lire et philosopher pour vivre

09 février 2017

"L'homme à l'envers" Fred VARGAS

 

 

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Une nouvelle enquête du commissaire ADAMSBERG créature atypique de Fred VARGAS. Comme souvent Fred VARGAS nous offre une histoire passionnante, où se mêle croyance et raison. Des brebis égorgées, des assassinats incompréhensibles dans un Mercantour habité par des loups.

« Les paysages à vous couper le souffle sont très gênants pour la pensée. On est obligé de s’occuper d’eux, on n’ose pas s’asseoir dessus sans un minimum d’égards. »

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Les croyances, le loup-garou, un loup hors norme  assassins, un bouc émissaire tout trouvé des apparences qui fonctionnent très bien. Le commissaire ADAMSBERG arrive plus tardivement dans l’enquête mais comme d’habitude calme, en  analyste besogneux il suivra le fil jusqu’à la vérité.

J’ai trouvé cette histoire passionnante, originale, où le lecteur découvre l’assassin avant le commissaire. Très bien construit.

Parallèlement une petite histoire de vengeance d’où émergera l’humanité d’ADAMSBERG, et une petite touche de sa vie privée avec la présence de Camille qu’il a aimé, qu’il aime encore, au cœur de l’enquête.

Le titre de l’homme à l’envers est très évocateur de l’épilogue de cette enquête.

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31 janvier 2017

"Une chanson douce" Leïla SLIMANI

 

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Un roman prenant qu’une fois commencé on a peine à abandonner.

Une observation d’un pan de la société, les bourgeois bohême comme on dit. Un couple Myriam et Paul qui veut tout, la réussite professionnelle, la réussite familiale, une vie remplie, riche, sans accroc sans sacrifice !!!

Lui est musicien compositeur, elle avocate mais n’exerçant pas demeurant au foyer pour élever les deux enfants. Mais tout cela ne suffit pas au bonheur du couple, car Myriam veut exercer sa profession, et cela peut se comprendre, Myriam veut être une bonne mère près de ses enfants, et cela peut se comprendre, elle veut être près de son mari, avoir une vie sociale active et cela se comprend.

Mais peut-on être et tout avoir ?

Le couple trouve une nounou pour les enfants Louise qui devient très rapidement indispensable. Myriam reprend son métier, Louise s’occupe de tout à la perfection, c’est presque trop. Louise c’est une tout autre histoire, une vie ratée, des troubles psychologiques. La famille dans laquelle elle s’installe devient son univers, sa famille, les enfants sont ses enfants, elle se construit un bonheur qui n’est pas le sien et ira jusqu’au bout d’un processus destructeur.

Trop encrés dans leur égoïsme, Myriam et Paul ne verront pas arriver le drame à venir. Un drame évoqué de façon feutré, presque suggéré mais bien présent. Ce coup de projecteur en dit long sur une génération victime d'une société de consommation, du plaisir, prêt à tout pour tout obtenir immédiatement, sans penser une seconde qu’il faut peut-être savoir renoncer à certaines choses pour obtenir un équilibre.

J’ai beaucoup apprécié ce roman, bien écrit, sobre, offrant au lecteur une vraie réflexion sur le monde occidental moderne à travers une classe sociale plutôt nantie, mais qui tend à étendre sa « philosophie » plus largement.

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15 janvier 2017

"La vie devant soi' Romain Garry

 

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La vie devant soi

 

Mon premier Romain GARRY, et je regrette de ne pas avoir lu cet auteur plus tôt.

Un roman original, surprenant. Nous suivons un petit morceau de vie du jeune « Momo » un petit algérien orphelin élevé avec d’autres enfants par madame Rosa une ancienne prostituée juive.

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Nous découvrons la vie de Momo vue de sa fenêtre de 14 ans, avec sa façon de parler. Un univers marginal, pauvre, avec ses amitiés, sa philosophie, une photographie d’un milieu, une façon d’évoquer l’immigration, par les enfants victime de la vie.

C’est écrit avec humour, c’est prenant, on rit, on s’arrête sur des moments plus tendre, parfois plus durs. Un amour indestructible entre madame Rosa et ce petit garçon, entre une vieille femme juive et un jeune arabe.

Ce roman a reçu le prix Goncourt 1975, depuis le monde a changé, la misère à engendré la violence aveugle, et les peuples continuent à se détester.

 

« J’étais tellement heureux que je voulais mourir parce que le bonheur il faut le saisir pendant qu’il est là ».

 "Je me disais que ce serait une bonne chose de faite si monsieur Hamil épousait Madame Rosa car c’était de leur âge et ils pourraient se détériorer ensemble, ce qui fait toujours plaisir »

« La nature, elle fait n’importe quoi à n’importe qui et elle ne sait même pas ce qu’elle fait, quelquefois ce sont des fleurs des oiseaux et quelquefois, c’est une vieille juive au 6ème étage qui ne peut plus descendre »

« J’espère bien que je ne serai jamais normal docteur Katz, il n’y a que les salauds qui sont toujours normal »

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Romain Garry

 

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28 décembre 2016

Dialogue philosophique Paul Ricoeur, Jean Daniel.

 Pour finir l'année 2016 je vous propose un dialogue philosophique sur l'étranger. Thème d'actualité, qui ne laisse pas indifférent, aux conséquences multiples, aux réactions variées.

Je vous souhaite une heureuse année 2017 qui je l'espère sera marquée par plus de sagesse et de joie.

 

                     

Dialogue l’étrangeté de l’étranger

 

Par Paul RICOEUR et Jean DANIEL

La Bible fait de l’Etranger un de ses thèmes clés. Elle enjoint d’accueillir cet inconnu en souvenir des temps de l’exil où le «peuple élu » bénéficiait lui-même de l’hospitalité de l’Autre. Paul RICOEUR et Jean DANIEL ont cerné en quoi l’étranger était autant sujet de fascination que de rejet.

Jean DANIEL- Je propose de commencer par définir l’étrangeté de l’étranger. Qu’est-ce qui la constitue? A cette question, ALAIN, le philosophe, citant je crois le célèbre «journal intime» d’Amiel, répondait: « Ce qui est étrange dans l’étranger, c’est qu’il n’est pas moi ». Bon début. S’il n’est pas moi, je veux ou bien qu’il le devienne, ou qu’il disparaisse. La nostalgie de l’unité domine toute une tradition platonicienne et monothéiste. D’où, en passant, pour les chrétiens, la difficulté de faire admettre à coups de conciles la double nature de l’homme ou de Dieu en Jésus. L’étrangeté peut aussi constituer une fascination ou une aversion. Elle est préfiguration possible d’un appel vers une fusion mystique; l’autre a ce qui manque pour être complet. L’âme ronde et bien d’autres métaphores de ce genre ont jalonné le parcours de cette philosophie. Mais l’étrangeté peut être une promesse d’enrichissement: je me croyais complet seul, or je me découvre plus encore moi-même si je reçois l’autre. Si je l’absorbe. L’étrangeté cesse d’être étrange. Mais elle est encore étrangère. Elle peut se transformer en conflictualité, celle que les couples connaissent bien, quand les différences, après avoir été vécues comme des complémentarités, sont subies comme incompatibilités.

Paul RICOEUR- L’étranger est une sorte de place vide. Nous savons à quoi nous appartenons, mais nous ne savons pas qui sont les autres chez eux. C’est seulement par une sorte de choc en retour que nous nous sentons nous-mêmes étrangers, sur le modèle de l’étrangeté de l’étranger. En prendre conscience nous met sur un chemin de reconnaissance mutuelle, sur la voie de l’hospitalité dans ses dimensions morales et politiques, et donc permet de traiter positivement la pluralité humaine comme quelque chose d’indépassable. On peut alors s’interroger avec vous sur ce que serait la place d’une sorte de mystique telle que vous l’avez introduite. Et c’est moi, chose curieuse, qui suis le plus réticent à cet égard-là. Autant je serai sensible théologiquement à l’idée d’une paternité fondatrice de notre filiation et de notre fraternité, et au thème eschatologique d’une réconciliation finale, autant sur le plan moral et politique je tiens les rapports humains pour foncièrement conflictuels. Je dirais même que ça a été le mal des religions d’avoir cherché l’équivalent politique de ce que vous appelez la nostalgie de l’unité, l’appel à la fusion mystique.

Jean DANIEL- Les religions tendent à supprimer un certain degré d’étrangeté, puisqu’elles réunissent sous une même foi ou sous un même absolu une pluralité de différences qui pourraient être, sans cette foi, des incompatibilités. En même temps, le prix à payer pour l’approfondissement de
cette relation, c’est-à-dire d’aller au-delà de ce principe de clôture qu’est l’appartenance à une confession afin de retrouver le même chemin que l’autre fait vers sa propre profondeur, est très élevé. Les religions vécues d’une manière soit sectorielle, soit étatique, soit civile ont redonné une force considérable aux différences, aux frontières, donc au refus, au rejet. Quand le culte de l’absolu sous n’importe quelle forme s’introduit dans la cité, il amène avec lui une forme de racisme, de rejet, d’exclusion.

Paul RICOEUR- En raccourci, c'est là que réside la source de la violence religieuse: une confession de foi, débordée par en haut par son propre objet. Elle va essayer de compenser par la réduction latérale des frontières ce débordement par en haut, et en le contenant aux deux sens du mot « contenir ». Contenant au sens d’être un réceptacle la scolastique disait que nous recevons Dieu à la mesure de notre capacité, mais il faut appliquer ça aux religions: capacité finie de contenir ce qui les excède. Et contenant au sens de compensation par la limitation latérale des murs. C’est cette espèce de précaution de clôture qui introduit la guerre dans le religieux, ainsi que la possibilité d’une détournement par le politique.

Jean DANIEL- Ce qui est le contraire de la mystique, le seul vrai chemin de l’amour. L’amour de Dieu, ou l’amour de l’amour, comme le nomme SAINT AUGUSTIN.

Paul RICOEUR- Je dirais un peu comme Simone WEIL : à cela il y a deux sources, l’une grecque, l’autre hébraïque. Le lecteur des tragiques grecs et des prophètes d’Israël, je ne vois pas pourquoi je choisirais.

Jean DANIEL- Il y a les deux dans « le Cantique des Cantique ». Pourtant, la notion d’étranger est différente dans chacune de ces deux sources. Dès le début, HERODOTE distingue deux sortes d’humains; des Grecs et des Barbares. On pourrait peut-être dire que les Juifs ont refusé cette distinction. Mais le principe d’élection a joué dans le modèle de fermeture. Je suis obsédé par cela. Je suis spinoziste sur l’élection. Mais le point de rupture, c’est la fin de l’exil, c’est Cyrus. Actuellement, beaucoup d’exégètes insistent sur l’exil babylonien et sur la période persane.

Paul RICOEUR- « Cyrus mon envoyé », dans la deuxième partie du Livre d’Isaïe (Es.,45-48). Celui qui libère est un païen. Esaïe a été un grand éducateur de la conscience hébraïque. Il a permis une sorte de percée universaliste. Certains exégètes de la Bible hébraïque insistent sur l’idée qu’avoir été captif à Babylone leur a permis de projeter un mythe fondateur plus ancien que l’exil de Babylone: « Puisque vous avez été étranger en Egypte, alors aimez-vous les unes les autres. », c’est une phrase du Lévitique. Le principe de l’hospitalité est fondé dans la condition d’avoir été étranger.

Jean DANIEL- Hannah Arendt confie cette chose remarquable: « Quand je ne savais qu’une seule langue, la mienne, l’allemand, j’ai eu l’impression d’un univers où tout ce qui pouvait être différent m’encombrait dans ma pensée. Et quand j’ai connu les langues latines, j’ai eu l’impression d’une transformation incroyable, j’ai changé de vision du monde, je n’ai plus appelé les choses par leur même nom. » Au fond, cet enrichissement linguistique, c’est celui de l’étranger.

Paul RICOEUR- Cet accueil des autres langues est un fait de très grande culture réservé à quelques individus. Du même coup, ils se marginalisent par rapport à la culture partagée qui implique, vu la fragilité individuelle et collective des humains, un degré très fort d’homogénéité. Un peuple ne peut être polyglotte. La plupart d’entre nous, même parlant correctement une ou deux langues, en possèdent une, qu’on dit maternelle. C’est-à-dire que les autres langues sont des langues étrangères. L’homme n’existe que dans la pluralité des cultures, des langues, des religions...Le cas du langage est tout à fait exemplaire. Que l’homme parle, c’est universel, mais le langage n’existe nulle part dans une langue. Il y a des langues qui sont le fruit d’une sorte de fragmentation originaire. C’est à travers cette découverte que, peut-être pour la première fois, on se pose la question de l’étranger: ma langue est une langue parmi les autres.

Jean DANIEL- En supposant que l’exclusion, l’affirmation personnelle des racines fassent partie de l’homme. Finalement, dès qu’on s’affirme, tout est étranger. Et même tout est agressif. Dès que le « moi » est défini par le « non moi » tout ce qui est non moi devient agressif.

Paul RICOEUR- Oui. Au départ, nous croyons savoir qui nous sommes, ou plus exactement nous croyons savoir à quoi nous appartenons, là où nous sommes installés: à une classe, à une famille, à une nation, etc. L’étranger est un inconnu. Si on cherche dans un dictionnaire le mot « étranger », on trouve: celui qui n’est pas de chez nous, qui est d’une autre nation, qui est d’un autre pays ; c’est donc une place vide. C’est pourquoi je crois qu’il faut commencer par découvrir notre propre étrangeté en nous « désinstallant », en quelque sorte. Et je pensais un peu à la proposition de Lévitique: « Vous avec été étranger en Egypte »...Si nous n’avons pas été étranger ailleurs, il faut découvrir notre Egypte. Notre « étrangeté » symbolique. Etre étranger symboliquement. Et, là, je vous rejoins: tout commence par la comparaison. C’est là où peut-être le passage par la curiosité et donc par la déstabilisation, par la comparaison avec les autres fait faire un itinéraire long sur soi-même (si je n’étais pas né ici, et si je, etc...), donc fantasmer sa propre identité au point qu’elle devienne inquiétante. Inquiétante étrangeté. Mais est-ce que l’on peut entièrement surmonter cette blessure de l’identité, dans un projet d’identité fusionnelle ? Je serais très prudent. La pluralité humaine est un fait indépassable. Outre le fait de l’Etat-nation, il y a des langues, des cultures.

Jean DANIEL-Pourtant, ne peut-on pas dire, du strict point de vue de notre vie quotidienne, que l’opposition se passe à l’intérieur d’un univers où l’étrangeté est vécue comme une menace? Nous assistons à la multiplication des conflits civils sur l’identique, pas sur une différence. Les gens découvrent des différences mystérieuses, inconnues pour les autres, à l’intérieur d’un univers de la même ethnie, de la même langue, parfois de la même croyance. Dans ces cas-là, qu’est-ce qui fait que le proche paraît plus étranger que l’étranger?

Paul RICOEUR- Oui, c’est là un fait énigmatique: dans la vie politique contemporaine, plus les communautés sont petites, plus leurs minorités sont menaçantes .Que ce soit l’Irlande, la Bosnie..., c’est assez surprenant: les minorités dans les minorités sont redoutables.

Jean DANIEL-Je suis très sensible au mystère des gens qui paraissent semblables et qui déclarent les unes sur les autres se deviner, deviner leur opposition, leur radicalité dans des différences des plus infimes. Au Québec, par exemple, francophones et anglophones s’identifient communautairement en disant des autres: « Je les respire, je les subodore, je les entrevois. » Le mystère est ce que ça devient quand ils ne sont pas « moi »...Qu’est-ce qu’il y a dans l’accomplissement du moi, dans cette dilatation du moi, dans cette affirmation qui fait que c’est la plus petite différence, imperceptible au vrai étranger, qui devient l’étrangeté?

Paul RICOEUR-Il se produit une forte surestimation des différences fines. Plus on marche vers le microscopique, plus elles deviennent symboliquement chargées. C’est très troublant. Probablement parce que ce qui diminue avec la minorité des minorités, c’est l’amplitude sécurisante de l’appartenance. Alors, le groupe d’appartenance se rétrécissant, on se rapproche du point limite où les personnes sont insubstituables, et donc la différence fine devient la différence quasiment absolue: « je suis moi, je ne suis pas vous. » On côtoie en quelque sorte l’insubstituable. L’irremplaçable.

Jean DANIEL-Ce n’est pas tant sensible pour l’individu que pour le groupe. Ceux qui ressentent cela ne sont pas des gens qui disent: « Il ne fait pas partie de notre groupe. » Plus le groupe est minoritaire, plus il se sent étranger, plus il s’affirme.

Paul RICOEUR- Je reviens à l’exemple des langues. Le problème n’est pas de créer un esperanto. C’est d’être polyglotte, c’est-à-dire de pratiquer, d’habiter plusieurs maisons de langage. On a là un modèle d’hospitalité: l’hospitalité langagière. Recevoir la langue étrangère chez soi, et habituer la langue de l’autre. Politiquement, c’est très important, cela entraîne le droit d’être reçu dans tout pays, non comme l’ennemi mais comme un ami que justement l’hospitalité n’annule pas la différence. C’est l’échange des chez-soi qui n’est pas l’abolition de la différence.

Jean DANIEL-Pour vous suivre, si on veut essayer de dépasser le chemin de ce qui complique le rapport avec l’étranger, vous êtes de ceux qui se rapprocheraient de disciplines qui font jouer à la morale un rôle essentiel, un rôle de départ, comme LEVINAS.

Paul RICOEUR-Je me sens très proche de lui. Il reste entre nous une différence d’accent: lui part toujours de l’autre, c’est toujours l’autre qui me provoque, est responsable, etc. Moi, je suis plus sensible à l’idée peut-être hégélienne d’origine de la réciprocité, de la reconnaissance de l’autre. C’est à-dire que, si je ne constitue pas originellement un foyer d’auto-affirmation, il ne peut y avoir de sol d’accueil, pour cela même que LEVINAS appelle l’ «appel à la responsabilité ».

Jean DANIEL- C’est quand même une grande différence. Il me semble que LEVINAS a tendance à essentialiser sinon ontologiser l’Autre. Mais pour reprendre le dessein secret de l’échange, de savoir quel est l’avenir d’un rapport avec l’Autre, est-ce que vous admettriez comme LEVI-STRAUSS, qu’il y a une utopie dangereuse à ne pas préjuger et apprécier ce que nous apporte l’autre avant de l’accepter? Lors d’une conversation, il m’a avancé cette idée que les micro cultures, auxquelles il avait consacré toute sa vie, pouvaient être atteintes par des cultures de nature plus agressive du point de vue de leur potentialités.

Paul RICOEUR-Ce qui le troublait, c’est que ce qui les détruit, c’est justement l’œil de l’observateur qui les découvre. En somme, les découvrir, c’est commencer à les détruire. Je pense que c’est peut-être ça le paradoxe de l’anthropologue chez lui, et même la source du pessimisme de tout anthropologue.

Jean DANIEL- Son pessimisme lui a fait mettre en avant l’idée d’une protection. Ce terme de « protection », qu’il a corrigé récemment par celui de « préférence », est très difficile dans la pensée de l’ouverture. L’anthropologue en lui ethnologisait les cultures, les mettait à égalité, il trouvait qu’elles avaient un droit égal à survivre, et donc qu’il fallait les protéger toutes. Et que, de ce point de vue-là, il y avait un racisme de protection qui n’avait rien à voir avec le racisme de domination. Dans la conversation, il allait jusqu’à dire qu’en France nous avions profité des vagues d’immigration riche, et qu’en ce moment l’autre nous appauvrit. Accepter l’immigration peut dès lors être un enrichissement moral, mais plus économique. Cette chose, très délicate à exprimer, n’est pas politiquement correcte, comme on dirait aux Etats-Unis, mais elle est le fond de la pensée de beaucoup.

Paul RICOEUR-Cela nous amène aux rapports de domination. Il faut introduire dans les rapports humains hiérarchisant, ce rapport vertical du haut et du bas. Alors que la relation avec l’autre que nous évoquons est horizontale. Le principe d’hospitalité est égalisant. La domination est hiérarchisante.Or nous ne connaissons pas de mode de fonctionnement de l’humanité qui ait éliminé les rapports de domination. Il y a ceux qui commandent et ceux qui obéissent. Nous traînons le boulet de l’autorité: une autorité sort d’une autorité antérieur, mais nous n’arrivons pas à la faire sortir du simple vouloir vivre ensemble, qui serait égalisant et conduirait, s’il était seul à l’utopie de l’égalité absolue de toutes les cultures. Aujourd’hui, les rapports de domination politique, qui pouvaient se traduire par la guerre, se déplacent vers la polémisation des rapports économiques et culturels. Les rapports de domination deviennent plus sournois, plus dissimulés, plus prégnants.

Jean DANIEL- Et dans ce cas, est-ce que l’idée de protection ne vous paraît pas antinomique avec celle de l’existence par l’autre, de l’accueil à l’autre ?

Paul RICOEUR- Je suis très attentif aux situations qui appellent quelque chose comme une protection. Dans nos sociétés, il y a maintenant des franges de la population qu’il faut protéger contre elles-mêmes beaucoup plus que contre les autres. Cela implique l’obligation d’introduire un droit de tutelle intermédiaire entre la responsabilité absolue et la pénalisation ou la médicalisation. Il faut protéger par exemple des jeunes toxicomanes ou délinquants pour les re-responsabiliser. LEVI-STRAUSS a rencontré ce problème-là avec les peuples en voie de disparition. Nous avons un parallèle intéressant dans le problème posé par la protection. Nous avons un parallèle intéressant dans le problème posé par la protection de la nature. Il s’agit dans tous les cas d’une sorte de riposte à un processus de domination qui conduirait à l’annihilation. C’est une limitation des effets pervers de la domination, qu’ils soient domestiques, communautaires, politiques, à l’intérieur d’un groupe national, ethnique.

Jean DANIEL- On peut évoquer le paradoxe de tout à l’heure : c’est la même culture qui produit l’ethnologie, l’anthropologie, et qui détruit son objet au moment où elle le découvre. On peut penser ainsi que c’est une extrapolation d’un mouvement que vous avez bien connu quand on distinguait l’individu et la personne, et qu’on voulait prendre en tutelle l’individu pour le responsabiliser jusqu’à ce qu’il arrive à un statut de personne. C’est un peu la tentative de MOUNIER. Certains textes de lui m’ont fait penser que le personnalisme était non pas seulement le regard sur l’individu mais sa promotion, com me on dirait maintenant « citoyenne ».

Paul RICOEUR- Pour moi, si j’ai été un peu insatisfait avec MOUNIER, ça n’est pas tellement sur ce point. C’est sur le sens qu’il a donné à l’opposition entre communauté et société, la communauté étant une sorte de « je » au pluriel. Or le phénomène sociétal n’est pas une simple promotion au pluriel de la personne. Parce qu’on entre ici dans des rapports contractuels et d’échanges, qui ne se laissent pas inscrire dans l’opposition entre la communauté qui serait une personne de personnes et la société qui ne serait qu’un système procédurale.

Jean DANIEL- Aujourd’hui, une des difficultés de réflexion pratique ou politique sur l’étranger vient de ce qu’un certain nombre d’intellectuels en arrivent à nier ce que des mouvements comme ceux d’extrême-droite utilisent de pulsions primaires. Quand le Front national, Le Pen, ses amis parlent des racines de l’individu, de ces racines nationales, du groupe, de la préférence nationale, nous sommes contre, parce que nous pensons au fameux texte de MONTESQUIEU, sur « si je savais que quelqu’un et quelque chose, etc.. ». Mais l’idée elle-même est forte. Et à ne pas la prendre au sérieux, à la condamner sans la jauger, sans plonger dans ses racines, on est contraint soit à l’échec, soit à la schizophrénie. Il y a des degrés d’étrangeté dans l’étranger. Ces degrés sont parcourus par la distance vis-à-vis du groupe, de la famille, de la tribu, de la nation, du continent.

Paul RICOEUR- Cette idéologie-là s’enferme dans le sentiment d’appartenance ; c’est de là que je suis parti, « être membre de » : sans étrangeté. C’est ça, l’idéologie sécuritaire, éliminer totalement l’étrangeté du sentiment même d’appartenance. Ce sui peut sembler légitime parce que, historiquement, le développement politique s’est bloqué au stade de l’Etat-nation. L’ensemble du monde est obligé de s’aligner sur ce stade comme le fait l’institution internationale de l’ONU. C’est la ratification de la fermeture culturelle par le principe de souveraineté. Nous nous posons alors la question de savoir quelle dose d’étrangeté est supportable. Nous butons là sur quelque chose qu’aucune sociologie n’a vraiment abordé et qui se ramène quelquefois à des pourcentages : est-ce que 12% d’étrangers, c’est trop ?

Jean DANIEL- Le mot « seuil » vous est-il insupportable ?

Paul RICOEUR- Non, mais je m’aperçois que plus on est cultivé et plus on a été mêlé à des cultures étrangères, moins on y est sensible. Je comprends aussi qu’une bonne partie de nos concitoyens, qui se sentent eux-mêmes menacés dans leur vie quotidienne, dans leur logement, dans leur travail, ont un taux de tolérance bas. Il faut l’admettre. Je me rappelle qu’au moment de l’élection de Toulon le candidat socialiste m’a téléphoné et m’a dit : « je vis auprès de gens qui retournent la question de l’exclusion contre eux. Ils veulent expulser les étrangers, car ils se sentent eux-mêmes exclus de la discussion publique, c’est eux qui se sentent marginalisés. » Alors il faut admettre ça, nous avons parmi nos concitoyens des gens qui pensent qu’ils ont été marginalisés. C’est très important tout simplement de le reconnaître pour en faire l’analyse, afin de comprendre ce phénomène qui révèle une grande fragilité individuelle et collective.

Jean DANIEL- Ils ne se sentent pas étrangers, mais ils finissent par s’exclure du débat qui décide de ce qui est étranger ou pas. C’est ça qui est important dans notre pensée et que j’approuve totalement. Ils sont exclus du lieu pourtant privilégié de leur propre nation, qui va décider de ce qui appartient à cette nation ou pas. Et qui est la pierre angulaire de toute démarche communautaire. Dans le rejet qu’on appelle par paresse « racisme » existe un tel mystère d’irrationalité que l’on peut entrer dans l’étude des conditions de son émergence. Il faut le traiter comme une maladie et non pas comme in péché. Au lieu de le condamner comme un crime, on entre dans la thérapeutique afin de soigner le malade. C’est un grand débat.

Paul RICOEUR- A cet égard, je reste prudent en disant que la xénophobie oscille entre la fragilité constitutionnelle et la pathologie qu’on doit pouvoir guérir. Je crois que la bienveillance à l’égard de nos concitoyens est de les considérer non pas comme des malades, mais comme ayant un jugement faussé, donc ayant des opinions fausses. C’est un problème de vérité sur la nature de l’appartenance à un groupe social. Il faut commencer par dire que la xénophobie est naturelle et spontanée. Il faut l’avouer, et la question est de savoir ce qu’on en fait, pas de la nier.

Jean DANIEL- C’est au moment de conclure que nous cernons l’observation la plus importante, à savoir le caractère naturel et spontané de la xénophobie. Je suis allé jusqu’à écrire que le racisme était une catégorie de l’esprit. Dans des conditions particulières, sociales ou autres, lorsqu’on peut s’en prendre ni à Dieu ni aux institutions du mal que l’on subit, l’étrangeté de l’étranger devient insupportable. On la valorise avec le processus du bouc émissaire. Un seul être, un seul groupe, une seule race sont étranges et il suffirait de les supprimer pour que l’étrangeté disparût avec le mal. C’est une tentation d’autant plus grande que la « bouc-émissarisation » de l’étranger permet de récupérer une identité collective, laquelle, comme l’identité personnelle, est quelque chose d’incroyablement fragile. Processus fascinant dans la mesure où il triomphe d’une autre catégorie de l’esprit qui est l’interdiction de tuer ou même de bannir, sinon le devoir d’aimer. Comment en arrive-t-on à tuer cet autre sans lequel on n’est rien ? A quel moment l’acte du meurtre triomphe de la censure de l’interdiction de tuer ? Pour moi, c’est un des problèmes les plus urgents et les plus concrets de la philosophie.

Paul RICOEUR- C’est cet abaissement de la censure du meurtre qui me paraît troublante. Il frayer la voie à une véritable culture de la mort qui pourrait se résumer ainsi : « j’aime mieux perdre avec mon adversaire plutôt que de gagner avec lui. »

 

 

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27 novembre 2016

Connaissance des grands texte "singes" Alain

 

AVT_Alain_4236Emile Chartier Alain

 

Singes

 

 

Le Misanthrope me dit : « ce n’est pas que je méprise l’homme ; mais plutôt je ne trouve guère d’hommes. Entendez-moi, j’en trouve assez qui ne savent presque rien, qui sont livrés aux passions, ou bien qui attendent dans la paresse, comme si ce monde leur devrait tout, ou bien qui désespèrent, ou bien qui boivent, ce qui est humain, et non point du tout animal. Oui, même parmi les mendiants, il se montre des visages d’homme, aussi les peintres vont là tout droit. J’en viens même souvent à me dire qu’un homme vrai se reconnaît  à ceci que n’ayant pu être Alexandre, il ne veut être que Diogène. Et c’est pourquoi je ne trouve pas souvent un homme dans les places presque grandes, là justement où j’en voudrais un.

Maintenant, dit-il, écoutez une sorte de fable. Je suppose que quelque Jupiter ait fait des singes à forme humaine et sans esprit, à parler proprement, mais doué de cet art d’imiter qu’ont les singes. Quelle perfection alors dans les apparences ! Quelle suite dans les signes ! Qu’elle avance, s’ils distribuent la monnaie reçue au lieu d’éprouver chaque pièce, de la peser, de la faire sonner ! en vérité, mon cher, ils en seront déjà à enseigner, quand les hommes véritables en seront à s’instruire eux-mêmes et à mépriser tout ce mécanique qui tire si aisément la conséquence, et enfin la bavarde, l’éloquente, la persuasive mémoire. Qui donc, alors, écrira à vingt ans  son premier livre ? Qui donc expliquera les passions sans les connaître ? Qui donc fera sortir, sur tous sujets, ce flot de paroles connues, usées, d’apparence vénérable ? Qui donc sera constant en ses principes, fertile en arguments, imposant par le système et enfin jouant toujours les mêmes coups, comme une machine pourrait jouer aux cartes ? Sera-ce le singe ou l’homme ? Et quoi de plus ferme qu’une machine ? Qui est mieux d’accord avec soi qu’une machine ? Mais quoi de mieux fait aussi pour classer n’importe quoi, d’après la couleur ou la forme, ou bien pour mettre à part tous les papiers du monde où se trouve écrit un certain nom, comme Victor Hugo, Chateaubriand, Espace, Temps, Attention, Religion. Grattant aux bibliothèques et ne laissant rien, sera-ce le singe, ou l’homme ? Et par là, composant l’Arlequin de doctrines, sera-ce le singe ou l’homme ?

« En toute sorte de politesse, dit-il, qui le mieux saura saluer ou flatter ou sourire, ou bien faire passer sans accident un plateau chargé de verres et de bouteilles ? La pensée casse, la pensée choque et offense. La pensée inquiète aussi le pensant. Composez un tribunal d’hommes, peut-être ils choisiront le singe. Mais que dis-je là ? N’est-il pas vraisemblable que les singes l’ont emporté depuis longtemps sur les hommes, en ce Droit érudit et accumulant, où les textes font pensée ? Quoi de plus facile que de juger selon les précédents ? La pensée y nuit tellement qu’on voit beaucoup de juges dormir aux audiences, et ce ne sont pas les pires. Toutefois je prends même cette marque, car le sommeil s’imite aussi, je dis le vrai sommeil. Maintenant, pour aller à la noix, ne point quitter des yeux, faire cependant ce qui est requis et attendu, de tout évènement faire approche, et, même en se rangeant par respect, faire un pas vers la noix, et, tendant la main en signe d’amitié, la tendre encore vers la noix, quand on la tient, aussitôt la briser et la manger, dans une inattention aux autres choses qui joue alors la grandeur et le mépris, tout cela n’est-il point du singe ? Aussi de dire ce qui plaît aux hommes, ce que les hommes ont souvent pudeur de dire ? Et se faire meilleur que l’on est, cela n’est-il pas plus facile si l’on n’est rien ? Plus facile si l’on estime seulement d’après la noix ? Peut-on être courageux en paroles, si l’on a seulement un peu de ce courage qui parle à la peur voisine et la surmonte ? « je fuyais », dit l’homme, mais « un français ne fuit jamais », dit le singe. D’où je soupçonne, mon cher, que beaucoup d’hommes ont pris enfin le parti d’imiter les singes. »

23 juin 1923 Propos

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07 novembre 2016

" L'homme qui ment " Marc LAVOINE

 

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Ayant eu par hasard le livre de Marc Lavoine entre les mains, je décidais malgré une appréhension négative de la lire. J'ai été agréablement surpris, même s'il ne s'agit pas d'une grande oeuvre litterraire, le livre est plutôt bien écrit il ressemble à une biographie plutôt attachante.

Une famille des années 60 70 de gauche populaire, bercée par l'univers de Ferrat, Trenet, la lutte des classes très pregnante, les apéros, la poèsie, le sexe. La photographie d'une France qui n'existe plus, une catégorie sociale  disparue avec Gabin et les autres.

Marc Lavoine nous parle de lui, c'est évident. L'écriture est fluide, agréable, le sexe est présent mais sans vulgarité. Itinéraire d'une famille heureuse avec le bémol d'un père volage certes, mais avec atour d'un univers construit sur l'amour. Lulu ce père communiste ("...même si l'union de la gauche aurait toujours à se méfier du camarade socialiste qui,disait mon père est trop bourgeois pour être honnête"), qui travaille au PTT qui est à la CGT et ses vies conjugales simultanées puis successives. Marc aime son père, aime sa mère, et s'offre probablement un psychothérapie par l'écriture de ce livre ce qui n'est pas blâmable lorsque c'est bien fait.

Un curé noir

sur la neige blanche

c'est triste à voir

même un dimanche

Jacques Prévert

                                                                                                                                               

                  

 

 

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05 octobre 2016

"Le troisième jour" Jean de la Varende

 

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Jean de la VARENDE  signe une chronique sociétale classique des années 50. Des nobles NORMAND  perdent leur fils qui était parti en Afrique. Simultanément nous suivons le petit Georget élevé par sa mère, débrouillard, habile avec les hurtus, intelligent, travailleur  futur veneur qui s’intègre aux forestiers malgré son jeune âge.

Ce gosse ressemble au deuxième fils du Marquis et ce dernier s’en aperçoit, Gaston a eu un fils avec une jeune femme du canton. Il devient la raison de vivre du marquis et de la marquise qui ont également perdu leur premier fils Manfred. Ce roman classique dépeint avec justesse une ambiance, le pays d’Ouche, des mentalités, un univers organisé autour du château et de la forêt.

Des secrets de famille, des fidélités, des roturiers, des piqueurs, des profils psychologiques variés. Plutôt plaisant à lire, Jean de la VARENDE évoque une époque révolue non dépourvue d’intérêt sociologique qu’il a su dépeindre avec sûreté et tendresse.

 

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06 juillet 2016

Reflexions

Constructions et déconstructions.

 

La vie n’est faite que de constructions et déconstructions. C’est la loi et le juste équilibre des choses.

L’enfance espace de construction qu’il faut déconstruire pour à nouveau reconstruire. La mort déconstruction pour l’autre et souvent l’annonce d’une reconstruction.

Cette perception hégélienne versant macro n’est pas assez intériorisée sur le plan micro.

Le plus difficile est d’être conscient qu’une construction est toujours bâtie sur le sable, c’est inhérent à notre état. Certaines constructions semblent solides, mais cela ne reste qu’apparence.

Alors à quoi sert de construire ? à vivre tout simplement, et le plus en adéquation avec notre nature. Ainsi chaque construction et déconstruction à un sens, sans être nécessairement pour autant cohérente ou recevable.

Le but d’une vie peut-être le maintien d’un équilibre le plus agréable possible à vivre.

Notons également les déconstructions qui n’émanent pas de notre vouloir, et qui nous obligent à des reconstructions ou de nouvelles constructions. Certaines déconstructions sont des vides, d’autres des changements, certaines sont voulues d’autres pas, certaines sont conscientes peu en fait.

Voilà pourquoi l’homme à tant de difficulté à être heureux, il veut de la stabilité alors qu’il n’est lui-même pas stable et que rien autour de lui ne l’est. Il veut de la permanence alors que rien n’est permanent, et au lieu de regarder les choses lucidement, il choisit des échappatoires volatiles qu’il veut croire permanents.

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15 mai 2016

Connaissance des grands textes "La sagesse et la destinée" Maurice Maeterlinck

 

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Notre destin et nous. Sous l'influence de philosophes anciens comme Plotin ou Marc Aurèle, Maeterlink évolue vers la sérénité: si nous ne pouvons pas modifier notre destin, c'est notre esprit qui réfracte à son gré ce qui nous arrive.

 

"N'oublions pas que rien ne nous arrive qui ne soit de la même nature que nous-mêmes. Toute aventure qui se présente, se présente à notre âme sous la forme de nos pensées habituelles, et aucune occasion héroïque ne s'est jamais offerte à celui qui n'était pas un héros silencieux et obscur depuis un grand nombre d'années. Gravissez la montagne ou descendez dans le village, allez au bout du monde ou bien promenez-vous autour de la maison, vous ne rencontrerez que vous-même sur les routes du hasard. Si Judas sort ce soir, il ira vers Judas et aura l'occasion de trahir, mais si Socrate ouvre sa porte, il trouvera Socrate endormi sur le seuil et aura l'occasion d'être sage. Nos aventures errent autour de nous comme les abeilles sur le point d'essaimer errent autour de la ruche. Elles attendent que l'idée-mère sorte enfin de notre âme; et quand elle est sortie, elles s'agglomèrent autour d'elle. Mentez, et les mensonges accourront, aimez, et la grappe d'aventures frissonnera d'amour. Il semble que tout n'attende qu'un signal intérieur, et si notre âme devient plus sage vers le soir, le malheur aposté par elle-même le matin devient plus sage aussi."

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19 avril 2016

"Pour connaître la pensée de NIETZSCHE" Jules CHAIX-RUY

 

 

 

 

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" Vint l’heure ou la décision s’imposa, où NIETZSCHE se soumis à la fatalité qui était sa loi : folie pour les gens sérieux. Car comment taxer autrement l’abandon d’une carrière qui s’était annoncée exceptionnellement brillante, qui, bien conduite, aurait pu conduire le professeur de Bâle au sommet des honneurs "?

Mais NIETZSCHE avait déjà son propre registre d’évaluation : les valeurs n’étaient pas pour lui ces existentiaux qui jalonnent la vie des meilleurs hommes. Il ne reconnaissait comme la seule valeur authentique que la rectitude la plus stricte, la probité. Et peut-être parce qu’il n’acceptait plus d’éternité hors du temps voulait-il créer cette éternité au cœur du temps lui-même.

NIETZSCHE recherche avant tout la vérité, il ne veut pas s’illusionner, se mentir. La probité est au sens noble envers les autres et surtout envers soi-même. C’est le choix d’un parcours particulièrement difficile, aride, car souvent les erreurs viennent se greffer sur une pensée que l’on croit limpide.

" ....Tout esprit profond a besoin d’un masque, plus encore, autour de tout esprit profond se forme continuellement un masque à cause de l’interprétation constamment fausse, c’est-à-dire plate, de chacune de ses paroles, de chacune de ses démarches, du moindre signe sous lequel sa vie se manifeste " Par-delà le bien et le mal

NIETZSCHE porte parfois des masques, mais il est des déguisements qu’il récuse, des mensonges dont il ne veut pas, même si son bonheur doit être le prix de cette véracité. Il importe avant tout de demeurer fidèle à soi-même.

L’homme profond se préserve de la surface, cette surface qui ne peut pas le comprendre.

NIETZSCHE récuse la foi et tente en vain de se hausser jusqu’à la grandeur stoïcienne. Même quand il s’est écarté de SHOPENHAUER, et quand il a condamné « ses embarras mystiques» il continue à approuver ses immortelles doctrines de l’intellectualité des conceptions, de la priorité de la loi de causalité, de l’intellect-instrument, de la non liberté du vouloir.

NIETZSCHE se liera d’amitié avec R WAGNER, pour NIEZTSCHE la musique illustre le tragique, mets en exergue les plus hautes aspirations, l’amour, la mort. « WAGNER est aussi grand, aussi singulier que l’artiste..."J’ai déjà passé avec lui et avec la géniale Mme COSIMA Von BULOW (fille de LISTZ) bien des jours heureux, comme ces derniers temps..."

L’oracle de Delphes: " Deviens qui tu es " éclairera NIETZSCHE. Il comprendra que pour rester fidèle à cette devise, il faut s’arracher à ces chères amitiés et poursuivre seul sa route. Pas de compromis dans la recherche du philosophe. Ce choix de vie se règle au prix fort, choix d’une ascèse pour tendre vers un but la vérité.

NETZSCHE nous prévient que lorsqu’il écrit des livres, il a déjà dépassé le point de vue qu’il y soutenait. L’homme doit se laisser porter par la vie, en traduire le rythme par la poésie et la musique.

Celui dont il se sentait le plus proche malgré la différence d’âge qui les séparait, c’était Jacob BURCKHARDT. C’est lui qui, sans doute, a attiré son attention sur HEGEL dont son enthousiasme admiration pour SHOPENHAUER n’aurait pu que l’éloigner.

SHOPENHAUER condamnait comme NIEZTSCHE un humanisme réduit à une vaine érudition, cet humanisme déjà bafoué par MONTAIGNE, qui ne vise qu’à  rendre les "têtes bien pleines" La règle que proposait SHOPENHAUER :  demeurer le plus près possible de la vie, afin de mieux comprendre les causes qui en émanait ne pouvait que plaire à NIETZSCHE, lui-même convaincu que tout surgit de l’élan d’une irrésistible vitalité.

" Nous allemand, écrira NIETZSCHE, nous sommes hégélien et nous le serions même si HEGEL n’existait pas, en ce sens que, contrairement à tous les latins, nous attribuons instinctivement au devenir et à l’évolution un sens plus profond et une valeur plus riche qu’à ce qui est ".

Nous savons qu’entre autres ouvrages NIETZSCHE avait emporté à Sorrente des pages de Jules MICHELET, et qu’il les lut. Le MICHELET qui devait lui plaire ce ne fut pas certes le MICHELET romantique, encore moins le MICHELET fade de "l’Amour", de la "sorcière" ou de la "femme", ou l’admirateur du "peuple" promu au grade d’acteur principal de l’histoire, mais le MICHELET viril qui engageait l’homme à devenir "son propre Prométhée".

Le séjour de quelques mois sur les rives du golfe de Naples s’est inscrit, plus qu’on ne l’a dit, dans la mémoire et au plus profond même de la sensibilité de NIETZSCHE. " A l’heure du dernier adieu, quand on se quitte parce que le sentiment et le jugement ne vont plus de pair» c’est alors qu’on s’approche de plus près. On frappe contre le mur que la nature a dressé entre nous et l’être qu’on abandonne ".

Gêne occupe dans la vie de NIETZSCHE, durant la période critique et féconde qui s’ouvre pour lui après son départ de Bâle, une place toute spéciale. Tout a été dit sur les autres lieux ou l’esprit a soufflé sur lui : Venise, dont le nom est synonyme de musique, Nice et son ciel que le mistral, faiblissant, mais sain, vient purifier, qui lui offre les 220 jours d’ensoleillement annuel dont il a besoin, tout proche aussi le roc d’Eze où il mène la danse d’un dieu ivre de joie, enfin la série des lacs étalant à 6000 pieds leurs eaux frémissantes au bord des , Sils-Maria qui eût paru à Edgar POE un jardin privilégié, brusquement apparu au haut d’un abrupt défilé où la nature semble avoir réalisé ce dont un artiste seul est capable, tout le décor de ces sommets posés sur le plateau comme une divine offrande ajouté à la beauté de l’élément inattendu et pittoresque qui plaît au goût.

Il reste reconnaissant à Gênes qui lui a enseigné à l’heure la plus dure de son existence l’héroïsme et le renoncement, non point la résignation accablée du faible, mais l’abnégation de l’homme viril qui ne se conquiert que dans le dénuement.

" J’éprouve une joie mélancolique à vivre dans ce pêle-mêle de ruelles, de besoins, de voix Combien de jouissances, d’impatiences, de désirs, combien de soifs de vie et d’ivresse de vie naissent ici à chaque instant Et pourtant quel silence aura bientôt recouvert tous ces bruyants, tous ces vivants, tous ces artistes Comme on voit bien derrière chacun se dresser son ombre, son obscur compagnon de route Il en va constamment comme du dernier moment avant le départ d’un bateau d’émigrés: on a plus que jamais à se dire l’heure presse, l’océan est son vide silence attendent impatiemment derrière tout ce bruit. Si avides, si sûrs de leur proie, et tous s’imaginent que le passé n’est rien, que le proche avenir est tout, d’où cette hâte qui les tient. Chacun veut être le premier dans cet avenir, et cependant la mort, le silence de la tombe est la seule certitude qu’il offre, qui puisse être commune à tous ". Gai savoir « "la pensée de la mort"

 

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La mort de Dieu

C’est le poème de Zarathoustra qui marque le début de la tragédie, c’est ce poème aussi, un des plus beaux de toute la littérature occidentale, qui nous fournit la clé de l’évolution de NIETZSCHE.

" Pourquoi t’effrayes-tu ? Il en est de l’homme comme de l’arbre. Plus il veut s’élever vers les hauteurs, plus profondément ses racines d’enfoncent dans la terre, dans les ténèbres, dans l’abîme, dans le mal ".

NIETZSCHE place parmi ses précurseurs, ceux qui, comme lui ont éprouvé jusqu’à l’angoisse, l’abandon dans un monde hostile, PASCAL surtout qu’il a cité plusieurs fois et qu’il place même à côté des grands esprits dont il aime à se recommander (Platon, Spinoza, Goethe).

" La réfutation de Dieu, en somme ce n’est que le dieu moral qui est réfuté " œuvres posthumes.

" A 12 ans, je m’inventais une singulière Trinité savoir: Dieu le père, Dieu le fils, Dieu le diable ".

SHOPENHAUEUR est son philosophe préféré, il adhère aux idées des Parerga "La vraie norme pour juger un homme, c’est de dire qu’il est un être qui ne devrait pas exister, mais qui expie son existence par d’innombrables souffrances et par la mort. Que peut-on attendre d’un tel être ? Ce que nous expions, d’abord par la vie et ensuite par la mort, c’est le fait d’être nés". Parerga  Livre II ch.18

La mort de dieu c’est s’intéresser à toutes les potentialités du corps, de l’intelligence. Bientôt NIETZSCHE ne parlera plus de l’âme, vain fantôme elle aussi de l’arrière-monde, mais du corps trop longtemps déprécié. Alors sensibilité et intelligence lui paraîtront étroitement mêlées comme fondues l’une dans l’autre.

" La mort de Dieu " telle est la condition cruelle et douloureuse, que l’homme doit accepter pour surmonter sa nature encore ambiguë, pour s’inventer et se créer audacieusement pour faire coïncider en lui son être et son devoir, être l’un et l’autre engagés dans les temps".

" Pour que vienne l’homme nouveau il faut que meure l’homme ancien, l’homme du " sous-sol ", du souterrain où rampent les remords, les ressentiments, les haines inavouables, celui qu’a rencontré DOSTOVIESKI, en qui NIZTZSCHE reconnaîtra en 1887 son émule comme BEAUDELAIRE s'était aperçu en Edgar POE comme un miroir". Ce que NIEZTSCHE loue en DOSTOVIESKI, c’est son analyse si approfondie des sous-sols, des souterrains, des labyrinthes, de ce qu’on appellera bientôt l’inconscient.

La voie étroite vers le surhomme

" Jadis on disait Dieu lorsqu’on regardait sur les mers lointaine, mais maintenant je vous ai appris à dire surhumain. Dieu est une conjecture, mais je veux que votre conjecture n’aille pas plus loin que votre volonté créatrice ".

Voilà l’idée maîtresse de NIETZSCHE la volonté créatrice mise en œuvre sans l’obstacle d’une conjecture appelée Dieu.

" Sauriez-vous créer un dieu ? Ne me parlez donc plus de tous les Dieux, cependant vous pourriez créer le surhumain : ce ne sera peut-être pas vous-même mes frères. Mais vous pourriez vous transformer en pères et en ancêtres du surhumain : que ceci soit votre meilleure création ".

Ainsi parlait Zarathoustra « sur les îles bienheureuses »

" L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhumain, une corde sur l’abîme…Ce qui est grand en l’homme, c’est qu’il est un pont et non un but, ce que l’on peut aimer en l’homme, c’est qu’il est une transition ou un déclin ". Ainsi parlait Zarathoustra

Cette pensée est fondamentale, l’homme n’a qu’un rôle transitoire, il doit passer à une autre étape, supérieure de préférence en devenant le surhomme qui s’affranchit des arrières-mondes et instaure un monde de hauteur, de respect, de beauté, de création, une utopie sûrement. S’il échoue ce sera un monde de déclin, du ressentiment, des labyrinthes, mais finalement cette idée n’est-elle pas dangereuse, irréaliste, et avec des risques d’interprétations erronées ?.

"Je sers, tu sers, nous servons, ainsi psalmodie l’hypocrisie des " dominants " et malheur à ceux dont le premier maître n’est que le serviteur. Ils sont ronds, loyaux, bienveillants les uns envers les autres comme sont ronds, loyaux et bienveillants entre les grains de sable. S’ils sont persévérants les uns à l’égard des autres et font du bien c’est qu’un seul désir les anime que personne ne leur fasse du mal. C’est leur marque de force et de vitalité qui les rends serviables et compatissants, c’est ainsi que finalement ils nomment vertu " la lâcheté ".

Ainsi parlait Zarathoustra « de la vertu qui rapetisse »

" L’Etat bouche, par sa monstrueuse congère, la vie libre où veulent s’engager les grandes âmes. Là seulement où finit l’Etat là se dessine sous l’arc-en-ciel le port qui conduit au surhumain". " Dans quelles conditions l’homme s’est-il inventé à son usage ces deux évaluations : le bien et le mal".

" Qu’est-ce que le génie sinon l’enfance continuée ? Vitalité et création, tels sont les deux volets du diptyque qui veut nous offrir, dissymétrie peut-être, le visage du surhomme".

" La situation de l’Europe dans le siècle à venir ramènera à l’honneur les vertus mâles : parce qu’on y vivra dans un danger perpétuel". " Que finissent donc les stupidités nationales ! Surtout que l’Europe ne tombe pas entre les mains de la canaille : qu’elle n’achève point de sombrer dans les luttes stériles des pauvres contre les riches. Sinon elle périrait, comme peuple et comme culture écartelée entre l’immense Russie qui deviendrait sa maîtresse après avoir colonisé le Chine et les Indes, et une Amérique condamnée à la superficialité ! Dernier éclair avant la nuit, sauver ce suit doit demeurer". NIETZSCHE en bon analyste aurait pu écrire dans les siècles à venir.

L’éternel retour.

" Par le retour éternel en effet le temps est dominé autant que l’espace, et rassemblé dans une intuition unique qui lui confère valeur d’éternité ".

" S’identifier avec la vie se laisser porter par ses vagues, c’est obéir à son flux et reflux, aux deux phases d’un mouvement qu’elle parcourt sans fin et sans but la phase créatrice et la phase destructive, l’une étant la condition de l’autre. FLAUBERT découvre la même nécessité dans sa Tentation de Saint Antoine sous les yeux du saint se déroulent les mystères d’une monstrueuse génération".

Voilà une explication compréhensible qui pourrait s’apparenter à un éternel retour, les supports scientifiques énumérés par NIETZSCHE ne sont pas convaincants voire souvent erronés. (cf .les études de Daniel MARTIN)

NIETZSCHE n’a conféré à l’aventure individuelle une importance qu’elle n’a pas chez ceux qui vivent à la surface d’eux-mêmes et se soumettent au temps social.

" Tout va, tout revient, la roue de l’existence tourne éternellement. Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l’existence se poursuit éternellement. Tout se brise, tout s’assemble à nouveau éternellement se bâtit le même édifice de l’existence. Tout se sépare, tout se salue de nouveau, l’anneau de l’existence reste éternellement fidèle à lui-même. Chaque moment commence l’existence, autour de chaque ici se déploie la sphère là-bas. Le centre est partout. Le sentier est tortueux". Ainsi parlait Zarathoustra « le convalescent

NIETZSCHE évoque le fait d’une impasse qui peut nous ramener à la foi. Tous les chemins ont été explorés et l’éternel retour cloue notre destin sans libération possible, la mort de Dieu qui fait naître l’idée du surhomme ne suffit pas car l’éternel retour anéanti tout.

NIETZSCHE finalement auto condamne sa philosophie par la thèse de l’éternel retour basée que sur des considérations subjectives et scientifiques  en aucun cas fondées, mais à retenir sur le plan ontologique.

" …Ou court-on quand toute la route a été parcourue ? Qu’advient-il quand toute les combinaisons sont épuisées ? Ne devrait-on pas revenir à la foi ? Peut-être à la foi catholique" ?

"Quiconque refuse de croire à un processus circulaire de l’univers est tenu de croire à un Dieu, souverain absolu " En réalité trop grande était la contradiction entre les deux messages de Zarathoustra….la marche vers le surhumain et le retour éternel, la divinisation de l’homme et son emprisonnement dans l’enchaînement des causes et des effets, l’affirmation d’une autonomie totale au terme de l’effort pour égaler son être et son devoir être, et la réduction de liberté à l’acceptation d’un irrécusable destin.

Il déclare le monde soumis à deux causes extérieures : la haine et l’amour, la discorde et la concorde. Leur lutte n’aura pas de fin, le monde ordonné provient de l’opposition de ces deux instincts opposés, sans qu’intervienne jamais une pensée un nous qui le soumettrait à une loi. C’est pourquoi le mal ne saurait disparaître.

Cet éternel retour effectivement s’applique aux hommes mais ne peut être considéré comme universel, c’est pourquoi le surhomme ne peut être qu’une utopie, c’est la découverte de notre état ontologique profond. Pourtant la société moderne avec tous ses travers mènent une lutte consciente ou pas pour créer un nouvel homme. Rien de permanent dans ce monde, terrible constat. Ainsi une fois cela compris, l’homme est maître de son histoire, mais effectivement l’éternel retour ontologique entrave le processus d’avènement d’un nouvel homme ou surhomme.

Rien de permanent dans ce monde, terrible constat " on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve". Après avoir lu HERACLITE NIETZSCHE écrit : "le monde unique qu’il a observé, ce monde défendu par des lois éternelles et non écrites, animé du flux et du reflux d’un rythme d’Airain, ne nous montre rien de permanent, rien d’indestructible dans son flot".

C’est sous l’effet d’un semblable tremblement de terre que ZARATHOUSTRA sera précipité à terre et privé de conscience devant ses animaux stupéfaits, le sol a chancelé sous ses pieds quand s’est imposé à lui la certitude terrible et ahurissante du Retour Eternel.

" Qui ne comprend pas à quel point l’histoire est lourde de violences, de brutalités, combien elle est absurde, ne pourra pas davantage comprendre qu’il lui appartient par son impulsion propre de donner un sens à l’histoire".

" Dans le temps où nous vivons il n’y a pas de place pour le grand homme, le médiocre s’impose dans une société de plus en plus orientée vers la production »…Le type d’un tel homme c’est pour NIETZSCHE, le journaliste à l’affût de la dernière nouvelle, du reportage sensationnel, à la différence de l’artiste, du génie ou du saint dont le regard embrasse l’avenir, qui fait sienne la totalité de la condition humaine, il se confine dans l’étroit moment historique".

C’est à Sorrente, quand WAGNER se fut éloigné, à Ischia où il vint à plusieurs reprises chercher l’oubli, que NIETZSCHE découvrit sans doute que « créer est la grande délivrance de la douleur, et l’allègement de la vie afin que naisse le créateur, il faut beaucoup de douleurs et de métamorphoses.

" Si Dieu est mort, dira DOSTOVIESKI, tout est permis". Toutefois il lui faudra affronter les abîmes, vaincre en lui l’ennemi de toujours, l’homme faible à la recherche d’alibis et de prétextes, l’homme à la conscience tordue et malheureux, l’homme de labyrinthe et du souterrain. Certes sa vie désormais sera une vie dangereuse.

 

Conclusion

" Tandis que l’homme né noble (empreint de franchise et de naïveté) l’homme du ressentiment n’est ni franc, ni naïf, ni loyal envers lui-même. Son âme louche, son esprit aime les recoins, les faux-fuyants et les porte dérobées…C’est là qu’il retrouve son monde, sa sécurité, son délassement, il s’entend à garder le silence, à ne pas oublier, à attendre, à se rapetisser provisoirement, à s’humilier. Une telle race composée d’hommes du ressentiment finira nécessairement par être plus prudente que n’importe quelle race aristocratique, aussi honorera-t-elle la prudence sans réserve ni restriction tandis que chez les hommes de distinction la prudence prend facilement un certain vernis de luxe et de raffinement".

Le principal mérite de NIETZSCHE a été de voir que l’homme reste un être inachevé, situé à mi-chemin encore de l’inconscience et de la conscience, à peine émergé du monde animal.

NIETZSCHE reste un philosophe ambigüe, pragmatique il veut éradiquer ce qu’il nomme les arrières-mondes, la mort de Dieu est l’idée forte, provocatrice. Le surhomme est la suite naturelle à la fin des arrières-mondes, mais cela a-t-il un sens ? L’homme est aussi un être métaphysique.

Le surhomme n’est probablement qu’un pont permanent entre l’animalité et les hauteurs de l’esprit. L’éternel retour ne résiste pas à la rigueur scientifique et sa base philosophique n’a de sens qu’ontologiquement et non universellement.

Il faut toucher du doigt nos faiblesses, inhérentes à notre état d’humain assujetti à la finitude. Tel HEGEL le maître et l’esclave sont très présents chez NIEZTSCHE avec cette aversion du ressentiment quitte à le combattre à coups de marteau.

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