puissant remord devait le tourmenter, l’obligeant à confronter son image à celle de sociétés différentes dans l’espoir qu’elles réfléchiront les mêmes tares ou l’aideront à expliquer comment les siennes se sont développées dans son sein. ROUSSEAU nous apprend que « nous devons savoir comment, après avoir anéanti tous les ordres, on peut encore découvrir les principes qui permettent d’en édifier un nouveau. »

Claude Levi STRAUSS s’est évidemment penché sur les religions, indispensable afin de penser les sociétés dans leur ensemble. Il évoque la civilisation musulmane, l’Islam, le Bouddhisme, et les Chrétiens en mettant en lumière une articulation explicative subtile.

« N’est-ce pas l’image de la civilisation musulmane qui associe les raffinements les plus rares : palais de pierres précieuses, fontaines d’eau de rose, mets recouverts de feuilles d’or, tabac à fumer mêlé de perles pilées, servant de couverture à la rusticité des mœurs et à la bigoterie qui imprègne la pensée morale et religieuse ?

Ce malaise ressenti au voisinage de l’Islam, je n’en connais que trop les raisons je retrouve en lui l’univers d’où je viens, l’Islam, c’est l’occident de l’orient. Plus précisément encore, il m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. »

« Que l’occident remonte aux sources de son déchirement : ne s’interposant entre le bouddhisme et le christianisme, l’Islam nous a islamisé, quand l’occident s’est laissé entraîner par les croisades à s’opposer à lui et donc à lui ressembler, plutôt que se prêter. S’il n’avait pas existé à cette lente osmose avec le bouddhisme qui nous eût christianisés davantage, et dans un sens d’autant plus chrétien que nous serions remontés en deçà du christianisme même. C’est alors que l’occident a perdu sa chance de rester femme. »

Claude LEVI-STRAUSS nous livre en guise de conclusions une analyse profonde qui nous met en face de notre finitude, de nos limites, et ce avec une grande acuité.

 « Qu’ai-je appris d’autre en effet des maîtres que j’ai écoutés, des philosophes que j’ai lus, des sociétés que j’ai visitées, et de cette science même dont l’occident tire son orgueil, sinon des bribes de leçons qui, mises bout à bout, reconstituent la méditation du sage au pied de l’arbre ?

Tout effort pour comprendre détruit l’objet sur lequel nous nous étions attachés, au profit d’un effort qui l’abolit au profit d’un troisième et ainsi de suite jusqu’à ce que nous accédions à l’unique présence durable, qui est celle ou s’évanouit la distinction entre le sens et l’absence de sens : la même d’où nous étions partis.

Voilà 2500 ans que les hommes ont découvert et ont formulé ces vérités. Depuis, nous n’avons rien trouvé, sinon en essayant après d’autres toutes les portes de sorties, autant de démonstrations supplémentaires de la conclusion à laquelle nous aurions voulu échapper. »

« Cette grande religion du non-savoir ne se fonde pas sur notre infirmité à comprendre. Elle atteste notre aptitude, nous élève jusqu’au point où nous découvrons la vérité sous forme d’une exclusion mutuelle de l’être et du connaître.

« Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui ! »

Nous terminons ce billet par un petit texte de Fernando PESSOA. Texte plein d’humilité et de beauté.

 

"Quand viendra le printemps

Si je suis déjà mort

Les fleurs fleuriront de la même

Manière et les arbres n’en seront

Pas moins verts qu’au printemps

Dernier.

La réalité n’a pas besoin de moi."

                                                                    

 

imagesClaude Lévi-Strauss

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09 février 2020

"L'Odyssée" Homère

 

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Je commencerai ce billet sur l’Odyssée par ces très beaux vers de Joachim du Bellay qui résume à merveille le destin épique d’Ulysse narré par Homère avec virtuosité : « Heureux qui comme Ulysse est revenu plein d’usage et raison vivre entre les siens et le reste de son âge. »

Nous verrons que ce n’est pas aussi idyllique.

Ulysse, éloigné de son épouse Pénélope, de son fils Télémaque après la guerre de Troyes ne peut revenir chez lui. Il va subir une série d’épreuves, d’ « aventures » tandis que sa famille esseulée « souffrira » de tous ceux qui veulent le déposséder et prendre Pénélope comme femme. La réalité n’est pas aussi tranchée que cela.

Plus pacifique que l’Iliade, le récit d’aventures est prenant, toujours avec les mortels et les Dieux qui influent sur les devenirs. L’Odyssée peut être lue de plusieurs manières et selon les traductions, celle de Jacottet est poétique, celle de Bérard plus technique.

L’Odyssée est le besoin d’un retour après une vie extraordinaire. Les aventures d’Ulysse débutent au chant IX. Notons qu’il faut attendre l’Odyssée pour évoquer le cheval de Troie. Ulysse doit donc rentrer chez lui, l’héroïsme consiste à revenir. Par ailleurs, la responsabilité humaine est posée.

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Le retour à Ithaque n’est qu’une étape, la vie est toujours en mouvement. Deux questions se posent : qu’est-ce qu’une vie normale ? Qu’est-ce qu’une société ?

Entendement et sensibilité sont les deux caractéristiques d’Ulysse. Il raisonne, combat les dangers, mais il veut profiter de tout, à titre d’exemple, au passage du chant des sirènes, il préfère se faire attacher mais écouter.

Ulysse rencontre des femmes qui auront un rôle important, en plus de Pénélope bien sûr. Calypso qui fera tout pour le retenir, Circée qui lui permettra de partir alors que lui a du mal à la quitter.

Parmi ses multiples aventures, il rencontre Charybde et Scylla deux monstres sans personnalisation, symboles des dangers multiples et imprévus des voyageurs mais aussi des humains en général.

Ulysse devra également descendre dans l’Hadès, royaume des morts. Il n’a pas le choix. Les morts qu’il a connu vivants et qu’il rencontre ont changé (Achille par exemple) d’autres non (Héraclès par exemple).

Dans l’Iliade, les Dieux sont surhumains, dans l’Odyssée, nous sommes dans le merveilleux, un merveilleux dont le seul témoin est ULYSSE.

Le retour à Ithaque, c’est la fin de 41 jours d’aventures, c’est la reprise du pouvoir par ULYSSE, un retour au réel. L’Odyssée est un poème politique. Giono émet l’hypothèse que l’Odyssée est une affabulation.

Revenons sur la personnalité de Pénélope : elle tisse un linceul pour l’Aerte qu’elle défait chaque nuit. C’est une métaphore, elle immobilise le temps. Ce n’est pas la femme vertueuse et patiente qui attend le retour de son époux. Elle n’est pas insensible aux charmes de certains prétendants. Elle met du temps à reconnaître ULYSSE, c’est uniquement lors de la scène du lit que ce sera le cas, le début d’un retour à la normalité.

« qui donc a déplacé mon lit ? C’eut été malaisé

Même au plus habile homme, à moins qu’un dieu vînt à son aide,

Qui l’eût facilement transporté en un autre lieu…

Mais des mortels, aucun, et fût-il vigoureux,

N’eût pu le déplacer. Car il est un secret

Dans la structure de ce lit ; je l’ai bâti tout seul,

Dans la cour s’élevait un rejet d’olivier feuillu

Dru, verdoyant, aussi épais qu’une colonne.

Je bâtis notre chambre autour de lui,

De pierres denses, je la couvris d’un bon toit,

La fermai d’une porte aux vantaux bien rejoints.

Ensuite, je coupai la couronne de l’olivier

Et, en taillant le tronc à la racine, avec le glaive

Je le planai  savamment et l’équarris au cordeau

Pour faire un pied de lit ; je le perçai à la tarrière.

Après cela, pour l’achever, je polis le reste du lit

En l’incrustant d’argent, d’ivoire et d’or ;

Je tendis les sangles de cuir teintes de pourpre.

Voilà le secret dont je te parlais ; mais je ne sais

Si mon lit est encore en place, ô femme, ou si déjà

Un autre, pour le déplacer, a coupé la racine. »

A ces mots, ses genoux et son cœur défaillirent

Elle reconnaissait les signes décrits par ULYSSE ;

Toute en pleurs, elle vint à lui, jeta ses bras

Au cou d’ULYSSE, baisa son visage et lui dit :

« Ne m’en veux pas, ULYSSE, toi qui fus toujours le plus

Sensé des hommes :les dieux nous ont élus pour le malheur,

Nous enviant la douceur de rester auprès l’un de l’autre

Pour goûter le jeunesse et atteindre le seuil de l’âge »

Le but de l’Odyssée est de restaurer le pouvoir d’ULYSSE. Pour cela, il doit sortir de sa vie héroïque, il doit renoncer à sa vie surhumaine antérieure, c’est la fin de l’épopée. La société se divise en clans à Ithaque, ULYSSE ne pourra plus être le souverain. Il devra partager son pouvoir. La grande leçon de l’Odyssée est le début du politique grec. 

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26 janvier 2020

" Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" Jean-Paul DUBOIS

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C’est tellement vrai que tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon !

Le héros du roman Patrick purge une petite peine de prison, un quotidien difficile dans lequel il rencontre un compagnon de cellule Horton avec lequel il va nouer des liens « d’amitiés », un être pourtant radicalement opposé à lui.

« Quand Patrick apprit la raison de mon enfermement, il s’intéressa à mon histoire avec la bienveillance d’un compagnon du Devoir prenant connaissance des premières tentatives maladroites de son apprenti. »

Patrick revient sur sa vie, son père, sa mère, sa compagne, son travail, son ami, son chien.

A partir de là il nous décrit une galerie de personnages tellement différent, qui habitent le monde à leur façon, par leur héritage, par le prisme de leur regard, par leur bêtise où leur intelligence, par leur méchanceté où leur bonté.

Un roman simple et profond, qui pourrait se décliner à l’infini. Un roman qui ouvre l’esprit, génère de l’humilité, de la poésie, et nous rappelle qu’il y a de la beauté dans nombres de destins et malheureusement quelques laideurs et lâchetés, trop hélas !, des bonheurs dont il faut savoir profiter, des malheurs qu’il faut essayer de surmonter.

 

Il y a des larmes

Il y a des rires

Tu es sans arme

Entends mon soupir

Tant d’êtres différents

Laids ou beaux

Tant de tourments

Peu de repos

 

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