lire et philosopher pour vivre

20 juillet 2019

"L'Ile d'Arturo" Elsa Morante

 

 

ARTURO

 

Un roman intimiste, dans un univers étrange. Tout se passe sur une île italienne Procida près de Naples. Le choix d’une île n’est pas un hasard, une vie en dehors des autres, rempliée sur soi, permettant de mettre en exergue plus vivement les sentiments.

Le héros Arturo enfant, puis adolescent. Il vit sur cette île, avec un père peu présent, idéalisé dans un premier temps, puis détesté. Arturo doit se construire seul, et sa vie basculera lorsque son père épousera une jeune fille proche de son âge. De la détestation des femmes qu’on lui a transmis dès le plus jeune âge, il tombera néanmoins amoureux de la femme de son père.

Ce père absent, insensible, abandonnera toute intervention, sa vie est ailleurs. Arturo est englué dans un labyrinthe psychologique terrible. La jeune femme de son père aura un fils, demi-frère d’Arturo. Perturbé, il va s’émanciper et finira par quitter l’île, peut-être la métaphore d’une transformation intérieure, l’île et Arturo ne faisant qu’un.

Le temps s’est arrêté, les personnages semblent hors du monde. Un roman fort, à lire absolument.

" Moi aussi, me disais-je, un jour ou l’autre, j’embrasserai un être humain. Mais qui sera-ce ? Quand ?, qui choisirai-je, la première fois ? Et je me mettais à penser à diverses femmes qui j’avais vues dans l’île, ou à mon père, ou à un idéal et futur ami. Mais ces baisers, quand je ne les imaginais, me semblaient tous insipides et sans valeur. A tel point que, par une sorte de conjuration, voulant en espérer de plus beaux, je les refusais tous, encore que seulement par la pensée. Il me semblait que l’on ne pouvait jamais connaître le vrai bonheur des baisers s’ils avaient fait défaut les premiers, le plus gracieux, les plus célestes : ceux de la mère. "

"Le fait est qu’en général, j’étais trop amoureux de l’amour… "

MORANTEElsa Morante

 

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08 juin 2019

"L'Iliade" d'Homère

 

Iliade

L’Iliade est un texte qui couvre les 10 dernières années de la guerre de Troie. C’est un texte épique, poétique, mythologique, pour la première fois complet au 8ème siècle avant JC. Les acteurs sont des dieux et des humains. C’est une épopée légendaire attribuée à Homère. L’Iliade viendrait d’Ilion l’autre nom de la ville de Troie. Le poème est composé de 24 chants.

L’Iliade est un mythe qui repose sur la mort de PATROCLE guerrier grec ami d’ACHILLE.

Sur la mort d’HECTOR fils de PRIAM et de la reine HECUBE, héro troyen de la guerre de Troie, il est tué par ACHILLE qui veut venger la mort de PATROCLE, enfin sur la chute de Troie.

Les vers choisis sont des hexamètres, symbole de déséquilibre en comparaison des alexandrins.

L’origine de cette guerre, PARIS prince de Troie, fils cadet du roi PRIAM et d’HECUBE, frère d’HECTOR et de CASSANDRE, enlève HELENE femme de MENELAS. Le récit s’intensifie lorsqu’ACHILLE, choqué par la mort de son ami PATROCLE rentre dans une colère terrible que Zeus reconnaîtra et soutiendra. ACHILLE fait l’histoire.

A5255ACHILLE se lamentant sur la mort de PATROCLE

 

L’Iliade est un récit mythologique, c’est-à-dire qui rassemble les mythes en une unité recherchant des causes jusqu’aux causes premières. La première grande mythologie est la théogonie d’HESIODE. En mythologie les causes premières sont toujours deux, antagonistes (ciel terre, hommes dieux…).

 

Extrait du Chant VIII, ZEUS assoit son autorité et s’adresse aux dieux dans un discours fort

« L’aurore au voile de safran se répandait sur toute la terre

ZEUS foudre-amère réunit une assemblée de dieux.

Sur le sommet le plus haut de l’Olympe aux mille têtes.

Il leur parla, et tous les dieux l’écoutaient.

Ecoutez-moi, vous tous, dieux, vous toutes déesses.

Je vais vous dire ce qu’en moi mon cœur m’ordonne.

Que nulle divinité, femelle ou mâle,

N’essaie de s’opposer à mon dire, mais tous

Cédez, pour qu’au plus vite j’en finisse avec ces affaires.

Celui que je verrai, à l’écart des autres, volontairement,

Aller porter secours aux Troyens ou aux Danéens,

Battu hors de toute mesure il reviendra à l’Olympe.

Ou je le jetterai dans le brouillard du Tartare,

Très loin, là où le gouffre est le plus profond sous la terre.

Vous saurez que je suis le plus fort de tous les dieux.

Allez, essayez donc, dieux, et instruisez-vous.

Suspendez au ciel une chaîne d’or

Prenez-là en main, vous tous dieux, vous tous déesses ;

Vous ne tirerez du ciel sur la plaine

ZEUS le maître suprême, même en vous donnant du mal.

Mais si je voulais franchement tirer,

Je vous emporterais avec la mer et avec la terre ;

Je l’attacherais, et tout flotterait dans l’air.

Voilà comment je surpasse les dieux et les hommes.

Il dit, et tous demeuraient en silence,

Emerveillés par sa parole, la harangue avait été dure.

La philosophie ne fait pas partie de l’Iliade, car il y a absence de cause unique. La philosophie va chercher à faire sortir le multiple de l’un. Les dieux interviennent et se comportent comme des humains. La violence est quasi constante, mais il y a de rares exceptions, les obsèques de PATROCLE, d’HECTOR, la création du bouclier d’ACHILLE. Ce dernier texte est marqué par l’absence de dieux, et une joie de vivre, un interlude à la violence ambiante.

 

Le bouclier d’ACHILLE chant 18

« Il fait d’abord un grand bouclier, et solide,

Bien décoré partout, il y fixa une brillante bordure,

Triple, rayonnante, et un baudrier d’argent.

Le bouclier était fait de 5 plaques, il y mit

Pour l’orner plus d’un motif, par son grand savoir.

Il fit la terre et le ciel et la mer,

Le soleil infatigable et la lune en sa plénitude,

Et tous les signes qui étoilent le ciel,

Pléiades, Hyades, et la vigueur d’Orion,

L’Ourse qu’on appelle aussi chariot,

Qui tournant sur elle-même, surveille Orion,

Et seule n’a point part aux bains dans l’océan.

Il fit deux villes d’hommes éphémères

Belles. Dans l’une un mariage et un festin.

Les filles sorties de leurs chambres, à la lueur des torches,

On les menait par la ville, et l’on chantait partout « Hyménée »

Les garçons dansaient, tourbillonnants, pour eux,

Flûtes et cithares résonnaient. Les femmes,

Debout chacune sur son seuil, s’émerveillaient… »

Maurice HALBERWACHS écrit : « les lieux sacrés commémorent …non pas des faits certifiés par des témoins contemporains, mais des croyances nées peut-être non loin de ces lieux qui se sont fortifiées en s’y enracinant. »

Pierre VIDAL-NAQUET rappelle que « l’Iliade n’est pas le départ d’une religion, même s’il y a un culte d’HOMERE ce n’est pas le commencement d’un mouvement politique, même si l’on cherche des leçons politiques. C’est un livre. Encore faut-il préciser tout de suite que ce livre ne raconte pas la chute de Troie mais quelques journées de la 10 ème année du siège de la ville, entre la colère d’ACHILLE et les funérailles d’HECTOR. »

Quel est le rôle des dieux dans l’Iliade ?, ils sont là pour mettre les hommes face à leur finitude. Ils rappellent aux hommes que leur temps est compté et qu’il faut éviter de tomber dans l’Ubris.

Les dieux sont violents mais également des ornements poétiques. L’Iliade peut être lue avec un regard philosophique, il est légitime de s’interroger sur la conscience morale, par exemple ACHILLE après sa colère meurtrière, passe à de la compassion avec le père d’HECTOR, PRIAM, il y a là une trajectoire morale, dans le dernier chant PRIAM vient chercher le corps de son fils HECTOR, une humanité s’élève après toute ces violences, un pardon, ACHILLE rend hommage à la figure du père, la paix gagne.

 

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18 mai 2019

" La tresse" Laetitia Colombani

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Trois femmes, trois continents, trois destins.

SMITA, jeune indienne de la caste la plus basse en Inde, condamnée à ramasser les excréments des maisons du village. Elle va se révolter et prendre son destin en main pour essayer d’offrir à sa fille un autre devenir que le sien.

GUILIA, jeune sicilienne de 20 ans qui va sauver l’entreprise familiale de fabrique de perruques.

SARAH, une jeune avocate canadienne brillante à l’avenir tout tracé, va être confrontée à la maladie source de discrimination, d'humiliation, d’exclusion.

SMITA symbolise le courage, le statut de la femme en Inde, la révolte.

GULIA aura l’intelligence de s’adapter au monde en transgressant les codes locaux, elle aussi fera preuve de courage. C’est une rencontre providentielle qui l’aidera, un véritable signe du ciel.

SARAH,  au statut privilégié va réapprendre à vivre, et réorienter ses priorités, combattre pour survivre, un véritable parcours initiatique.

A travers ces vies un lien visible, et des liens invisibles.

Ce magnifique roman nous enseigne que tous nous œuvrons sans toujours le savoir au bonheur d’autres humains.

laetitia_colombaniLaetitia Colombani

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26 avril 2019

"La Présence pure" Christian BOBIN

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En poésie, ma règle, peu de commentaires, c’est le cœur qui parle, l’intériorité qui jaillit.

Je viens de lire « la présence pure » de Christian BOBIN.

J’ai retenu des passages, ce qui à mon sens revient à faire émerger également mon intériorité de lecteur. J’ai été particulièrement ému par le texte présence pure dans lequel  Christian BOBIN évoque la maladie d’Alzheimer de son père.

 L’autre visage,

Visite dans un autre monde, un monde de profondeur humaine.

« Chez nous la parole n’est pas comme chez vous une partie de monde, une île déserte dans l’océan du silence. »

« Quand l’un d’entre nous est atteint de langueur, il va chez son ami, c’est-à-dire chez le premier venu, car tous ici sont frères et sœurs. »

« Nous ne punissons pas le criminel, nous l’aidons à rétablir en lui sa respiration naturelle. »

« Chez nous pas de sagesse, pas de folie. »

« Innombrables les sentences de vos sages, inépuisables les proverbes de vos fous. »

« Chez nous le contraire de la folie ce n’est pas la sagesse, mais la joie. »

« Qui essuie la lumière avec un chiffon sale ? La folie. »

 

Mozart sous la pluie,

Le poète montre la vérité de l’être, notre nature pure à retrouver.

« Il y a beaucoup de souffrance dans le monde et il y a en quantité égale, beaucoup d’enfance. »

« Elle m’a écrit qu’elle souhaitait trouver dans les livres autant de miracles que de ces voyages où il ne se passe rien. »

« Pour perdre une chose, encore faut-il auparavant l’avoir possédé. Nous n’avons rien eu à nous dans cette vie, jamais rien à perdre, rien d’autre à faire que chanter… »

 

Un désordre de pétales rouges,

Humilité, espoir, dans ce beau texte.

« Je crois que c’est une infirmité d’époque, une infirmité profonde, une infirmité grave que de se croire supérieur à ce dont on parle. »

« Il y a toujours quelqu’un aux côtés du solitaire, une présence sur laquelle il appuie en secret chacune de ses phrases, une lumière unique et nécessaire. »

 

L’équilibriste,

Dialogue avec un homme cheval poético-philosophique.

« Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons. Dieu merci, le printemps vient parfois remettre du désordre dans tout ça, nous découvrons que nous n’avons rien eu à nous et cette découverte est la plus joyeuse que je connaisse. »

 La présence pure,

Magnifique texte sur la maladie d’Alzheimer.

 « La bête qui ronge leur conscience leur en laisse assez pour qu’ils connaissent, par instants, l’horreur d’être là. »

« Il est impossible de protéger du malheur ceux qu’on aime : j’aurai mis longtemps pour apprendre une chose aussi simple. Apprendre est toujours amer, toujours à nos dépens. Je ne regrette pas cette amertume. »

« Hier après-midi, en voyant mon père, j’avais 86 ans. Un peu plus tard, en regardant un nouveau-né, j’avais deux mois et des poussières. J’ai toujours le même âge que ceux que je rencontre. »

« La vérité vient de si loin pour nous atteindre que, lorsqu’elle arrive près de nous, elle est épuisée et n’a presque plus rien à nous dire. Ce presque rien est un trésor. »

« Ceux qui ont très peu de jours et ceux qui sont très vieux sont dans un autre monde que le nôtre. En se liant à nous ils nous font un présent inestimable. »

 Le Christ aux coquelicots,

Aphorismes poétiques rendant hommage au Christ.

« Même les plus beaux livres ne changent pas les gens, ils ne changent que leur auteur. »

christian_bobin_0Christian BOBIN

 

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21 avril 2019

"Le grand marin" Catherine Poulain

 

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Un livre que je qualifierai de violent psychologiquement. La vie de pêcheurs dépeint par le prisme du désespoir et de la dureté quotidienne. Une jeune femme au tempérament très indépendant quitte sa famille pour aller pêcher en Alaska, son souhait le plus profond.

Elle réussira à embarquer, et décrira dans un style très réaliste ses premiers jours sur le chalutier. Corps brisé, moral détruit. On se relève, on repart. A terre, l’alcool, le vide dans l’attente d’un nouveau départ, mais surtout l’alcool toujours l’alcool seule distraction. Pas d’amour, pas d’amis ou alors de circonstances, une vie délabrée, violente, un travail destructeur mais aimé.

Notre héroïne trouvera l’amour, disons un sentiment d’amour avec Jude le grand marin, mais elle veut avant tout rester libre. Le grand marin dur à la tâche, alcoolique, ils unissent leurs solitudes le temps d’une escale, puis se séparent espérant se retrouver ce qui ne sera jamais le cas.

Le livre est prenant, bien écrit, mais plonge le lecteur dans un microcosme pesant.

C’est le premier livre de Catherine Poulain, peut-être un peu autobiographique, c’est une réussite.

 

catherine-poulain-lemotion-des-gens-de-merCatherine POULAIN

 

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08 avril 2019

"L'endroit du paradis" Clément ROSSET

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Dernier ouvrage de Clément ROSSET avant sa mort. Une tentative d’analyse et de description de la joie de vivre et d’exister. Il utilise trois angles de réflexion très pertinent.

Le bouclier d’Achille. (L’Iliade Homère)

« Les raisons qui nous expliqueraient pourquoi la vie est désirable, voire infiniment désirable, ont toujours manqué à l’appel où n’ont avancé que des motifs incompréhensibles et opaques. 

Le récit homérique est d’ordre épique, rapporte des faits imaginaires et volontiers extraordinaires, ne serait-ce que par le rôle qu’y jouent les dieux. Tandis que ce que raconte le bouclier d’Achille est le récit de la vie, de la vie réelle, de la vie des hommes. »

Marcel CONCHE explique : ce que le décor du bouclier nous offre c’est une image du bonheur. »

« Ce bonheur est essentiellement humain (il ne concernait pas les dieux)  s’il évoque un paradis, c’est le paradis d’ici et non celui de l’au-delà, c’est en un mot le paradis terrestre. »

Avant ou parallèlement à cette recherche du bonheur, il faut s’interroger sur la transcendance, mais également ici et maintenant sur les meilleures façons de le trouver, de l’apercevoir, de le vivre quand c’est possible.

Dans l’Iliade, récit épique violent où dieux et mortels jouent une partition de vie et de mort, C.ROSSET s’appuie sur la mise en lumière de Marcel CONCHE, c’est au moment du décor du bouclier d’Achille que la guerre est mise entre parenthèse, les dieux absents, des hommes réalisent ce décor paisiblement, unies autour d’un projet artistique, concentrés uniquement sur leur réalisation. Moment de bonheur, aperçu du paradis terrestre. 

Tout cela nous dit quoi ? Les luttes avec des dieux comme arbitres suscitent les guerres, les divisions. Les hommes sans projet, sans envie ou possibilité de dépassement, se jettent plus facilement dans la violence. Cet exemple évoque aussi la prise en compte des choses simples qui élèvent également l'homme. Il faut donner un sens à la vie, il y a un sens à la vie. Identifié, il peut apporter la joie de vivre.

 

La guerre et la paix.

« La violence a toujours tort, seule la paix a raison et finit par l’emporter. La guerre a certes toujours le dessus, mais seulement jusqu’à ce qu’elle soit supplantée par la paix. La paix n’est cependant pas la joie de vivre, mais une occasion favorable qui la rend possible.

La paix n’est pas exactement le contraire de la guerre, pas plus que la joie ne signifie la cessation d’une tristesse. La colère, l’homme désire s’abandonner à (ce miel si doux Livre 18 Iliade) ce qui lui ôte tout jugement et s’empare de lui sans qu’il puisse y résister. Mais c’est la tentation du pire.

Pour que la joie de vivre puisse un tant soit peu s’exprimer il faut la paix. La paix finit toujours par gagner, mais à quel prix parfois. Ce constat est valable au quotidien. Vivre en paix favorise la joie de vivre. Des incivilités, des voisins bruyants, des personnes agressives, …sont autant de petites guerres qui génèrent l’agitation et empêchent l’éclosion de cette joie.

Le balancier guerre paix dans le macrocosme comme dans le microcosme est la mesure de la joie de vivre. L’après-guerre en 1946 a laissé place à une paix enthousiasmante où la joie de vivre, d’exister, était très présente.

Mais hélas, l’homme ne peut conserver de façon permanente cet état, au fil du temps la joie de vivre s’échappe, le balancier est permanent.

 L’offrande musicale.

« La musique provoque des sentiments, elle ne les exprime pas » écrit Alexandre TANSMAN ami compositeur et biographe de STRAVINSKY.

« Le héros légendaire de la Grèce, Orphée chanteur, sorte de demi-dieu invite et contraint l’ensemble des êtres vivants à abandonner tout soucis. Orphée est donc le guérisseur (provisoire) de tous les malheurs. Mais uniquement par son chant. Une fois celui-ci interrompu, l’enchantement s’achève.

La musique peut séduire, mais c’est par l’effet d’une jouissance qui n’est pas mesurable en fonction des qualités qui spécifient ordinairement une représentation.

On pourrait peut-être distinguer trois musiques : celle qui rend gai et heureux, celle qui rend plus ou moins mélancolique, enfin la musique révoltée contre le drame de la vie, une musique qui disqualifie la joie.

De tous les arts, celui qui s’inscrit dans un réel brut, que nous prenons en plein visage, c’est la musique. Seule durant son existence, et uniquement durant ce moment, elle influe sur ceux qui la reçoivent.

Elle fait ressortir de nos profondeurs des joies, des tristesses, mais elle est en dehors du processus. Son exécution, rien avant, rien après ne compte. Elle guérit, exacerbe, agit toujours provisoirement.

La musique un monde parallèle, un langage entre Dieu et les hommes, entre les hommes, sans parole.

« La musique, quoi qu’on en attende n’évoquera jamais rien, pas même le texte dont il lui arrive de se servir comme d’un prétexte à ne rien dire. »

« La musique, une offrande c'est-à-dire une offre paradoxale qui donne sans rien donner, qui réjouit infiniment sans fournir pour autant le moindre motif de réjouissance. »

C’est la musique qui est le maître du moment, réel immédiat, entier.

838__abr5593_copie_copieClément ROSSET

 

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17 mars 2019

"A la ligne" Joseph PONTHUS

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« A la ligne » un texte de Joseph PONTHUS, qui nous fait vivre le travail à l’usine d’une manière très réaliste, avec une philosophie simple, transparente, sans ressentiment. La vie est difficile, mais on ne se plaint pas, on travaille dur, on survole une vie privée peu présente, mais intense car on sait profiter des rares bons moments.

                        « Ma vie n’aurait jamais été la même

                           sans la psychanalyse.

                           Ma vie ne sera jamais la même

                          depuis l’usine                       

        l’usine est un divan »

 

C’est un texte poétique, une chronique sociale qui nous fait comprendre que pour parler du travail d’usine, il faut y aller soi-même. De l’usine de poissons aux abattoirs on fait le travail, on gagne sa vie, on peine, on ne parle pas de lutte sociale, salaire, ce n’est pas le sujet.

 

                        « L’usine est

                           Plus que tout autre chose

                           un rapport au temps

                          Le temps qui passe

                           Qui ne passe pas

                          Eviter de trop regarder l’horloge

                   rien ne change des journées

                                                                                 précédentes. » 

C’est une description dans le détail des tâches répétitives, éprouvantes pour le physique, mais pour Joseph l’esprit est là. C’est un homme de lettre, cultivé, qui travaille à l’usine car rien d’autre ne s’offrait à lui dans la région mais il en est fier, c’est un homme courageux.

 

                        « L’usine bouleverse mon corps

                           mes certitudes

                           Ce que je croyais savoir du travail et

                          du repos

                          de la fatigue »

 

C’est ainsi qu’il tient, c’est ainsi qu’il donne un sens à sa vie. On chante pour tenir, on a des airs dans la tête.

 

                        « Dès qu’on rentre dans l’usine c’est la

                           Nuit

                           Ces néons

                           l’absence de fenêtres dans tous nos

                           immenses centres d’ateliers

                           une nuit qui va durer 8 heures

                           De travail minimum. »

On se lève très tôt, l’homme s’endurcit, résiste, combat, chevalier du pain quotidien. Il se révolterait bien je n’en doute pas car «  est-ce ainsi que les hommes vivent » ? Pas possible, une nouvelle semaine commence, une nouvelle journée, les heures de labeurs, clopes, cafés petites pauses, cadence, rendement, rentrer, repos, apercevoir sa femme, promener le chien, dormir, repartir.

                        « L’usine m’a apaisé comme un divan

                           si j’avais eu à devenir fou

                           c’eût été dès les premiers jours

                           crevettes aux poissons panés à

                           l’abattoir

                           c’eût été la nuit du tofu

                           la fin de l’usine sera comme la fin de l’analyse »

josephponthusJoseph Ponthus

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09 mars 2019

"Sérotonine" Michel HOUELLEBECQ

 

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Un nouveau roman très noir, limite malsain, mettant en scène l’auteur et ses visions très sombres de l’humanité, marquant un fort dégoût de lui-même. Que nous soyons sur un registre d’à peu près vérité où d’imagination, il n’en demeure pas moins que le lecteur peut s’interroger sur la personnalité trouble de monsieur HOUELLEBECQ.

… « je m’aperçois que j’avais eu raison à l’époque, les filles sont des putes si on veut, on peut voir de cette manière, mais la vie professionnelle est une pute bien plus considérable, et qui ne nous donne aucun plaisir. »

La dégradation de l’individu, le refus de l’amour, l’obsession du sexe, le désir suicidaire, le désir meurtrier, l’alcoolisme, rien de beau, pas un espace de ciel bleu, glaçant du début à la fin. Même si je peux comprendre le désarroi que l’on peut ressentir en observant les hommes, je regrette un livre qui finalement n’apporte rien, voire contribue à la noirceur ambiante. CIORAN, SCHOPENHAUER, sont des philosophes auxquel HOUELLEBECQ pourrait se référer, mais nous ne sommes pas dans l'espace philosophique, ni romanesque, nous évolouons dans un sous-sol mal éclairé, sans espoir d'apercevoir la moindre lumière naturelle.

« Les hommes en général ne savent pas vivre, ils n’ont aucune vraie familiarité avec la vie, ils ne s’y sentent jamais tout à fait à leur aise aussi poursuivent-ils différents projets plus ou moins ambitieux, plus ou moins grandioses, c’est selon, en général bien entendu ils échouent et parviennent à la conclusion qu’ils auraient mieux fait, tout simplement de vivre mais en général aussi il est trop tard. »

« Décidément on ne peut rien à la vie des gens me disais-je, ni l’amitié ni la compassion, ni la psychologie ni l’intelligence des situations ne sont d’une utilité quelconque, les gens fabriquent eux-mêmes le mécanisme de leur malheur, ils remontent la clef à bloc et ensuite le mécanisme continue de tourner inéluctablement. »

« Les gens n’écoutent jamais les conseils qu’on leur donne, et lorsqu’ils demandent des conseils c’est tout à fait spécifiquement afin de ne pas les suivre, afin de se faire confirmer, par une voix extérieure, qu’ils se sont engagés dans une spirale d’anéantissement et de mort, les conseils qu’on leur donne jouent pour eux exactement le rôle du chœur tragique, confirment au héros qu’il a pris le chemin de la destruction et du chaos. »

Nous pouvons nous demander si l’auteur n’y prend pas un plaisir ce qui, pour le coup, serait très déviant.

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03 février 2019

Philosophons ce soir avec Jean-Jacques ROUSSEAU

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"Le bonheur est un état permanent qui ne semble pas fait ici bas pour l'homme. Tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d'y prendre une forme constante. Tout change autour de nous. Nous changeons nous-même et nul de peut s'assurer qu'il aimera demain ce qu'il aime aujourd'hui. Ainsi tous nos projets de félicité pour cette vie sont des chimères. Profitons du contentement d'esprit quand il vient, gardons nous de l'éloigner par notre faute, mais ne faisons pas des projets pour l'enchaîner, car ces projets-là sont de pures folies.

J'ai vu peu d'hommes heureux, peut-être point, mais j'ai souvent vu des coeurs contens, et de tous les objets qui m'ont frappé c'est celui qui m'a le plus contenté moi-même. Je crois que c'est une suite naturelle du pouvoir des sensations sur mes sentiments internes. Le bonheur n'a point d'enseigne extérieure, pour le connaître il faudrait lire dans le coeur de l'homme heureux, mais le contentement se lit dans les yeux, dans le maintien,dans l'accent, dans la démarche,et semble se communiquer à celui qui l'aperçoit. Est-il une jouissance plus douce que de voir un peuple entier se livrer à la joye un jour de fête et tous les coeurs s'épanouir aux rayons suprêmes du plaisir qui passe rapidement mais vivement à travers les nuages de la vie ?"

Le rêveries du promeneur solitaire 9ème promenade.

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24 janvier 2019

J'ai lu ce soir:"L’Âne et ses Maîtres" La Fontaine

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L'ÂNE ET SES MAITRES

L'Âne d'un Jardinier se plaignait au Destin 
De ce qu'on le faisait lever devant l'aurore. 
Les Coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin ; 
             Je suis plus matineux encor. 
Et pourquoi ? Pour porter des herbes au marché. 
Belle nécessité d'interrompre mon somme ! 
             Le sort de sa plainte touché 
Lui donne un autre Maître ; et l'Animal de somme 
Passe du Jardinier aux mains d'un Corroyeur. 
La pesanteur des peaux, et leur mauvaise odeur 
Eurent bientôt choqué l'impertinente Bête. 
J'ai regret, disait-il, à mon premier Seigneur. 
             Encor quand il tournait la tête, 
             J'attrapais, s'il m'en souvient bien, 
Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien. 
Mais ici point d'aubaine ; ou si j'en ai quelqu'une
C'est de coups. Il obtint changement de fortune, 
             Et sur l'état d'un Charbonnier 
             Il fut couché tout le dernier. 
Autre plainte. Quoi donc, dit le Sort en colère, 
             Ce Baudet-ci m'occupe autant 
             Que cent Monarques pourraient faire. 
Croit-il être le seul qui ne soit pas content ? 
             N'ai-je en l'esprit que son affaire ? 

Le Sort avait raison ; tous gens sont ainsi faits : 
Notre condition jamais ne nous contente : 
             La pire est toujours la présente. 
Nous fatiguons le Ciel à force de placets.
Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête, 
             Nous lui romprons encor la tête.

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