lire et philosopher pour vivre

14 juin 2018

"Les vies de papier" Rabih ALAMEDDINE

 

 

ALAMEDDINE Rabih les vies de papier

Prix Femina étranger 2016

Un beau roman, lent, subtil, une photographie de mœurs à Beyrouth, en perspective avec le mode de vie atypique d’une femme essayant d’être libre, après un mariage imposé à 16 ans, le rejet de sa belle-famille, et sa répudiation par son mari.

AALIYA est restée vivre dans l’appartement où elle emménagea après son mariage. Ses rapports avec sa mère remariée et ses deux demi-frères sont difficiles. Elle choisit une vie de solitude et d’indépendance. Depuis l’âge de 14 ans elle traduisait des livres en arabes et lisait beaucoup, se réfugiant dans la littérature et la philosophie.

« La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème ».

L’auteur déroule cette vie minimaliste qu’AALIYA a essayé de bâtir à sa convenance, mettant en place un petit bonheur, invisible d’autrui, et une liberté qui valait de l’or à ses yeux. Le premier acte de cette « émancipation » douce, fut la reprise d’une petite librairie, sans éclat, qui lui offrit le plein univers des livres.

« Moi l’éternelle autodidacte, je me servis de ce magasin pour apprendre ».

Son univers : sa mère, ses trois voisines, ses traductions, ses livres, sa musique, son petit appartement. Elle emprunte à  Rainer Maria Rilke cette pensée  des élégies tirées de Duino : « Je n’aime pas me plaindre, vraiment, je n’aime pas, mais je constate que je me plains souvent. Vieillir c’est se lamenter. »   

Un roman original, ouvrant des réflexions sur l’indépendance, la solitude, la force des livres, la famille, sur ce que l’on peut faire d’une vie.

Alameddine-2Rabih ALAMEDDINE

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30 mai 2018

"4 3 2 1 " Paul AUSTER

 

 

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Un roman rapidement prenant, dense, original. Il faut s’adapter à la manière d’AUSTER de superposer des réalités tant et si bien que le lecteur ne sait plus laquelle retenir. Mais faut-il en retenir une ?

« Tout est parfaitement solide pendant un temps, puis un matin le soleil se lèvre et le monde se met à fondre. »

Le héros, le jeune FERGUSSON, un gosse très doué, très mature, qui nous raconte sa vie, et sa façon de voir les autres. Sa vie prend des orientations différentes, son père vit, son père meurt, son père fait fortune, son père fait faillite. « FERGUSSON n’avait pas encore 5 ans, mais il savait déjà que le monde se composait de deux royaumes, le visible et l’invisible, et que les choses qu’il ne pouvait voir étaient souvent plus réelles que celles qu’il voyait. »

FERGUSSON est sportif, le baseball est son sport, il lit beaucoup, motivé par sa tante Mildred universitaire au caractère bien trempé. Il adore le cinéma, la musique, le roman est truffé de références. « Tout le monde avait dit à FERGUSSON que le vie ressemblait à un livre, une histoire qui commence à la page 1 et qui se déroule jusqu’à la page 204 ou 926, mais maintenant que l’avenir dont il avait tant rêvé changeait, sa notion du temps changeait elle aussi. »

FERGUSSON nous raconte plusieurs petites histoires, liées à une histoire, c’est déroutant parfois, mais également passionnant. Beaucoup de thématiques surgissent au fil des pages : la politique, l’homosexualité, l’écriture, les relations familiales, Laurel et Hardy… FERGUSSON nous envoûte. Il vit plusieurs vie, AUSTER veut diminuer la part de néant, ou décrire ce qu’aurait pu être d’autres réalités, utopie à caractère psychologique.

« Quelle idée intéressante se dit FERGUSSON de penser que les choses auraient pu se dérouler autrement pour lui, tout en restant le même. » FERGUSSON adorait la musique et le cinéma, avant même d’avoir compris qu’il serait écrivain.

« Ces soirées au concert n’étaient rien moins qu’une révélation sur le fonctionnement de son propre cœur, car il comprit que la musique était le cœur même de l’expression la plus parfaite du cœur humain, et après avoir écouté ce qu’il avait écouté, son oreille commençait à s’affiner, et mieux plus il écoutait plus il ressentait la musique à tel point que parfois son corps tremblait. »

AUSTER évoque fréquemment Dieu. « Dieu est cruel Archie. Il devrait protéger les braves gens de ce monde, mais il ne le fait pas. Il les fait souffrir tout autant que les méchants. Il a tué D.RASKIN, il a brûlé le magasin de ton père, il laisse des innocents mourir dans les camps de concentration, et on dit que c’est un Dieu bon et charitable. Quelle blague ! ».

« Dieu ne nous dit jamais ce qu’il pense. Tu pourrais lui écrire. C’est vrai. Mais ça ne marcherait pas. Quel est le problème ? Tu n’as pas de quoi te payer le courrier par avion ? Je n’ai pas son adresse ».

Le lecteur comprendra le titre 4321 à la fin du livre. Le thème des origines et du hasard sont des préoccupations fortes pour AUSTER. C’est la source de l’histoire de FERGUSSON. « FERGUSSON avait découvert que prêter attention était le premier pas dans la vie ».

FERGUSSON écrira, mais ne croira pas en ses œuvres, tout en ne pouvant pas se passer d’écrire. Il est doué, mais pas reconnu. Il reprendra à son compte cette pensée du poète Kenneth REXROTH « contre la destruction du monde, il n’y a qu’une seule réponse l’acte créateur. »

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03 mai 2018

"Le Prince" Nicolas MACHIAVEL

 

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Nicolas Machiavel philosophe, théoricien de la politique, poète, né en 1469 et mort en 1527. Il devint célèbre après la publication de son livre le Prince ou des principautés.

 

                                            

Dans l’introduction au Prince, Yves LEVY nous apporte quelques précisions importantes pour comprendre les écrits de Nicolas MACHIAVEL.

« Parmi les innombrables manuels sur l’art de régner composés depuis St THOMAS d’AQUIN jusqu’au 16ème siècle d’en désigner aucun dont MACHIAVEL se serait inspiré. »

L’ouvrage comporte 26 chapitres. Ce sont les chapitres 15 à 23 qui ont fait polémique et apparaître le terme machiavélique. Des conseils liés au pouvoir en dehors de tous critères moraux, pour le reste l’ouvrage s’inscrit dans un contexte historique.

« Ce qui fait la force du Prince, c’est l’exceptionnelle cohérence du texte. Comme ARISTOTE il distingue deux grandes catégories sociales : les grands et le peuple. Si donc MACHIAVEL s’inspire de XENOPHON et d’ARISTOTE pour conseiller au Prince de vivre en accord avec ses sujets, sa pensée on le voit, à une vigueur qui laisse loin derrière elle les propos de ses devanciers. »

POLYBE expose au livre 6 de ses histoires, la théorie de l’anacyclosis, c’est-à-dire l’évolution de l’état qui tombe de royauté en tyrannie, puis au régime aristocratique, lequel dégénère en oligarchie, d’où  sort la démocratie, mais celle-ci se dégrade en ochlocratie  (emprunté au grecokhlocratia, de okhlos, « foule » et –kratos, « pouvoir, gouvernement par la foule, la multitude, la populace) et de là on retourne à la monarchie. Le seul remède à ce cycle fatal, c’est un régime mêlé de royauté, d’aristocratie, et de démocratie. 

MACHIAVEL est le premier à considérer la politique comme un jeu de passions et d’intérêts animant des forces opposées.

… « Une partie de l’élite peut lire les ouvrages politiques de MACHIAVEL et deux courants se sont dessinés : celui des admirateurs de son courant politique, celui des adversaires de ses idées religieuses et morales. »

MONTESQUIEU et ROUSSEAU ont nommé MACHIAVEL, et l’un et l’autre ont accompagné son nom des plus grands éloges. MACHIAVEL observe la monotonie de l’histoire et se manifeste par l’action efficace. Ce qui amène la critique de MACHIAVEL, c’est son pragmatisme et ses constats en dehors de tous critères moraux. Il observe, il énonce, mais il reste à l’extérieur, il ne fait qu’agir par sa pensée. Il pose les principes quels qu’ils soient, pour être efficace, tout est dit, rien n’est caché.

« On peut remarquer que les hommes se doivent ou cajoler ou détruire, car ils se vengent des offenses légères, des grandes ils ne peuvent, aussi l’offense qui se fait à un homme doit-elle être telle qu’il n’y ait pas à craindre sa vengeance. »

Voilà une illustration concrète de machiavélisme, toute vérité est-elle bonne à dire ? A contrario, certaines observations sont utiles au Prince sans que la morale ait quelque chose à y redire.

« Pour les affaires d’Etat, si l’on connaît à l’avance les maux qui y naissent, ils se guérissent vite, mais quand, pour ne les avoir pas reconnus on les laisse croître au point que quand tout le monde les reconnaît, il n’y a plus de remèdes. »

« On tient plus facilement une cité accoutumée à vivre libre par le moyen des citoyens eux-mêmes que d’aucune autre façon, si on veut l’épargner. » « La nature des peuples est changeante, et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. »

Là également l’art de dominer le peuple, de dominer l’autre à transposer en règles.

« En toute cité on trouve deux humeurs opposées, et cela vient de ce que le peuple désire de n’être pas commandé, ni opprimé par les grands, et que les grands désirent commander et opprimer le peuple et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »

« Ceux qui, d’abord homme privés doivent à leur seule bonne fortune de devenir Prince, n’ont pas grand peine à le devenir, mais en ont beaucoup à le demeurer. » « Etre désarmé, en effet, entre autres sources de maux que cela entraîne te vaut d’être méprisé, ce qui est un des mauvais renoms desquels le Prince doit se garder. »

« Rien n’est aussi faible ou instable que le renom d’une puissance qui ne se fonde pas sur ses forces propres. » TACITE.

MACHIAVEL, observateur avisé du pouvoir politique et de la façon de le conserver. Il est vrai aussi que ces observations éclairent les oppresseurs comme les opprimés, apportant à chacun la connaissance des mécanismes, les manœuvres à réaliser ou éviter.

« Combien il serait louable chez un Prince de tenir sa parole et de vivre avec droiture et non avec ruse, chacun le comprend : toutefois on voit par expérience, de nos jours que tels Princes ont fait de grandes choses, qui de leur parole ont tenu peu de compte, et qui ont su ; par ruse manœuvrer la cervelle des gens ; et à la fin ils ont dominé ceux qui se sont fondés sur la loyauté. »

« Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre ; l’une avec les lois, l’autre avec la force, la première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes, mais comme la première très souvent ne suffit pas, il convient de recourir à la seconde. »

« Aussi est-il nécessaire à un Prince de savoir user de la bête et de l’homme. »

… « Il se trouve dans l’ordre des choses que jamais on ne cherche à fuir un inconvénient sans tomber dans un autre, mais la sagesse consiste à connaître la nature des inconvénients, et à présenter le moins mauvais pour bon. » « Les bons conseils d’où qu’ils viennent, naissent nécessairement de la sagesse du Prince, et non la sagesse du Prince des bons conseils. »

MACHIAVEL n’a pas un idéal comme PLATON par exemple. Il est pragmatique, la politique, le pouvoir, ce sont des équilibres pas nécessairement en adéquation avec les vertus. Le Prince nous pose deux grandes questions :

La politique doit-elle être morale ?

La fin justifie-t-elle les moyens ?

                                                                                                                                                                              

 

 

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22 avril 2018

"C'était mieux avant" Michle SERRES

 

img672                                                                   Image associéeMichel Serres philosophe et historien né en 1930. Après l'école navale, l'école normale supérieur, il est agrégé de philosophie en 1955. Il obtiendra un doctorat de lettres en 1968. Il est élu à l'Académie Française en 1990.

 

Après « Petite Poucette » « c’était mieux avant » est la suite philosophique naturelle. Cette tentation facile du « c’était mieux avant » est battue en brèche par Michel SERRES.

Le monde numérique, dématérialisé, aux flux incessants, avec ses codes qui imposent une nouvelle façon de vivre, radicalement différente de ce que l’on pouvait vivre il y a 30 ans, et qu’est-ce que 30 ans ! Internet, nos téléphones portables, les images haute définition, l’audio, …Des humains éduqués différemment avec un autre accès à la connaissance, mais en proie également à son cortège de travers, un monde rapide, virtuel, prenant la place du livre, d’une connaissance acquise à l’ancienne, plus lentement.

« Oui Petite Poucette sais tout  en information, pas toujours en connaissance. » C’était mieux avant c’est vrai, deux guerres mondiales, Hiroshima, des épidémies, une planète mal traitée, le statut de la femme, les conditions de travail, l’alimentation, la santé, la douleur….

« La douleur n’est pas une compagne nécessaire, parfois désirée pour prouver sa force d’âme, mais un obstacle à négocier, à franchir, à supprimer si l’on peut. » Le dentiste il y a trente ans et maintenant !

« Avec la langue et le règne du fric, nous imputâmes le mauvais goût et notre sens de la beauté en prit un sale coup. » Tout le monde ne voulait pas sa maison, du confort, mieux se nourrir, des loisirs, se soigner ? « Oui pépé, avant nous jouissions de communautés, chaotiques, fortes en gueules, chamailleuses, à culottes et robes trouées, mais aussi chaude que fraternité. »

On ne peut pas tout avoir ! Malgré la cupidité, la violence, la folie des hommes, une nouvelle société plus spirituelle, plus évoluée se prépare peut-être ? Les transitions sont souvent assez longue et brutale, ce qui altèrent nos jugements souvent posés à courte vue et dans l’émotion.

Avec notre droit du travail, nos luttes contre les discriminations, nos chercheurs, notre justice, nos loisirs, nos ajustements sur les droits et devoirs des plus faibles, animaux, enfants, handicapés…, nous contribuons peut-être à façonner un autre monde. Nous paraissons faibles, laxistes, mais ne serions-nous pas en réalité des précurseurs, des modèles, pour l’instauration d’une nouvelle société ?

« Chères Petites Poucettes, chers Petits Poucets, ne le dites pas à vos vieux dont je suis, c’est tellement mieux aujourd’hui : la paix, la longévité, la paix, les antalgiques, la paix, la sécu, la paix, l’alimentation surveillée, la paix, l’hygiène et les soins palliatifs, la paix, le contrat naturel, la paix, les voyages, la paix, le travail allégé, la paix, les communications partagées, la paix,…face à toi, ma Poucette si petite, si légère, si douce, que je te vois parfois, comme un oiseau, un soufflet spirituel : ah ! si le grand-papa ronchon pouvait te foutre la paix ! »

C’est exact ce que dit Michel SERRES, mais ce sera long et difficile dans un monde complexe aux inégalités et aux variations multiples. C’était mieux avant pour une Europe éduquée, soucieuse à l’extrême des droits et des changements sociétaux, de la démocratie, mais qu’en est-il à l’échelle du monde ? des pays pauvres, des pays émergents, des pays ancrés dans une transmission culturelle incompatible avec de telles avancées ?

Pour conclure, comment pourrons-nous instaurer un monde nouveau sans guerre mondiales, avec son cortège de progrès sans résoudre le plus terrifiant des problèmes : la surpopulation mondiale ?

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02 avril 2018

"L'Art de perdre" Alice Zeniter

 

l'art de perdre

Alice ZENITERAlice Zeniter

 

Excellent roman, qui traite du douloureux épisode de la guerre d’Algérie et de ses conséquences, évoqué par l’intermédiaire d’une famille de paysans montagnards. La vie quotidienne, l’arrivée du FLN, une vie bouleversée où il est bien difficile de se situer.

« Quand tu dors, tu oublies tous tes soucis, a toujours dit ALI à ses fils pour les obliger à aller se coucher, c’est une chance merveilleuse et ça ne dure que quelques heures, alors profite. »

Il faut choisir son camp, demeurer côté français, ou aider le FLN. « Est-ce que les luttes appartiennent à quelqu’un ? Est-ce qu’elles appartiennent davantage par exemple à ceux qui sont directement opprimés qu’à ceux qui les mènent sans avoir subi l’opposition. »

Un enjeu qui dépasse des gens simples, qui n’aspiraient qu’à vivre le plus heureux possible. Cette famille embarquera pour la France, considérée comme traître, n’ayant pas aidé le FLN. Un déracinement total, une adaptation difficile voire impossible.

« Le pouvoir n’est jamais innocent. Pourquoi alors est-ce qu’on continue à rêver qu’on peut être dirigé par des gens biens ?

« C’est une chose étrange : pour avoir le droit d’exister, il faut qu’ils se présentent comme des patriotes de la première heure, des amoureux du drapeau tricolore qui n’ont jamais douté. »

« C’est important, par exemple reprend l’assistante sociale de lui donner un prénom qui reflète votre volonté de vous intégrer ici. »

Le début des cités, les problèmes des futures générations qui ne se sentiront pour beaucoup ni français, ni algériens. Ali, Yema, leur fils Hamid, puis Naïma la fille d’Hamid sont les acteurs de cette saga qui nous offre un regard lucide sur cette période et ses diverses conséquences.

« Malgré toute leur volonté, Ali et Yema n’habitent pas l’appartement, ils l’occupent. »

« La famille de Naïma tourne autour de l’Algérie depuis si longtemps qu’ils ne savent plus vraiment ce autour de quoi ils tournent. Des souvenirs ? un rêve ? un mensonge ? »

Hamid dira « le Ramadan ne rapproche pas davantage des pauvres, il les tient à l’écart des autres. »

« A la religion jugée désuète de ses parents, il préfère la politique. »

« Ils ne veulent pas du monde de leurs parents, un monde minuscule qui ne va que de l’appartement à l’usine, où de l’appartement aux magasins. Ils veulent une vie entière, pas une survie. Et plus que tout, ils ne veulent plus avoir à dire merci pour les miettes qui leur sont données. Voilà c’est ça qu’ils ont eu jusqu’ici : une vie de miettes. »

S’intégrer c’est difficile, souvent après un abandon traumatisant. Pour Ali comme pour Hamid, exprimés de différentes façons c’est un choc à absorber, un deuil à faire. « La nuit, au lieu de dormir, il jardine à l’intérieur de lui. Là où c’est noué, il taille. Là où c’est bouché il creuse. »

Après son voyage en Algérie à la fois professionnel et personnel Naïma à fait ce qu’elle devait faire mais son histoire n’est pas un héritage. « La possibilité qu’une action accomplie par son grand-père ou par son grand-oncle 50 ans plus tôt ait un effet sur elle aujourd’hui lui paraît absurde. »

« La plupart des choses que les femmes ne font pas dans ce pays ne leur sont même pas interdites. Elles ont juste accepté l’idée qu’il ne fallait pas les faire. »

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître,

Tant de choses semblent si pleines d’envie

D’être perdues que leur perte n’est pas un désastre

Elisabeth Bishop

 « Ce qu’on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens ici mais ce n’est pas chez toi ! »

 Une lecture prenante et pédagogique.

 

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18 mars 2018

"La Fontaine une école buissonnière" Erik ORSENNA

 

ORSENNA erik Orsenna,écrivain français né le 22 mars 1947 de son vrai nom Eric Arnoult. Après une carrière de haut fonctionnaire lié au microcosme politique, il recevra le prix Goncourt en 1998 et sera élu à l'Académie française la même année.

LA FONTAINE

 

Erik ORSENNA nous propose un ouvrage à la fois léger et profond sur Jean de LA FONTAINE.

« Plus nous avons grandi, plus il a grandi avec nous, plus nous avons avancé dans la vie, plus nous avons trouvé de charme et de solidité dans ces fables qui sont la vérité, dans ces drames dont les bêtes sont les personnages et qui racontent si délicieusement et si puissamment la vie humaine… »

Qui ne connaît pas les fables de la FONTAINE ? par contre, peu savent qui était ce poète philosophe, qui vivait sans se préoccuper du lendemain. Il aimait se ressourcer à Château-Thierry lieu de son enfance et se rendre à Paris faire la fête, et enrichir sa vie culturelle.

« L’argent aime qu’on l’aime. Dédaigné, l’argent se venge. De la plus simple et la plus radicale des manières il s’en va. Fils de bourgeois aisé, titulaire d’une charge des eaux et forêts qui lui permettait plutôt de bien vivre, LA FONTAINE avait tout laissé filer. Il n’avait plus rien. Rien que la gloire littéraire, laquelle, à l’époque, ne rapportait pas un sou. »

Ami de FOUQUET, cela lui vaudra d’être mis à l’index par Louis XIV. Ce n’est que tardivement que LA FONTAINE écrira ses fables qui deviendront un chef d’œuvre de la littérature française, 243 fables mettant en scène 63 animaux par un chant philosophique, psychologique, pédagogique, poètique. Il deviendra académicien avec difficulté mais hélas il tombera à la fin de sa vie sous l’influence de l’abbé Pouget qui exploitera sa peur du trépas, il le forcera à se repentir de tout et surtout de ses écrits. Il s’humiliera publiquement devant ses pairs de l’académie Française.

Son épitaphe:

« Jean s’en alla comme il était venu,

Mangea le fonds avec le revenu,

Tint les trésors chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien le sut disperser,

Deux parts en fit, dont il soulait passer,

L’une à dormir et l’autre à ne rien faire.

 

 Il est présenté comme un paresseux alors que c’était un grand travailleur !

« Fils absent et prodigue, déplorable mari, père indifférent, LA FONTAINE fut d’abord un ami. L’amitié, sa fidélité en amitié aura été son bon génie, le sel et le cœur de sa vie. » Comment ne pas terminer ce petit billet par une fable !

La BESACE

Jupiter dit un jour : « Que tout ce qui respire
  S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur :
  Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
  Il peut le déclarer sans peur ;
  Je mettrai remède à la chose.
  Venez, singe; parlez le premier, et pour cause.
  Voyez ces animaux, faites comparaison
  De leurs beautés avec les vôtres.
  Etes-vous satisfait ? - Moi ? dit-il ; pourquoi non ?
  N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
  Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ;
  Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché :
  Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre."
  L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.
  Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort ;
  Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor
  Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ;
  Que c'était une masse informe et sans beauté.
  L'éléphant étant écouté,
  Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :
  Il jugea qu'à son appétit
  Dame baleine était trop grosse.
  Dame fourmi trouva le ciron trop petit,
  Se croyant, pour elle, un colosse.
  Jupin les renvoya s'étant censurés tous,
  Du reste contents d'eux.
  Mais parmi les plus fous
  Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes,
  Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,
  Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes :
  On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain.
  Le fabricateur souverain
  Nous créa besaciers tous de même manière,
  Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui :
  Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'autrui.

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28 février 2018

"Les Mémoires d'Outre-tombe" François-René de CHATEAUBRIAND

 

 

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Je ne me suis pas permis d’apporter des commentaires d’appréciations sur un tel monument de la littérature française. J’ai recueilli au cours de mes lectures des passages permettant de comprendre l’œuvre et l’écrivain. J’ai partitionné mon billet en thématiques rencontrés dans les Mémoires, afin d’obtenir une vision globale mais aussi détaillée de l’écrivain CHATEAUBRIAND, de l’homme politique, de l’aristocrate, du philosophe, du voyageur. J’espère que ceux qui n’ont pas lu ces Mémoires auront le désir de les lire par cette modeste approche.

Les mémoires d’Outre-tombe, le chef d’œuvre de CHATEAUBRIAND. Il évoque sa vie privée, politique, ses pensées philosophiques, ses voyages. Mais le livre terminé nous avons surtout une forte impression d’avoir parcouru un livre d’histoire.

« Survint le Révolution de 1830, autant que sur la vie de CHATEAUBRIAND, elle allait retentir profondément sur le destin de ses « Mémoires ».

Il voulait que ses mémoires soient publiées 50 ans après sa mort, mais des difficultés financières les feront sortir juste après. « Le livre et les notes me mettent devant les hommes tel que j’ai été au début de ma carrière, tel que je suis au terme de cette carrière. »

Les lieux…La Vallée-aux-Loups « je suis attaché à mes arbres, je leur ai adressé des élégies, des odes. Il n’y a pas un seul d’entre eux que je n’ai soigné de mes propres mains, que je n’ai délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille, je les connais tous par leur nom, comme enfants : c’est ma famille, je n’en ai pas d’autre, j’espère mourir au milieu d’elle »

Qui est CHATEAUBRIAND ? « Je suis né gentilhomme. Selon moi j’ai profité du hasard de mon berceau, j’ai gardé cet amour plus ferme de la liberté qui appartient principalement à l’aristocratie dont la dernière heure est sonnée. L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges, l’âge des vanités : sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier ».

Lucide sur son milieu, attribuant au hasard sa naissance, des positionnements rares pour l’époque.

« J’ignore si la dure éducation que je reçus est bonne en principe mais elle fut adoptée de mes proches…Elle a imprimé à mes sentiments un caractère de mélancolie née chez moi de l’habitude de souffrir à l’âge de la faiblesse, de l’imprévoyance et de la joie ».

« Ma mère voulut que je sois marin, puis ecclésiastique. Parti pour être voyageur en Amérique, revenu pour être soldat en Europe, je ne fournis jusqu’au bout ni l’une ni l’autre de ces carrières, un mauvais génie m’arracha le bâton et l’épée et me mit la plume dans la main ».

« Si vous allez jusqu’à la fin de ces mémoires, vous verrez qu’en rendant justice à tout ce qui m’a paru beau, aux diverses époques de notre histoire, je pense qu’en dernier résultat la vieille société finit. »

« Ce n’est pas que j’en veuille le moins du monde à ces révolutions politiques, en me rendant à la liberté, elles m’ont rendu à ma propre nature. J’ai encore assez de sève pour renouer mes liaisons avec la créature imaginaire de mes désirs. Le temps et le monde que j’ai traversé n’ont été pour moi qu’une double solitude où je me suis conservé tel que le ciel m’avait formé. Pourquoi me plaindrais-je de la rapidité des jours, puisque je vivais des heures autant que ceux qui passent des années à vivre ? »

« J’ai commencé à écrire ces Mémoires à la Vallée-aux-loups le 4 octobre 1811 j’achève de les lire en les corrigeant à Paris ce 25 septembre 1841."xFrancois_Rene_de_Chateaubriand_jpg_pagespeed_ic_ZwpWFlSqHc

 

CHATEAUBRIAND, pensées philosophiques, introspection.

« Le vrai bonheur coûte peu, s’il est cher il n’est pas d’une bonne espèce »

«Aucun défaut ne me choque excepté la moquerie et la suffisance que j’ai grand peine à ne pas moquer, je trouve que les autres ont tous sur moi une supériorité quelconque, et si je me sens par hasard un avantage, j’en suis très embarrassé. » 

« Mais si je ne pardonne point à mes ennemis, je ne leur fait aucun mal, je suis rancunier et je ne suis point vindicatif. »

« Toute notre vie se passe à errer autour de notre tombe, nos diverses maladies sont des souffles qui nous approchent plus ou moins du port. »

« Combien rapidement et que de fois nous changeons d’existences et de chimères…L’homme n’a pas une seule et même vie il en a plusieurs mises bout à bout et sa misère. »

CHATEAUBRIAND humble ; conscient de la petitesse de l’homme, embrasse le monde les yeux ouverts. Poète également, observateur de la nature et du temps qui passe.

« Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne, ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées. »

LES LIEUX… « C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j’ai commencé à sentir la première atteinte à cet ennui que j’ai traîné toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité. »

… « Respectons la majesté du temps, contemplons avec vénération les siècles écoulés, rendus sacrés par la mémoire et les vestiges de nos pères, toutefois n’essayons pas de rétrograder vers eux, car ils n’ont rien de nature réelle, et si nous prétendions les saisir, ils s’évanouiraient ».

« Notre existence est une telle fuite, que si nous n’écrivons pas le soir l’évènement du matin, le travail nous encombre et nous n’avons pas le temps de le mettre à jour. Cela ne nous empêche pas de gaspiller nos années, de jeter au vent ces heures qui sont pour l’homme les semences de l’éternité ».

CHATEAUBRIAND nous propose une réflexion qui s’avère très présente dans notre actualité du 21ème siècle.

« …Jamais le meurtre ne sera à mes yeux un objet d’admiration et un argument  de liberté, je ne connais rien de plus servile, plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste ». Liv. IV ch.3

« Le danger apprend aux hommes leurs faiblesses et unit leurs vœux ». « Mieux vaut déguerpir de la vie quand on est jeune que d’en être chassé par le temps ».

« En 1792, la fidélité au serment passait encore pour un devoir, aujourd’hui elle est devenue si rare qu’elle est regardée comme une vertu ». Cette réflexion que nous pensons propre à notre époque était déjà constatée au 18ème siècle ce qui explique la multiplicité des lois, et plus tard des règles et procédures pour tout et rien.

« Tant que nous sommes nous avons à nous la minute présente, celle qui la suit est à Dieu : il y a toujours deux chances pour ne pas retrouver l’ami que l’on quitte : notre mort ou la sienne. Combien d’hommes n’ont jamais remonté l’escalier qu’ils avaient descendu ? »

Chateaubriand est avant tout un philosophe conscient de la volatilité de la vie et c’est une grande qualité pour l’homme d’état qu’il fût.

« Chez moi l’homme public est inébranlable, l’homme privé est à la merci de quiconque se veut emparer de lui, et pour éviter une tracasserie d’une heure, je me rendrais esclave pendant un siècle.  …Dans le cœur humain, les plaisirs ne gardent pas entre eux les relations que les chagrins y conservent : les joies nouvelles ne font point printaner les anciennes joies, mais les douleurs récentes font revenir les vieilles douleurs. »

« Dans l’existence intérieure et théorique, je suis l’homme de tous les songes, dans l’existence extérieure et pratique, l’homme des réalités. »

 

                              La vieillesse déjà vient avec ses souffrances :

                              Que m’offre l’avenir ? de courtes expériences.

                              Que m’offre le passé ? des fautes, des regrets.

                              Tel est le sort de l’homme, il s’instruit avec l’âge :

 

                              Mais que sert d’être sage

                              Quand le terme est si près ?

                              Le passé, le présent, l’avenir, tout m’afflige :

                              La vie à son déclin est pour moi sans prestige

                              Dans le miroir du temps, elle perd ses appas.

                              Plaisirs ! allez chercher l’amour et la jeunesse,

                              Laissez-moi, ma tristesse,

                              Et ne l’insultez pas.

                                                 Odes posthume de M. de FONTANES (anniversaire de sa naissance)

« Souvent au bord d’une fosse dans laquelle on descendait une bière avec des cordes, j’ai entendu le râlement de ces cordes ; ensuite, j’ai ouï le bruit de la première pelletée de terre tombante sur la bière : à chaque nouvelle pelletée, le bruit creux diminuait la terre en comblant la sépulture faisait peu à peu monter le silence éternel à la surface du cercueil. »

« Par quel miracle l’homme consent-il à faire ce qu’il fait sur cette terre, lui qui doit mourir ? »

« …Si comme on le prétend,  Lord BYRON s’est inspiré quelque fois de René dans son Child Harold il est vrai de dire aussi que huit années de résidence dans la Grande Bretagne précédé d’un voyage en Amérique, qu’une longue habitude de parler d’écrire et même de penser en anglais, avaient nécessairement influé sur le tour et l’expression de mes idées. Mais peu à peu je goûtai la sociabilité qui nous distingue ce commerce charmant, facile et rapide des intelligences, cette absence de toute morgue et de tout préjugé, cette inattention à la fortune et aux noms, ce nivellement naturel de tous les rangs, cette égalité des esprits qui rend la société française incomparable et qui rachète nos défauts, après quelques mois d’établissement au milieu de nous, on sent qu’on ne peut plus vivre qu’à Paris. »

Lors de son voyage vers Berlin où il était nommé Ambassadeur, puis de Londres, ce sont les pensées philosophiques qui envahissent CHATEAUBRIAND.

« Le sommeil dévore l’existence, c’est ce qu’il y a de bon » : « les heures sont longues, et la vie est courte, dit FENELON ».

« Heureux ceux sur qui l’âge fait l’effet du vin, et qui perdent la mémoire quand ils sont rassasiés de jours. »

« Des évènements nous séparent du monde, la politique fait des solitaires comme la religion fait des anachorètes. Quand l’homme habite le désert, il trouve en lui quelque lointaine image de l’être infini qui, vivant seul dans l’immensité, voit s’accomplir les révolutions des mondes. »

« J’ai un tel dégoût de tout, un tel mépris pour le présent et pour l’avenir immédiat, une si ferme persuasion que les hommes désormais, pris ensemble comme public (et cela pour plusieurs siècles) seront pitoyables, que je rougis d’user mes derniers moments au récit des choses pensées, à la peinture d’un monde fini dont on ne comprendra plus le langage. »

CHATEAUBRIAND percevait déjà les changements radicaux qui allaient s’opérer dans les siècles à venir. Ces voyages, ces responsabilités politiques, son intelligence, faisait de lui un des très rares hommes en capacité de penser l’avenir avec lucidité, perspicacité.

« L’univers change autour de nous, de nouveaux peuples paraissent sur la scène du monde, d’anciens peuples ressuscitent, au milieu des ruines, des découvertes étonnantes annoncent une révolution prochaine dans les arts de la paix et de la guerre : religion, politique, mœurs, tout prend un autre caractère. Nous apercevons nous de ce mouvement ? Marchons-nous avec la société ? Suivons-nous le cours du temps ? Nous préparons nous à garder notre rang ? non : les hommes qui nous conduisent sont aussi étranger à l’état des choses de l’Europe que s’ils appartenaient à ces peuples dernièrement découverts dans l’intérieur de l’Afrique. Que savent-ils donc ? La Bourse ! et encore ils la savent mal. Sommes-nous condamnés à porter le poids de l’obscurité pour nous punir d’avoir subi le joug de la gloire ?

« Le temps fait pour les hommes ce que l’espace fait pour les monuments, on ne juge bien des uns et des autres qu’à distance et au point de la perspective, trop près on ne les voit pas, trop loin on ne les voit plus. »

« Quand je quittai la carrière de soldat et de voyageur, je sentis de la tristesse, j’éprouve maintenant de la joie, forçat libéré que je suis des galères du monde et de la cour. »

« Fidèle à mes principes et à mes serments, je n’ai trahi ni la liberté ni le Roi, je n’emporte ni richesse, ni honneur, je m’en vais pauvre comme je suis venu. »

« le mépris du monde venait à Saint Paul ermite de sa foi religieuse, le dédain de la société me vient de mon incrédulité politique. Cette incrédulité me porterait haut dans une sphère d’action, si plus soigneux de mon sot individu, je savais en même temps l’humilier et le vêtir. J’ai beau faire, je reste benêt d’honnêteté homme, naïvement hébété et tout nu ne sachant ni ramper ni prendre. »

« Pourquoi la Providence ne lève-t-elle pas un coin du voile qui couvre l’avenir ! Elle donne il est vrai, à certains hommes, un pressentiment des futuritions, mais ils n’y voient pas assez clair pour bien s’assurer de la route, ils craignent de s’abuser, où s’ils s’évertuent dans des prédictions qui s’accomplissent, on ne les croit pas. Dieu n’écarte point la nuée du fond de laquelle il agit, quand il permet de grands maux, c’est qu’il a de grands desseins, desseins étendus dans le plan général, déroulés dans un profond horizon hors de la portée de notre vue et de l’atteinte de nos générations rapides. »

« Mais les années sont comme les Alpes : à peine a-t-on franchi les premières qu’on en voit d’autres s’élever. Hélas ces plus hautes et dernières montagnes sont déshabitées, arides et blanchies. »

« Quand un peuple, transformé par le temps, ne peut plus rester ce qu’il a été le premier symptôme de sa maladie, c’est la haine du passé et des vertus de ses pères. »

« La méprise de beaucoup est de se persuader, d’après des évènements répétés dans l’histoire, que le genre humain est toujours dans sa place primitive, ils confondent les passions et les idées : les premières sont les mêmes dans tous les siècles, les secondes changent avec la succession des âges. Si les effets matériels de quelques actions sont pareils à diverses époques, les causes qui les ont produites sont différentes. »

« Les esprits entêtés regimbent contre l’insistance, auprès d’eux, on gâte tout en voulant tout emporter de haute lutte. »

« Toujours regretter ce qu’il a perdu, toujours s’égarer dans les souvenirs, toujours marcher vers la tombe en pleurant et s’isolant : c’est l’homme. »

« Il faut de grands tombeaux aux petits hommes et de petits tombeaux au grands. »

« Il y a une renommée échappée spontanément des talents, et dont la mort augmente l’éclat en arrêtant les talents dans la jeunesse, il y a une autre renommée, produit de l’âge, fille tardive du temps non grande par elle-même, elle l’est par les révolutions au milieu desquelles le hasard l’a placée. »

« Le malheur ressemble encore à l’exécuteur des hautes justices du ciel : il dépouille les condamnés, arrache au roi son sceptre, au militaire son épée, il ôte le décorum au noble, le cœur au soldat et les renvois dégradés dans la foule. »

 

CHATEAUBRIAND et la littérature.

« Nul, dans une littérature vivante n’est juge compétent que des ouvrages écrits dans sa propre langue. »

« SHAKESPEARE est au nombre des cinq ou six grands écrivains qui ont suffi aux besoins et à l’aliment de la pensée, ces génies mères semblent avoir enfanté et allaité tous les autres, HOMERE a fécondé l’antiquité : ESCHYLE, SOPHOCLE, EURIPIDE, ARISTOPHANE, HORACE, VIRGILE, sont ses fils. DANTE à engendré l’Italie moderne depuis PETRARQUE jusqu’au TASSE. RABELAIS a créé les lettres françaises, MONTAIGNE, LA FONTAINE, MOLIERE, viennent de sa descendance. L’Angleterre est toute SHAKESPEARE, et, jusque dans ces derniers temps, il a prêté sa langue à BYRON, son dialogue à WALTER SCOTT. »

« Deux choses arrêtaient la littérature au 18ème siècle : l’impiété qu’elle tenait de VOLTAIRE et de la révolution, le despotisme dont la frappait BONAPARTE. »

« Mon seul bonheur est d’attraper quelques heures pendant lesquelles je m’occupe d’un ouvrage qui peut seul apporter de l’adoucissement à mes peines : ce sont les mémoires de ma vie. »

« J’allais voir à Copet Madame de STAEL, je la trouvai seule au fond de son château, qui renfermai une cour attristée. Je lui parlai de sa fortune et de sa solitude, comme d’un moyen précieux d’indépendance et de bonheur, je la blessai. Madame de STAEL aimait le monde, elle se regardait comme la plus malheureuse des femmes, dans un exil dont j’aurais été ravi. Qu’était-ce à mes yeux que cette infélicité de vivre dans ses terres, avec les conforts de la vie , Qu’était-ce que ce malheur d’avoir de la gloire, des loisirs, de la paix, dans une riche retraite à la vue des Alpes, en comparaison de ces milliers de victimes sans pain, sans nom, sans secours, bannies des coins de l’Europe, tandis que leurs parents avaient péri sur l’échafaud ? Il est fâcheux d’être atteint d’un mal dont la foule n’a pas l’intelligence. Au reste, ce mal n’en n’est que plus vif : on ne l’affaiblit pas en le confrontant avec d’autres maux, et n’est pas juge de la peine d’autrui ce qui afflige l’un fait la joie de l’autre, les cœurs ont des secrets divers, incompréhensibles à d’autres cœurs. Ne disputons à personne ses souffrances, il est des douleurs comme des patries, chacun à les siennes. »

On constate la grande ouverture d’esprit de CHATEAUBRIAND, une intelligence du cœur très développée, une vision globale et philosophique du monde et des hommes.

« Dans Weimar, habitait GOETHE que j’avais tant aimé, et que j’admire beaucoup moins. »

« J’aurai aimé voir BYRON à Genève, et je ne l’ai point vu, j’aurai pu voir GOETHE à Weimar, et je ne l’ai point vu, mais j’ai vu tomber Madame de STAEL qui, dédaignant de vivre au-delà de sa jeunesse, passa rapidement au Capitole avec Corinne : noms impérissables, illustres cendres, qui se sont associés aux noms et aux arches de la ville éternelle. 

 

CHATEAUBRIAND politique.

« C’est dans ses opinions qu’un français met cette indépendance que d’autres peuples placent dans leurs lois. » « Dans l’essai mon indépendance en religion et en politique est complète, j’examine tout : républicain, je sens la monarchie, philosophe, j’honore la religion. Ce ne sont part là des contradictions, ce sont des conséquences forcées de l’ingratitude de la théorie et de la certitude de la pratique chez les hommes. Mon esprit, fait pour ne croire à rien, pas même à moi, fait pour dédaigner tout, grandeurs et misères, peuples et rois qui lui commandait de se soumettre à ce qu’il y a de reconnu beau, religion, justice, humanité, égalité, liberté, gloire. »

« Louis 16 n’était pas faux : il était faible, la faiblesse n’est pas la fausseté, mais elle en tient lien, elle en remplit les fonctions, le respect que doivent inspirer la vertu et le malheur du Roi Saint et Martyr rend tout jugement humain presque sacrilège. »

« …De tant de réputations, de tant d’acteurs, de tant d’évènement, de tant de ruines, il ne restera que trois hommes, chacun d’aux attaché à chacune des trois grandes époques révolutionnaires, MIRABEAU pour l’aristocratie, ROBESPIERRE pour la démocratie, BONAPARTE pour le despotisme, la monarchie restaurée n’a rien : la France a payé cher trois renommées que ne peut avouer la vertu. »

« En général on parvient aux affaires par ce que l’on a de médiocre, et l’on y reste par ce que l’on a de supérieur »

« Le tombeau de LUTHER à Wittemberg ne me tenta point : le protestantisme n’est en religion qu’une hérésie illogique, en politique, qu’une révolution avortée. »

… « les vices et les vertus des princes, leurs forces et leurs faiblesses morales, leurs caractères, leurs passions, leurs habitudes mêmes, sont des causes d’actes et de faits rebelles aux calculs, et qui ne rentrent dans aucune formule politique : la plus misérable influence détermine quelque fois le plus grand évènement dans un sens contraire à la vraisemblance des choses, un esclave peut faire signer à Constantinople une paix que toute l’Europe, conjurée ou à genoux n’obtiendrait pas. »

Sur la papauté Chateaubriand nous livre ses pensées pleines de lucidité.

« Ce sont les vieillards qui nomment pour souverain un vieillard comme eux. Ce vieillard devenu maître, nomme à son tour cardinaux des vieillards. Tournant dans ce cercle vicieux, le suprême pouvoir énervé est toujours ainsi au bord de la tombe. Le prince n’occupe jamais assez longtemps le trône pour exécuter les plans d’améliorations qu’il peut avoir conçu. Il faudrait qu’un pape eut assez de résolution pour faire tout à coup une nombreuse promotion de jeunes cardinaux, de manière à assurer la majorité à l’élection future d’un jeune pontife. Mais les règlements de Sixte-Quint qui donnent le chapeau à des charges, l’empire de la coutume et des mœurs, les intérêts du peuple qui reçoit des gratifications à chaque mutation de la tiare, l’ambition individuelle des Cardinaux qui veulent des règnes courts afin de multiplier les chances de la papauté, mille autres obstacles trop long à déduire, s’opposent au rajeunissement du Sacré Collège. »

« L’indifférence, j’en conviens, est une qualité des hommes d’Etat, mais des hommes d’Etat sans conscience. Il faut savoir regarder d’un œil sec tout évènement, avaler des couleuvres comme de la Malvoisie, mettre au néant, à l’égard des autres, morale, justice, souffrance, pourvu qu’au milieu des révolutions on sache trouver sa fortune particulière. »

CHATEAUBRIAND à compris très tôt que il assistait à la fin de la couronne.

« Lorsqu’une colombe descendait pour apporter à CLOVIS l’huile Sainte, lorsque les rois chevelus étaient élevés sur un bouclier, lorsque Saint Louis tremblait,en prononçant à son sacre le serment de n’employer son autorité que pour la gloire de Dieu et le bien de son peuple, lorsque HENRI IV, après son entrée à Paris, alla se prosterner à Notre-Dame, que l’on vit ou que l’on a cru voir, à sa droite, un bel enfant qui le défendait et que l’on prit pour son ange gardien, je conçois que le diadème était sacré, l’oriflamme reposait dans les tabernacles du ciel.

Mais depuis que sur une place publique un souverain, les cheveux coupés, les mains liées derrière le dos, a abaissé sa tête sous le glaive, au son du tambour, depuis qu’un autre souverain, environné de la plèbe, est allé mendier des votes pour son élection au bruit du même tambour, sur une autre place publique, qui conserve la moindre illusion sur la couronne ? Qui croit que cette royauté meurtrie et souillée puisse encore imposer au monde ? Quel homme, sentant un peu son cœur battre, voudrait avaler le pouvoir dans ce calice de honte et de dégoût que PHILIPPE a vidé d’un seul trait sans vomir ? La monarchie européenne aurait pu continuer sa vie si l’on eût conservé en France la monarchie mère, fille d’un saint et d’un grand homme, mais on en a dispersé les semences fécondes : rien ne renaîtra. »

« Une révolution est un jubilé, elle absout de tous les crimes, en en permettant de plus grands. »

« Puisque aucun pouvoir parmi nous n’est inviolable, puisque le sceptre héréditaire est tombé quatre fois depuis 38 années, puisque le bandeau royal attaché par la victoire s’est dénoué deux fois de la tête de NAPOLEON, puisque la souveraineté de Juillet a été incessamment assaillie, il faut en conclure que ce n’est pas la république qui est impossible, mais la monarchie. »

« A mesure que l’instruction descend dans ces classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l’ordre social irréligieux. La trop grande disproportion des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu’elle a été cachée, mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue le coup mortel a été porté. »

« La liberté ne se conserve que par le travail, parce que le travail produit la force. »

 

CHATEAUBRIAND voyageur.

« En somme, les Etats-Unis donnent l’idée d’une colonie et non d’une patrie-mère, ils n’ont pas de passé, les mœurs s’y sont fait par les lois. Ces citoyens du nouveau monde ont pris rang parmi les nations au moment que les idées politiques entraient dans une phase ascendante : cela explique pourquoi ils se sont transformé avec une rapidité extraordinaire. La société permanente semble devenir impraticable chez eux, d’un côté par l’extrême ennui des individus de l’autre par l’impossibilité de rester en place, et par la nécessité de mouvement qui les domine, car on n’est jamais bien fixé là où les pénates sont errants.

Placé sur la route des océans, à la tête des opinions progressives aussi neuves que son pays, l’Américain semble avoir reçu de COLOMB plutôt la mission de découvrir d’autres univers que de les créer. »

« La république de WASHINGTON subsiste, l’empire de BONAPARTE est détruit. WASHINGTON et BONAPARTE sortirent du sein de la démocratie nés tous deux de la liberté, le premier lui fut fidèle, le second la trahit. »

« A mon passage à Milan, un grand peuple ouvrait un moment les yeux. L’Italie sortait de son sommeil et se souvenait de son génie comme d’un rêve divin utile à notre propre renaissance, elle apportait dans la mesquinerie de notre pauvreté la grandeur de la nature transalpine nourrie qu’elle était, cette Ausonie, aux chefs d’œuvre des arts et des hautes réminiscences d’une patrie fameuse. L’Autriche est venue, elle a remis son manteau de plomb sur les italiens, elle les a forcé à regagner leur cercueil. Rome est rentrée dans ses ruines, Venise dans sa mer. Venise s’est affaissée en embellissant le ciel de son dernier sourire, elle s’est couchée charmante dans ses flots, comme un astre qui ne doit plus se lever. »

« Chose singulière, ce sont des yeux français qui ont le mieux vu la lumière d’Italie. »

« Prétendre civiliser la Turquie en lui donnant de bateaux à vapeur et des chemins de fer, en disciplinant ses armées, en lui apprenant à manœuvrer ses flottes ce n’est pas étendre la civilisation en Orient, c’est introduire la barbarie en Occident : des Ibrahim futur pourront amener l’avenir au temps de Charles MARTEL, ou au temps du siège de Vienne, quand l’Europe fut sauvée par cette héroïque Pologne sur laquelle pèse l’ingratitude des Rois. » Mieux vaut mille fois pour les peuples la domination de la Croix à Constantinople que celle du Croissant. »

« C’est une belle chose que Rome pour tout oublier, mépriser tout et mourir »

« Si j’ai le bonheur de finir mes jours ici, je me suis arrangé pour avoir à Saint Onuphre un réduit joignant la chambre où le TASSE expira. Aux moments perdus de mon ambassade, à la fenêtre de ma cellule je continuerai mes mémoires. Dans un des plus beaux sites de la terre, parmi les orangers et les chênes verts, Rome entière sous mes yeux, chaque matin, en me mettant à l’ouvrage, entre le lit de mort et la tombe du poète, j’invoquerai le génie de la gloire et du malheur. »

« On peut avoir vu toutes les villes du monde et être surpris en arrivant à VENISE. » Montesquieu

« Quand on voyage, la physionomie des animaux est intéressante à observer. On peut préjuger les mœurs et les passions des habitants d’une contrée à la douceur où à la méchanceté, à l’allure apprivoisée ou farouche, à l’air de gaîté ou de tristesse de cette partie animée de la création que Dieu a soumise à notre empire. »

CHATEAUBRIAND de tous ces pays parcourus gardera une tendresse et une attirance particulière pour l’Italie et sa ville éternelle.

CHATEAUBRIAND et NAPOLEON.

« Il y a toujours eu deux BONAPARTES : l’un grand, l’autre petit. Lorsque vous croyez entrer en sûreté dans la vie de NAPOLEON, il rend cette vie affreuse ».

« L’Angleterre détruisit la flotte de NAPOLEON à Aborika, l’arrêta à Saint Jean d’Acre, lui enleva ses derniers vaisseaux à Trafalgar, le contraignit d’évacuer l’Ibérie s’empara du midi de la France jusqu’à la Garonne, et l’attendit à Waterloo, elle garde aujourd’hui sa tombe à Saint Hélène comme elle occupa son berceau en Corse ».

« La famille de BONAPARTE ne se peut persuader qu’elle n’est rien. Aux BONAPARTES il manque une race, aux BOURBONS un homme : il y aurait beaucoup plus de chance de restauration pour les derniers, car un homme peut tout à coup survenir et l’on ne créé pas une race. »

« Lorsque Bora franchit le Niemen, 85 millions 500 000 âmes reconnaissaient sa domination où celle de sa famille, la moitié de la population de la chrétienté lui obéissait, ses ordres étaient exécutés dans un espace qui comprenait 19 degrés de latitude et 30 de longitude.  Jamais une expédition plus gigantesque ne s’était vu, ne se reverra. »

« Au sein de la destruction immobile on apercevait une chose en mouvement : un soldat français privé des deux jambes se frayait un passage dans les cimetières qui semblaient avoir rejeté leurs entrailles au dehors. Le corps d’un cheval effondré par un obus avait servie de guérite à ce soldat, il y vécut en rongeant sa loge de chair, les viandes purifiées des morts à la portée de sa main lui tenait lieu de charpie pour panser ses plaies et d’amadou pour emmailloter ses os. L’effrayant remords de la gloire se traînait vers NAPOLEAON : NAPOLEON ne l’attendit pas. »

« Au retour de la Bérésina il n’en fallut pas moins danser par ordre : c’est ce qu’on apprend des souvenirs pour servir à l’histoire, de la reine Hortense. On fut contraint d’aller danser au bal, la mort dans le cœur pleurant intérieurement ses parents ou ses amis. Tel était le déshonneur auquel le despotisme avait condamné la France : on voyait dans les salons ce que l’on rencontre dans les rues, des créatures se distrayant de leur vie en chantant leur misère pour divertir les passants.

Dans cet effrayant trente et un, trois énormes joueurs tenaient la banque tour à tour : la liberté, l’anarchie, le despotisme, tous les trois trichant et s’efforçant de gagner une partie perdue par tous. » « La rapidité des fortunes, la vulgarité des mœurs, la promptitude de l’élévation et de l’abaissement des personnages modernes ôtera je le crains à notre temps, une partie de la noblesse de l’histoire. »

« Il y a quelque chose de pire qu’un défaut de sincérité dans la demande de BONAPARTE il y a l’oubli de la France, l’empereur ne s’occupe que de sa catastrophe individuelle, la chute arrivée, nous ne comptâmes plus pour rien à ses yeux. »

Il tenait rancune à NAPOLEON de n’avoir pensé qu’à lui, son ambition démesurée en abandonnant son peuple meurtrie par les campagnes, même s’il reconnaissait une certaine grandeur au personnage il ne lui pardonne pas son oubli de la France.

 « Attaquer NAPOLEON au nom des choses passées, l’assaillir avec des idées mortes, c’est lui préparer de nouveaux triomphes. On ne peut combattre qu’avec quelque chose de plus grand que lui, la liberté il s’est rendu coupable envers elle et par conséquent envers le genre humain ».

« NAPOLEON a clos l’ère du passé : il a fait la guerre trop grande pour quelle revienne de manière à intéresser l’espèce humaine. Il a tiré impétueusement sur  ses talons les portes du Temple de JANUS et il a entassé derrière ces portes, des monceaux de cadavres, afin qu’elles ne se puissent rouvrir. »

« Dans la bibliothèque qu’il emporta se trouvait OSSIAN, WERTHER, la Nouvelle Héloïse et le vieux testament : indication du chaos de la tête de NAPOLEON. Il mêlait les idées positives et les sentiments romanesques, les systèmes et les chimères, les études sérieuses et les emportements de l’imagination, la sagesse et la folie. De ces productions incohérentes du siècle il tira l’Empire, songe immense mais rapide comme la nuit mais rapide comme la nuit désordonnée qui l’avait enfantée. »

« Sans courage, on ne peut régner, avec le courage seul, on ne règne plus : BONAPARTE a tué l’autorité de la victoire. »

 

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27 janvier 2018

"Le pavillon des cancéreux" Alexandre Soljenitsyne

 

 

PAVILLON

 

Ce roman d’Alexandre SOLJENITSYNE est dense, lent, prenant, mettant en présence des microcosmes variés, assorti de fenêtres sur des thèmes tels que la maladie, la mort, la solitude, le joie, l’égoïsme, la famille,…

Nous sommes dans les années 60, fin de la stalinisation. Un centre de cancérologie, l’univers des malades, des soignants, les faiblesses humaines, la vie très dure qui offre des petits rayons de soleil auxquels s’accrocher. Gravement malade, déchu socialement, c’est le cas d’Oleg  KOSTOGLOTOV, de ROUSSANOV, et bien d’autres.

Chaque jour qui passe, la maladie est là envahissante, destructrice, génératrice d’égocentrisme, de peur, de douleur,  mais aussi d’espoir. Des soignants à la fois pas assez compatissants et parfois trop. Nous sommes les témoins d’une pièce de théâtre sérieuse, d’un huit clos oppressant.

Ce roman c’est aussi la littérature au service de la pensée politique, de la mise en lumière d’un régime par le prisme de la petitesse de l’homme confronté bien souvent à un destin tragique. Le roman s’achève sur une note positive, l’amour est présent et ce, même dans les situations les plus terribles. 

« Comment ? il y avait des gens qui moisissaient dans les tranchées, d’autres dont on déchargeait les corps dans les fosses communes, dans les trous à ras du sol qu’on creusait à grand peine dans la terre glacée du Pôle Nord, il y avait des gens que l’on mettait dans les camps une première fois, une deuxième fois, une troisième fois, il y avait des gens qui se figeaient de froid, emmenés en convoi sous escorte, des gens qui, pioche en main, suaient sang et eau, gagnant juste de quoi s’acheter un gilet chaud tout rapiécé, et il y avait ce gommeux qui se rappelait non seulement la taille de sa chemise mais aussi le numéro de son encolure ! C’est ce numéro d’encolure qui avait achevé Oleg ! Il n’aurait jamais pu imaginer que l’encolure, elle aussi, put avoir sa taille à elle ! Etouffant un gémissement de blessé, il s’éloigna du rayon des chemises. Il ne manquait plus que la taille de l’encolure ! qu’avait-il à faire d’une vie si raffinée ? A quoi bon y revenir à cette vie ? Se rappeler son encolure c’était forcément oublier d’autres choses ! et des choses plus importantes. »

« L’entreprise privée est une chose très souple, mais elle n’est bonne que dans d’étroites limites. Si on ne la maintient pas dans un étau de fer, elle engendre des hommes-loups, des hommes de la bourse qui ne connaissent aucune retenue à leurs appétits et à leur cupidité. Avant d’être condamné d’un point de vue économique, le capitalisme l’était déjà d’un point de vue éthique. Longtemps avant ! »

« …Voilà ce que c’est que le socialisme moral : ne pas lancer les hommes à la poursuite du bonheur, car le bonheur c’est encore une idole du commerce, mais leur proposer comme but la bienveillance mutuelle. Heureux l’animal qui déchiquette, sa proie l’est aussi tandis qu’il n’y a que les hommes qui puissent être bienveillants les uns envers les autres. Et c’est là ce que l’homme peut viser de plus haut »

AS Alexandre SOLJENITSYNE

 

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30 décembre 2017

"Berthe MORISOT le secret de la femme en noir" Dominique BONA

 

Bonne et heureuse année 2018, lisez,lisez et lisez encore....

 

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Merci à D.BONA pour ce travail d’historien rigoureux et passionnant.

Dominique BONA à écrit un livre passionnant, nous plongeant dans le monde des peintres impressionnistes à travers la personnalité forte de Berthe MORISOT femme peintre dans un milieu d’homme et une société fin dix-neuvième très rigide.

« ...C’est Berthe qui finalement osera faire ce que personne avant elle n’a osé dans la famille: aller jusqu’au bout d’un rêve, être ce que nul autre n’a été depuis FRAGONARD : artiste peintre. »

Berthe MORISOT est la jeune femme en noir au bouquet de violette modèle d’Edouard MANET. « Le noir de MANET l’emblème de son style, c’est un noir qui brille et s’irise des autres couleurs de sa palette, ni funèbre, ni sinistre un noir dynamique et joyeux. Ardent, comme les yeux de Berthe, la flamme qui illustre le mieux la couleur qu’il préfère. »

Sa vie de femme, sera une vie d’artiste peintre entourée de MANET dont elle épousera le frère, DEGAS, MONET, RENOIR et de son très proche ami MALLARME. Ce sera la vie d’une femme libre, d’une grande peintre reconnue après sa mort. Une femme qui aura su conquérir sa liberté, sa place tant versant familial qu’artistique. Elle fera partie du tout nouveau groupe appelé les « impressionnistes », et jusqu’au bout le portera.

« Pour MANET la peinture est une affaire individuelle. Pour Berthe comme pour DEGAS, MONET, elle passe par une synergie de groupe et par une scission radicale avec l’art officiel. » Elle admire particulièrement DEGAS « DEGAS sait voir le malheur, la détresse dans les yeux et les gestes de ceux qu’il peint, et il sait arracher aux femmes leurs secrets, violents ou délicats ». Edgar DEGAS est avec Berthe MORISOT le personnage le plus mystérieux de l’impressionnisme. Nul n’a pénétré loin dans son jardin secret.

La famille à toujours compté pour Berthe, ses sœurs, sa mère, plus distante de son frère et se son père. Elle finira par fonder tardivement une famille avec Auguste MANET lui-même peintre et elle aura une fille Julie. A sa mort elle laissera un grand vide pour sa fille et ses amis qui auront à cœur d’exposer la quasi-totalité de ses œuvres, hommage plus que mérité pour cette artiste « qui inventa sa liberté ».

Le poète G.MOORE écrira après sa mort: « Ses toiles sont les seules toiles peintes par une femme qu’on ne pourrait détruire sans laisser un blanc, un hiatus dans l’histoire de l’art ».

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06 décembre 2017

Jean d'Ormesson

 

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Aujourd'hui je suis triste.

Un grand Monsieur nous a quitté.

Un homme de lettres,

Un philosophe,

Un académicien,

Un optimiste qui croyait en la vie.
Un écrivain qui a écrit des livres s'adressant à tous,

Un homme qui nous a apporté un éclairage sur la vie, et sa perception de la mort.

Un homme d'esprit,

Un homme qui représentait la France élégante, brillante, cultivée.

Tous vos livres Monsieur d'Ormesson m'ont aidée à comprendre un peu
maintenant et méditer après.

Ou que vous soyez désormais, je vous dis merci Monsieur.



Michèle.

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