lire et philosopher pour vivre

16 septembre 2018

"La verge noire" Odile Avril

 

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Il a fallu une rencontre dématérialisée, improbable pour que je m’intéresse à une forme de littérature que je ne côtoyais pas. Aujourd’hui, je suis ravi de publier un billet sur cette nouvelle ou novella de « Mémoire du Temps »

Odile nous plonge dans un univers de science-fiction loufoque auquel on ne croit pas mais dont on ne peut pas se détacher. Originale, bien écrite, cette histoire relève de la métaphore, et offre aux lecteurs à partir de sa légèreté de la profondeur.

L’auteure nous rappelle que nous ne sommes que les locataires de la terre et que la détruire au nom du profit et par bêtise c’est oublier qu’il y a un loyer à payer, un inventaire à faire et qu’une expulsion définitive des lieux est envisageable.

Faire appel à la prise de conscience d’individus motivés que par eux-mêmes, leurs plaisirs immédiats, et mus par la pensée altruiste « après moi le déluge » c’est une tâche très difficile à la mesure de Don Quichotte. Il reste les autres, ceux qui n’y pensent pas ou de temps en temps. Le paiement du loyer doit-on le laisser à nos enfants, petits-enfants ? Peut-on continuer à se mettre la tête dans le sable ?

C’est un thème qui nous concerne tous, les deux extra-terrestres ne sont que nos consciences. Un texte « drôle », philosophique, et moraliste, abordant d’autres thématiques que je vous laisse découvrir et qui nous remémore que nous avons un patrimoine en commun à préserver, et que nous sommes garant de la préservation de la vie.

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07 septembre 2018

"couleurs de l'incendie" Pierre Lemaitre

 

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Un livre prenant faisant suite à l’excellent « au revoir là-haut ». Après cette photographie du retour de la guerre 1914-1918, c’est la société de la crise de 1929, le début du nazisme, que l’auteur prend en toile de fonds du deuxième volet.

Charles PERICOURT meurt, Madeleine sa fille, hérite de son empire, et par son excès de confiance et sa méconnaissance des affaires sera ruinée. Son fils Paul, après un acte désespéré (lors des obsèques de son grand-père), devient avec sa soif de vengeance sa seule raison de vivre.

C’est un roman à la fois historique, le début d’une saga familiale, c’est aussi un ouvrage à suspens en particulier avec le plan machiavélique de Madeleine pour faire tomber ceux qui ont participé activement à sa chute ainsi qu’à celle de Paul. C’est une belle œuvre littéraire, pleines de références avérées et un peu inventées roman oblige, telle la cantatrice, cette Castafiore que Paul admirera tant !

Au fil des pages, une galerie de personnages défile, parlementaires, ouvriers, hommes d’affaires, …évoluant dans une époque de transition, au début de l’avènement d’Hitler.

L’histoire est bien construite, agréable à lire, beaucoup de moments forts, une histoire prenante. Un ouvrage dense, profonds, un tantinet noir. A lire.

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30 août 2018

Jeannine MILHAUD "la logique et l'imaginaire"

 

 

 

 

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Jeannine MILHAUD a travaillé, de 1960 à 2009, comme chercheure en sciences "dures", au contact de physicien(ne)s d'abord, puis de biologistes, en réservant ses loisirs à lire des livres d'anthropologues et de préhistorien(ne)s. Cette double culture l'a conduite à effectuer ensuite un master d'histoire et de philosophie des sciences, complété en suivant, en auditeure libre, des cours de psychologie cognitive à l'Ecole Normale Supérieure.

Jeannine MILHAUD, chercheure en sciences « dures », appellation que j’ai du mal à bien comprendre, qui qualifie des disciplines fortes d’expérimentations au détriment de « sciences » plus subjectives.

Un grand constat, l’homme se coupe de plus en plus de la nature, alors qu’il en fait partie, ce qu’il oublie. Le progrès va à une telle vitesse, que l’homme ne peut plus mettre la distance nécessaire pour se penser. L’homme numérique finit par se croire lui-même dématérialisé. Les chercheurs pour beaucoup ne laissent aucune place à la variante métaphysique, au besoin de transcendance inhérent au questionnement de notre finitude.

D’où vient cet état de fait ? Probablement d’une évolution trop rapide de la science. Du 16ème siècle au 21ème siècle, nous sommes passés de la sorcellerie, de l’ésotérisme, à internet, une accélération brutale pour le terrien. A cela, s’ajoute l’économie assortie de la loi du profit à tout va, poussée à son paroxysme c’est-à-dire jusqu’à sa propre destruction, destruction de l’environnement mais aussi de l’homme lui-même devenu ressource humaine à communications multiples et volatiles.

Le chercheur a une grande responsabilité dans cet état de fait. La rapidité de l’évolution des sciences a engendré des distorsions telles qu’un monde va remplacer un monde. ELIAS écrit : " le mouvement de détachement de l’observation des autres et de soi-même se figea en quelque sorte en une attitude constante et, ainsi transformé, il engendra chez l’observateur la représentation de lui-même comme un être coupé de tous les autres et existant indépendamment d’eux. "

Il utilisait une métaphore inquiétante. Il imaginait les hommes comme des statues pensantes incapables de communiquer entre elles, et séparées de la réalité du monde par un gouffre. 

Il apparaît nécessaire de maintenir une juste distance entre le " feu " de la subjectivité et la "glace " de la loi objective. " écrit Lionel NACCACHE, neuropsychologue.

" Nous avons conjugué l’économie avec la « science », secondée par la technique, pour entretenir, par l’intermédiaire de l’innovation, la croyance en un progrès sans fin. "

Claude Lévi-Strauss écrit : "je crois qu’il n’est possible de comprendre l’homme qu’à partir du moment où le type d’explication qu’on recherche vise à réconcilier l’art et la logique, la pensée et la matière, le sensible et l’intelligible. Si ces termes nous paraissent séparés, comme disjoints il ne faut en accuser que l’infirmité de notre connaissance. "

" L’aspiration à la connaissance pour les êtres humains découle de leur désir universel, de comprendre les ressorts cachés de leur environnement physique et social par une observation attentive. "

" Chaque personne humaine est indivisible, et sa capacité d’abstraction rationnelle est indissociable de sensibilité émotionnelle. "

Evidemment, fétu de paille sur une planète parmi des milliards d’autres, doté d’une intelligence permettant l’introspection et mortel, nous ne pouvons pas nous comporter en robots dépourvus d’affects, d’imaginaires.

Jeannine MILHAUD dans cet essai désire revenir sur ce qui fonde l’humain derrière la diversité des connaissances… 

" Chez l’homme, le questionnement le plus universel, qui a donné naissance aux religions, à la philosophie et à la science (dont la plus emblématique est la physique), est sans conteste le besoin métaphysique de connaître ses origines. "

" Il faut donc que les chercheurs des sciences dites " dures " intègrent le besoin de transcendance de l’homme, présent chez sapiens sapiens, qui simultanément aurait découvert le secret de la fécondité par l’abduction, et posé les principes d’une représentation artistique. "

Le Paléoanthropologue LEROI-GOURHAN rappelle : " l’émergence du symbole graphique à la fin du règne des Paléanthropes suppose l’établissement de rapports nouveaux entre les deux pôles opératoires (main-outil et face langage), rapports exclusivement caractéristiques de l’humanité au sens étroit du terme, c’est-à-dire répondant à une pensée symbolisante dans la mesure où nous en usons nous-même. "

" L’art est le témoignage des facultés d’abstraction, de synthèse et d’associations complexes que l’homme a développées et sans lesquelles ni cet art, ni la religion, ni la logique du langage conceptuel n’aurait été possible… " écrit l’archéologue Emmanuel ANATI.

" La « découverte » du secret de la fécondité des femmes par sapiens sapiens aurait donc représenté l’avantage crucial qui, vu la pression de la sélection qu’était les conditions de vie précaires de l’ère paléolithique, lui a permis d’être sélectionné sous la forme de la variété sapiens sapiens en accord avec la théorie darwinienne de l’évolution. "

« La théorie de l’évolution au sens darwinien du terme est actuellement le meilleur cadre conceptuel que nous ayons à notre disposition pour comprendre rationnellement l’instabilité du vivant, pour penser un monde naturel essentiellement dynamique », commente Hervé Le Guyader, du laboratoire Évolution Paris Seine.

Finir par ignorer le monde pour un travers de logique absolue, se couper de la nature dans le brouhaha des grandes métropoles au point d’en oublier les équilibres, Balzac l’évoque dans un de ses romans, " à la recherche de l’absolu " où le chercheur en oublie également sa propre vie.

Hannah ARRENDT écrit : " Les sciences ont été contraintes d’adopter une « langue » de symboles mathématiques qui, uniquement conçus à l’origine comme abréviations de propositions appartenant au langage, contient à présent des propositions absolument intraduisibles dans le langage…Or, toute action de l’homme, tout savoir, toute expérience, n’a de sens que dans la mesure où l’on peut en parler. "

Le psychologue Jean-Pierre PIAGET rappelle que " le langage est un produit de l’intelligence et non pas l’intelligence, un produit du langage. "

Cet ouvrage de Jeannine MILHAUD  très argumenté, est un plaidoyer pour la vie, appréhendé dans sa globalité. Ce n’est pas une non-acceptation du progrès, mais une mise en perspective avec la nature la plus profonde de l’homme. Ce livre ne peut laisser indifférent, les yeux demeurent ouverts et fort heureusement. Exceptés certains passages abscons pour le non initié, le livre est passionnant, avec le grand mérite de poser les questions les plus dérangeantes, d’établir des constats sans déni.

RABELAIS nous rappelle que " Sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme "et EINSTEIN éclairé écrivait :

 "  j’éprouve l’émotion la plus forte devant le mystère de la vie. Ce sentiment fonde le beau et le vrai, il suscite l’art et la science…Auréolée de crainte, cette réalité secrète du mystère constitue aussi la religion. Des hommes reconnaissent alors quelque chose d’impénétrable à leurs intelligences mais connaissent les manifestations de cet ordre suprême et de cette Beauté inaltérable.Des hommes s’avouent limités dans leur esprit pour appréhender cette perfection. Et cette connaissance et cet aveu prennent le nom de religion. Ainsi, mais seulement ainsi, je suis profondément religieux, homme comme tous ces hommes. "

 

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05 août 2018

"Le Petit Prince" Antoine de Saint-Exupéry

 

 

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Le Petit Prince, voilà un livre, une œuvre, à lire et relire. Il s’adresse aussi bien à l’enfant, qu’au philosophe, qu’au poète, à tous. A la fois simple, naïf, et d’une grande profondeur. C’est une leçon de modestie et de beauté, mais aussi de sérieux « …je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère ».

Les hommes se sont éloignés de la vérité, ils sont souvent aveugles,  comptables, rois, vaniteux, allumeurs de réverbères, aiguilleurs … « Les grandes personnes ne comprennent toujours rien toutes seules, et c’est fatiguant pour les enfants de toujours et toujours leur donner des explications. »

 

« Bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des numéros. » Le Petit Prince fustige le monde de la quantité. « Les hommes de chez toi dit le Petit Prince, cultivent cinq milles roses dans un même jardin…et ils n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent…Et cependant ce qu’ils cherchent pourraient être trouvé dans une seule rose… »

Saint EXUPERY condamne la société de la rapidité et de la marchandisation, il en souffre, lui qui connaît le déclin de l’aviation postale, la perte de son monde d’aventure, de courage. « On ne connaît que les choses qu’on apprivoise dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe pas de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. » « Si tu veux un ami apprivoises moi ! »

Le Petit Prince n’est pas vraiment un enfant, pas un homme, pas un ange, mais une belle créature onirique, poétique, un  messager du cœur, un sage qui s’étonne empreint d’une grande pureté. Le Petit Prince ne s’intellectualise pas, il parle à votre intériorité si vous ouvrez vos oreilles profondes.

« Adieu dit le Prince. Voici mon secret. Il est très simple on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »

 

 

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14 juillet 2018

"Vendetta" RJ Ellory

 

 

 

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Un policier prenant, qui vous absorbe petit à petit, très bien structuré. On navigue entre une histoire personnelle et l’histoire de la mafia sicilienne la Cosa Nostra ces cinquante dernières années. Des connexions supposées avec le monde politique, la liberté du romancier, histoire et roman, roman d’abord.

Le bien et le mal toujours présents, l’amour et la mort imbriqués dans une façon de vivre très particulière, déviante. Un roman qui nous entraîne avec le récit d’Ernesto PEREZ dans un monde inconnu, d’une grande violence, où la vie n’a pas de valeur, sans place pour la moindre pitié ou compassion, contre balancé par la présence de l’enquêteur HARTMAN avec ses faiblesses, ses doutes, ses problèmes tellement normaux !Une histoire captivante, qui vous incitera à ne pas lâcher ce livre à la fois lent et rapide avec un final de qualité.

R.J. ELLORY n’écrit que des romans policiers, autodidacte à l’attitude parfois contestable, scientologue, il a reçu plusieurs prix entre 2008 et 2010.

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14 juin 2018

"Les vies de papier" Rabih ALAMEDDINE

 

 

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Prix Femina étranger 2016

Un beau roman, lent, subtil, une photographie de mœurs à Beyrouth, en perspective avec le mode de vie atypique d’une femme essayant d’être libre, après un mariage imposé à 16 ans, le rejet de sa belle-famille, et sa répudiation par son mari.

AALIYA est restée vivre dans l’appartement où elle emménagea après son mariage. Ses rapports avec sa mère remariée et ses deux demi-frères sont difficiles. Elle choisit une vie de solitude et d’indépendance. Depuis l’âge de 14 ans elle traduisait des livres en arabes et lisait beaucoup, se réfugiant dans la littérature et la philosophie.

« La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème ».

L’auteur déroule cette vie minimaliste qu’AALIYA a essayé de bâtir à sa convenance, mettant en place un petit bonheur, invisible d’autrui, et une liberté qui valait de l’or à ses yeux. Le premier acte de cette « émancipation » douce, fut la reprise d’une petite librairie, sans éclat, qui lui offrit le plein univers des livres.

« Moi l’éternelle autodidacte, je me servis de ce magasin pour apprendre ».

Son univers : sa mère, ses trois voisines, ses traductions, ses livres, sa musique, son petit appartement. Elle emprunte à  Rainer Maria Rilke cette pensée  des élégies tirées de Duino : « Je n’aime pas me plaindre, vraiment, je n’aime pas, mais je constate que je me plains souvent. Vieillir c’est se lamenter. »   

Un roman original, ouvrant des réflexions sur l’indépendance, la solitude, la force des livres, la famille, sur ce que l’on peut faire d’une vie.

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30 mai 2018

"4 3 2 1 " Paul AUSTER

 

 

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Un roman rapidement prenant, dense, original. Il faut s’adapter à la manière d’AUSTER de superposer des réalités tant et si bien que le lecteur ne sait plus laquelle retenir. Mais faut-il en retenir une ?

« Tout est parfaitement solide pendant un temps, puis un matin le soleil se lèvre et le monde se met à fondre. »

Le héros, le jeune FERGUSSON, un gosse très doué, très mature, qui nous raconte sa vie, et sa façon de voir les autres. Sa vie prend des orientations différentes, son père vit, son père meurt, son père fait fortune, son père fait faillite. « FERGUSSON n’avait pas encore 5 ans, mais il savait déjà que le monde se composait de deux royaumes, le visible et l’invisible, et que les choses qu’il ne pouvait voir étaient souvent plus réelles que celles qu’il voyait. »

FERGUSSON est sportif, le baseball est son sport, il lit beaucoup, motivé par sa tante Mildred universitaire au caractère bien trempé. Il adore le cinéma, la musique, le roman est truffé de références. « Tout le monde avait dit à FERGUSSON que le vie ressemblait à un livre, une histoire qui commence à la page 1 et qui se déroule jusqu’à la page 204 ou 926, mais maintenant que l’avenir dont il avait tant rêvé changeait, sa notion du temps changeait elle aussi. »

FERGUSSON nous raconte plusieurs petites histoires, liées à une histoire, c’est déroutant parfois, mais également passionnant. Beaucoup de thématiques surgissent au fil des pages : la politique, l’homosexualité, l’écriture, les relations familiales, Laurel et Hardy… FERGUSSON nous envoûte. Il vit plusieurs vie, AUSTER veut diminuer la part de néant, ou décrire ce qu’aurait pu être d’autres réalités, utopie à caractère psychologique.

« Quelle idée intéressante se dit FERGUSSON de penser que les choses auraient pu se dérouler autrement pour lui, tout en restant le même. » FERGUSSON adorait la musique et le cinéma, avant même d’avoir compris qu’il serait écrivain.

« Ces soirées au concert n’étaient rien moins qu’une révélation sur le fonctionnement de son propre cœur, car il comprit que la musique était le cœur même de l’expression la plus parfaite du cœur humain, et après avoir écouté ce qu’il avait écouté, son oreille commençait à s’affiner, et mieux plus il écoutait plus il ressentait la musique à tel point que parfois son corps tremblait. »

AUSTER évoque fréquemment Dieu. « Dieu est cruel Archie. Il devrait protéger les braves gens de ce monde, mais il ne le fait pas. Il les fait souffrir tout autant que les méchants. Il a tué D.RASKIN, il a brûlé le magasin de ton père, il laisse des innocents mourir dans les camps de concentration, et on dit que c’est un Dieu bon et charitable. Quelle blague ! ».

« Dieu ne nous dit jamais ce qu’il pense. Tu pourrais lui écrire. C’est vrai. Mais ça ne marcherait pas. Quel est le problème ? Tu n’as pas de quoi te payer le courrier par avion ? Je n’ai pas son adresse ».

Le lecteur comprendra le titre 4321 à la fin du livre. Le thème des origines et du hasard sont des préoccupations fortes pour AUSTER. C’est la source de l’histoire de FERGUSSON. « FERGUSSON avait découvert que prêter attention était le premier pas dans la vie ».

FERGUSSON écrira, mais ne croira pas en ses œuvres, tout en ne pouvant pas se passer d’écrire. Il est doué, mais pas reconnu. Il reprendra à son compte cette pensée du poète Kenneth REXROTH « contre la destruction du monde, il n’y a qu’une seule réponse l’acte créateur. »

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03 mai 2018

"Le Prince" Nicolas MACHIAVEL

 

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Nicolas Machiavel philosophe, théoricien de la politique, poète, né en 1469 et mort en 1527. Il devint célèbre après la publication de son livre le Prince ou des principautés.

 

                                            

Dans l’introduction au Prince, Yves LEVY nous apporte quelques précisions importantes pour comprendre les écrits de Nicolas MACHIAVEL.

« Parmi les innombrables manuels sur l’art de régner composés depuis St THOMAS d’AQUIN jusqu’au 16ème siècle d’en désigner aucun dont MACHIAVEL se serait inspiré. »

L’ouvrage comporte 26 chapitres. Ce sont les chapitres 15 à 23 qui ont fait polémique et apparaître le terme machiavélique. Des conseils liés au pouvoir en dehors de tous critères moraux, pour le reste l’ouvrage s’inscrit dans un contexte historique.

« Ce qui fait la force du Prince, c’est l’exceptionnelle cohérence du texte. Comme ARISTOTE il distingue deux grandes catégories sociales : les grands et le peuple. Si donc MACHIAVEL s’inspire de XENOPHON et d’ARISTOTE pour conseiller au Prince de vivre en accord avec ses sujets, sa pensée on le voit, à une vigueur qui laisse loin derrière elle les propos de ses devanciers. »

POLYBE expose au livre 6 de ses histoires, la théorie de l’anacyclosis, c’est-à-dire l’évolution de l’état qui tombe de royauté en tyrannie, puis au régime aristocratique, lequel dégénère en oligarchie, d’où  sort la démocratie, mais celle-ci se dégrade en ochlocratie  (emprunté au grecokhlocratia, de okhlos, « foule » et –kratos, « pouvoir, gouvernement par la foule, la multitude, la populace) et de là on retourne à la monarchie. Le seul remède à ce cycle fatal, c’est un régime mêlé de royauté, d’aristocratie, et de démocratie. 

MACHIAVEL est le premier à considérer la politique comme un jeu de passions et d’intérêts animant des forces opposées.

… « Une partie de l’élite peut lire les ouvrages politiques de MACHIAVEL et deux courants se sont dessinés : celui des admirateurs de son courant politique, celui des adversaires de ses idées religieuses et morales. »

MONTESQUIEU et ROUSSEAU ont nommé MACHIAVEL, et l’un et l’autre ont accompagné son nom des plus grands éloges. MACHIAVEL observe la monotonie de l’histoire et se manifeste par l’action efficace. Ce qui amène la critique de MACHIAVEL, c’est son pragmatisme et ses constats en dehors de tous critères moraux. Il observe, il énonce, mais il reste à l’extérieur, il ne fait qu’agir par sa pensée. Il pose les principes quels qu’ils soient, pour être efficace, tout est dit, rien n’est caché.

« On peut remarquer que les hommes se doivent ou cajoler ou détruire, car ils se vengent des offenses légères, des grandes ils ne peuvent, aussi l’offense qui se fait à un homme doit-elle être telle qu’il n’y ait pas à craindre sa vengeance. »

Voilà une illustration concrète de machiavélisme, toute vérité est-elle bonne à dire ? A contrario, certaines observations sont utiles au Prince sans que la morale ait quelque chose à y redire.

« Pour les affaires d’Etat, si l’on connaît à l’avance les maux qui y naissent, ils se guérissent vite, mais quand, pour ne les avoir pas reconnus on les laisse croître au point que quand tout le monde les reconnaît, il n’y a plus de remèdes. »

« On tient plus facilement une cité accoutumée à vivre libre par le moyen des citoyens eux-mêmes que d’aucune autre façon, si on veut l’épargner. » « La nature des peuples est changeante, et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. »

Là également l’art de dominer le peuple, de dominer l’autre à transposer en règles.

« En toute cité on trouve deux humeurs opposées, et cela vient de ce que le peuple désire de n’être pas commandé, ni opprimé par les grands, et que les grands désirent commander et opprimer le peuple et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »

« Ceux qui, d’abord homme privés doivent à leur seule bonne fortune de devenir Prince, n’ont pas grand peine à le devenir, mais en ont beaucoup à le demeurer. » « Etre désarmé, en effet, entre autres sources de maux que cela entraîne te vaut d’être méprisé, ce qui est un des mauvais renoms desquels le Prince doit se garder. »

« Rien n’est aussi faible ou instable que le renom d’une puissance qui ne se fonde pas sur ses forces propres. » TACITE.

MACHIAVEL, observateur avisé du pouvoir politique et de la façon de le conserver. Il est vrai aussi que ces observations éclairent les oppresseurs comme les opprimés, apportant à chacun la connaissance des mécanismes, les manœuvres à réaliser ou éviter.

« Combien il serait louable chez un Prince de tenir sa parole et de vivre avec droiture et non avec ruse, chacun le comprend : toutefois on voit par expérience, de nos jours que tels Princes ont fait de grandes choses, qui de leur parole ont tenu peu de compte, et qui ont su ; par ruse manœuvrer la cervelle des gens ; et à la fin ils ont dominé ceux qui se sont fondés sur la loyauté. »

« Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre ; l’une avec les lois, l’autre avec la force, la première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes, mais comme la première très souvent ne suffit pas, il convient de recourir à la seconde. »

« Aussi est-il nécessaire à un Prince de savoir user de la bête et de l’homme. »

… « Il se trouve dans l’ordre des choses que jamais on ne cherche à fuir un inconvénient sans tomber dans un autre, mais la sagesse consiste à connaître la nature des inconvénients, et à présenter le moins mauvais pour bon. » « Les bons conseils d’où qu’ils viennent, naissent nécessairement de la sagesse du Prince, et non la sagesse du Prince des bons conseils. »

MACHIAVEL n’a pas un idéal comme PLATON par exemple. Il est pragmatique, la politique, le pouvoir, ce sont des équilibres pas nécessairement en adéquation avec les vertus. Le Prince nous pose deux grandes questions :

La politique doit-elle être morale ?

La fin justifie-t-elle les moyens ?

                                                                                                                                                                              

 

 

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22 avril 2018

"C'était mieux avant" Michle SERRES

 

img672                                                                   Image associéeMichel Serres philosophe et historien né en 1930. Après l'école navale, l'école normale supérieur, il est agrégé de philosophie en 1955. Il obtiendra un doctorat de lettres en 1968. Il est élu à l'Académie Française en 1990.

 

Après « Petite Poucette » « c’était mieux avant » est la suite philosophique naturelle. Cette tentation facile du « c’était mieux avant » est battue en brèche par Michel SERRES.

Le monde numérique, dématérialisé, aux flux incessants, avec ses codes qui imposent une nouvelle façon de vivre, radicalement différente de ce que l’on pouvait vivre il y a 30 ans, et qu’est-ce que 30 ans ! Internet, nos téléphones portables, les images haute définition, l’audio, …Des humains éduqués différemment avec un autre accès à la connaissance, mais en proie également à son cortège de travers, un monde rapide, virtuel, prenant la place du livre, d’une connaissance acquise à l’ancienne, plus lentement.

« Oui Petite Poucette sais tout  en information, pas toujours en connaissance. » C’était mieux avant c’est vrai, deux guerres mondiales, Hiroshima, des épidémies, une planète mal traitée, le statut de la femme, les conditions de travail, l’alimentation, la santé, la douleur….

« La douleur n’est pas une compagne nécessaire, parfois désirée pour prouver sa force d’âme, mais un obstacle à négocier, à franchir, à supprimer si l’on peut. » Le dentiste il y a trente ans et maintenant !

« Avec la langue et le règne du fric, nous imputâmes le mauvais goût et notre sens de la beauté en prit un sale coup. » Tout le monde ne voulait pas sa maison, du confort, mieux se nourrir, des loisirs, se soigner ? « Oui pépé, avant nous jouissions de communautés, chaotiques, fortes en gueules, chamailleuses, à culottes et robes trouées, mais aussi chaude que fraternité. »

On ne peut pas tout avoir ! Malgré la cupidité, la violence, la folie des hommes, une nouvelle société plus spirituelle, plus évoluée se prépare peut-être ? Les transitions sont souvent assez longue et brutale, ce qui altèrent nos jugements souvent posés à courte vue et dans l’émotion.

Avec notre droit du travail, nos luttes contre les discriminations, nos chercheurs, notre justice, nos loisirs, nos ajustements sur les droits et devoirs des plus faibles, animaux, enfants, handicapés…, nous contribuons peut-être à façonner un autre monde. Nous paraissons faibles, laxistes, mais ne serions-nous pas en réalité des précurseurs, des modèles, pour l’instauration d’une nouvelle société ?

« Chères Petites Poucettes, chers Petits Poucets, ne le dites pas à vos vieux dont je suis, c’est tellement mieux aujourd’hui : la paix, la longévité, la paix, les antalgiques, la paix, la sécu, la paix, l’alimentation surveillée, la paix, l’hygiène et les soins palliatifs, la paix, le contrat naturel, la paix, les voyages, la paix, le travail allégé, la paix, les communications partagées, la paix,…face à toi, ma Poucette si petite, si légère, si douce, que je te vois parfois, comme un oiseau, un soufflet spirituel : ah ! si le grand-papa ronchon pouvait te foutre la paix ! »

C’est exact ce que dit Michel SERRES, mais ce sera long et difficile dans un monde complexe aux inégalités et aux variations multiples. C’était mieux avant pour une Europe éduquée, soucieuse à l’extrême des droits et des changements sociétaux, de la démocratie, mais qu’en est-il à l’échelle du monde ? des pays pauvres, des pays émergents, des pays ancrés dans une transmission culturelle incompatible avec de telles avancées ?

Pour conclure, comment pourrons-nous instaurer un monde nouveau sans guerre mondiale, avec son cortège de progrès sans résoudre le plus terrifiant des problèmes : la surpopulation mondiale ?

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02 avril 2018

"L'Art de perdre" Alice Zeniter

 

l'art de perdre

Alice ZENITERAlice Zeniter

 

Excellent roman, qui traite du douloureux épisode de la guerre d’Algérie et de ses conséquences, évoqué par l’intermédiaire d’une famille de paysans montagnards. La vie quotidienne, l’arrivée du FLN, une vie bouleversée où il est bien difficile de se situer.

« Quand tu dors, tu oublies tous tes soucis, a toujours dit ALI à ses fils pour les obliger à aller se coucher, c’est une chance merveilleuse et ça ne dure que quelques heures, alors profite. »

Il faut choisir son camp, demeurer côté français, ou aider le FLN. « Est-ce que les luttes appartiennent à quelqu’un ? Est-ce qu’elles appartiennent davantage par exemple à ceux qui sont directement opprimés qu’à ceux qui les mènent sans avoir subi l’opposition. »

Un enjeu qui dépasse des gens simples, qui n’aspiraient qu’à vivre le plus heureux possible. Cette famille embarquera pour la France, considérée comme traître, n’ayant pas aidé le FLN. Un déracinement total, une adaptation difficile voire impossible.

« Le pouvoir n’est jamais innocent. Pourquoi alors est-ce qu’on continue à rêver qu’on peut être dirigé par des gens biens ?

« C’est une chose étrange : pour avoir le droit d’exister, il faut qu’ils se présentent comme des patriotes de la première heure, des amoureux du drapeau tricolore qui n’ont jamais douté. »

« C’est important, par exemple reprend l’assistante sociale de lui donner un prénom qui reflète votre volonté de vous intégrer ici. »

Le début des cités, les problèmes des futures générations qui ne se sentiront pour beaucoup ni français, ni algériens. Ali, Yema, leur fils Hamid, puis Naïma la fille d’Hamid sont les acteurs de cette saga qui nous offre un regard lucide sur cette période et ses diverses conséquences.

« Malgré toute leur volonté, Ali et Yema n’habitent pas l’appartement, ils l’occupent. »

« La famille de Naïma tourne autour de l’Algérie depuis si longtemps qu’ils ne savent plus vraiment ce autour de quoi ils tournent. Des souvenirs ? un rêve ? un mensonge ? »

Hamid dira « le Ramadan ne rapproche pas davantage des pauvres, il les tient à l’écart des autres. »

« A la religion jugée désuète de ses parents, il préfère la politique. »

« Ils ne veulent pas du monde de leurs parents, un monde minuscule qui ne va que de l’appartement à l’usine, où de l’appartement aux magasins. Ils veulent une vie entière, pas une survie. Et plus que tout, ils ne veulent plus avoir à dire merci pour les miettes qui leur sont données. Voilà c’est ça qu’ils ont eu jusqu’ici : une vie de miettes. »

S’intégrer c’est difficile, souvent après un abandon traumatisant. Pour Ali comme pour Hamid, exprimés de différentes façons c’est un choc à absorber, un deuil à faire. « La nuit, au lieu de dormir, il jardine à l’intérieur de lui. Là où c’est noué, il taille. Là où c’est bouché il creuse. »

Après son voyage en Algérie à la fois professionnel et personnel Naïma à fait ce qu’elle devait faire mais son histoire n’est pas un héritage. « La possibilité qu’une action accomplie par son grand-père ou par son grand-oncle 50 ans plus tôt ait un effet sur elle aujourd’hui lui paraît absurde. »

« La plupart des choses que les femmes ne font pas dans ce pays ne leur sont même pas interdites. Elles ont juste accepté l’idée qu’il ne fallait pas les faire. »

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître,

Tant de choses semblent si pleines d’envie

D’être perdues que leur perte n’est pas un désastre

Elisabeth Bishop

 « Ce qu’on ne transmet pas, ça se perd, c’est tout. Tu viens ici mais ce n’est pas chez toi ! »

 Une lecture prenante et pédagogique.

 

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