lire et philosopher pour vivre

28 octobre 2018

Philosophons ce matin avec Arthur Schopenhauer

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Le bonheur et la sagesse selon Arthur Schopenhauer

Arthur Schopenhauer a tenté d’approfondir la philosophie pratique de Kant dans ses Aphorismes sur la sagesse dans la vie. Dans cette sorte de bréviaire de sagesse moderne, Schopenhauer emprunte autant aux Anciens (Sénèque, Epictète, Epicure) qu’aux Modernes (Kant, Fichte).

Schopenhauer et les 3 critères du bonheur : l’être, l’avoir, l’apparaître.

Schopenhauer affirme que 3 conditions expliquent les différences de bonheur entre les hommes :

1/ – ce que l’on est : la personnalité (le critère les plus important)

2/ – ce que l’on a : avoirs et la richesse (un minimum de possessions est nécessaire pour être heureux)

3/ – ce que l’on représente : notoriété, rang, honneur.

1/ Ce que l’on est.

La santé est la condition sine qua non du bonheur. L’être est ce qui importe le plus “nous nous accompagnons nous-mêmes tout au long de la vie” (contrairement aux richesses ou à la réputation qui peuvent changer).

Schopenhauer distingue deux types d’hommes : l’homme normal et l’homme intellectuel.

– Pour l’homme normal, la vie consiste à passer le temps, à accroître sa richesse extérieure. Or, cette dernière est éphémère, donc sa vie est une éternelle insatisfaction. Il se concentre sur les forces reproductives (manger, sexualité) et les jouissances de l’irritabilité (voyages, guerre). Autrement dit, l’homme normal se fuit, il vit en dehors de lui-même.

– Pour l’homme intellectuel, la vie est solitude choisie, source d’enrichissement intérieur, il se “suffit à lui-même” et n’a rien à attendre d’autrui. Ses activités sont celles de la sensibilité : penser et contempler font que “son centre de gravité tombe en lui-même

2 / Ce que l’on a.

L’homme intellectuel doit avoir très peu de choses car :

– il a appris à restreindre ses désirs

– l’absence de travail lui laisse le loisir de penser

L’homme normal fonde sa vie sur l’accumulation, sur le travail qui lui permet de chasser l’ennui

3/ Ce que l'on représente.

Chacun cherche à éviter le dédain ou l’humiliation, à obtenir l’opinion favorable d’autrui. C’est pourquoi l’opinion d’autrui est nuisible à notre bonheur. L’homme sage doit faire la part entre la valeur qu’il est en lui-même et la valeur qu’autrui lui attribue.La vanité est la base de cette volonté de reconnaissance. Le bonheur n’est pas à chercher dans la considération d’autrui car il s’agirait d’un bonheur externe, fluctuant, éphémère.

Pour échapper à autrui, le sage doit vivre seul, dans l’orgueil de sa propre valeur.

La définition du bonheur chez Schopenhauer : Une morale de l’ascèse.

Le bonheur, selon Schopenhauer, se mesure aux maux que l’on a évités, et non aux plaisirs que l’on a goûtés. Il ne faut pas vivre heureux, mais le moins malheureux possible, donc, la définition du bonheur chez Schopenhauer est par conséquent négative (cf. les stoïciens) :

– “L’erreur est infiniment moindre chez celui qui, d’un oeil trop sombre, considère ce monde comme une espèce d’enfer et n’est occupé qu’à s’y procurer un logis à l’épreuve des flammes

 

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24 octobre 2018

"Pêcheur d'Islande" Pierre Loti

 

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Un roman de Pierre LOTI que je viens de relire avec plaisir. Cette Bretagne du bout du monde et ses pêcheurs ayant la mer comme femme et leur femme comme maîtresse.

Les pêcheurs d’Islande partent la moitié de l’année pour une pêche fructueuse dans les mers du nord. Un voyage périlleux, parfois sans retour. Un travail qui se transmet de père en fils. Les femmes dévouées, seules, vivent dans l’attente et l’espérance.

« Il allait chaque année faire la grande pêche dangereuse dans ces régions froides où les été n’ont plus de nuits. »

Gaud est amoureuse de Yann ? ils ne s’avouent leur amour que tardivement. Il l’épousera avant son départ. « Quelle chose singulière et inattendue, ce grand garçon avec ses allures désinvoltes, son aspect terrible toujours traité chez lui en petit enfant et trouvant naturel ayant connu le monde, toutes les aventures, tous les dangers, et conservant pour ses parents, cette soumission respectueuse absolue. »

A sa mère : … « Soumis plus qu’un enfant pour les petites choses de la vie, il était depuis longtemps son maître pour les grandes, échappant à toute pression avec une indépendance tranquillement farouche. »

Un roman poétique, une ambiance dur, des destins cruels, une vie particulière que celle des pêcheurs d’Islande.

Pierre LOTI relate une histoire simple nous restituant un univers où la mer fait vivre à son rythme et à son humeur les hommes et les femmes unies à elle.

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01 octobre 2018

"Le double" Fédor DOSTOÏEVSKI

 

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Mr GOLIADKINE petit fonctionnaire Saint pétersbourgeois, remarque lors d’un trajet quotidien pour se rendre à son travail, un homme devant lui qui lui rappelle quelqu’un. Cet homme empreinte le même chemin que Mr GOLIADKINE et  habite dans le même immeuble.

Chose encore plus cocace, il rentre comme s’il était chez lui dans l’appartement de Mr GOLIADKINE. Eberlué, médusé, Mr GOLIADKINE le suit jusque dans sa chambre où ce –dernier s’installe. La surprise est grande quand, Mr GOLIADKINE découvre le visage de cet inconnu qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, un autre lui-même !!

Ainsi deux GOLIADKINE se superposent, le « jeune » et « l’aîné ». Très vite l’impression d’un roman policier nous quitte, nous entrons très rapidement dans une histoire construite autour d’un récit clinique précis de psychose paranoïaque.

Le roman nous dépeint Jacob PIETROVITCH GOILIADKINE qui sombre au fil des pages dans un délire paranoïaque de plus en plus prégnant. Des scènes fortes décrivent la pathologie galopante de Mr GOLIADKINE, le comportement au bureau, le bal auquel il n’est pas invité, son comportement avec son valet.

Ce roman est une remarquable étude clinique à trois GOLIADKINE le « jeune », GOLIADKINE « l’aîné », l’auteur, qui dans l’ensemble de son œuvre a toujours fait fonctionner les ressorts profonds, « souterrains » de l’homme.

André GREEN dans la préface du livre écrit :

« Tout écrivain est double à plusieurs sens. Il y a sans doute plus de vérité dans ce double que dans les traités de psychiatriques de l’époque. Le double affirme ainsi notre destin d’être divisé, entre l’image que nous souhaiterions, et celle que nous renvoie notre alter égo méconnu. »

 

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16 septembre 2018

"La verge noire" Odile Avril

 

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Il a fallu une rencontre dématérialisée, improbable pour que je m’intéresse à une forme de littérature que je ne côtoyais pas. Aujourd’hui, je suis ravi de publier un billet sur cette nouvelle ou novella de « Mémoire du Temps »

Odile nous plonge dans un univers de science-fiction loufoque auquel on ne croit pas mais dont on ne peut pas se détacher. Originale, bien écrite, cette histoire relève de la métaphore, et offre aux lecteurs à partir de sa légèreté de la profondeur.

L’auteure nous rappelle que nous ne sommes que les locataires de la terre et que la détruire au nom du profit et par bêtise c’est oublier qu’il y a un loyer à payer, un inventaire à faire et qu’une expulsion définitive des lieux est envisageable.

Faire appel à la prise de conscience d’individus motivés que par eux-mêmes, leurs plaisirs immédiats, et mus par la pensée altruiste « après moi le déluge » c’est une tâche très difficile à la mesure de Don Quichotte. Il reste les autres, ceux qui n’y pensent pas ou de temps en temps. Le paiement du loyer doit-on le laisser à nos enfants, petits-enfants ? Peut-on continuer à se mettre la tête dans le sable ?

C’est un thème qui nous concerne tous, les deux extra-terrestres ne sont que nos consciences. Un texte « drôle », philosophique, et moraliste, abordant d’autres thématiques que je vous laisse découvrir et qui nous remémore que nous avons un patrimoine en commun à préserver, et que nous sommes garant de la préservation de la vie.

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07 septembre 2018

"couleurs de l'incendie" Pierre Lemaitre

 

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Un livre prenant faisant suite à l’excellent « au revoir là-haut ». Après cette photographie du retour de la guerre 1914-1918, c’est la société de la crise de 1929, le début du nazisme, que l’auteur prend en toile de fonds du deuxième volet.

Charles PERICOURT meurt, Madeleine sa fille, hérite de son empire, et par son excès de confiance et sa méconnaissance des affaires sera ruinée. Son fils Paul, après un acte désespéré (lors des obsèques de son grand-père), devient avec sa soif de vengeance sa seule raison de vivre.

C’est un roman à la fois historique, le début d’une saga familiale, c’est aussi un ouvrage à suspens en particulier avec le plan machiavélique de Madeleine pour faire tomber ceux qui ont participé activement à sa chute ainsi qu’à celle de Paul. C’est une belle œuvre littéraire, pleines de références avérées et un peu inventées roman oblige, telle la cantatrice, cette Castafiore que Paul admirera tant !

Au fil des pages, une galerie de personnages défile, parlementaires, ouvriers, hommes d’affaires, …évoluant dans une époque de transition, au début de l’avènement d’Hitler.

L’histoire est bien construite, agréable à lire, beaucoup de moments forts, une histoire prenante. Un ouvrage dense, profonds, un tantinet noir. A lire.

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05 août 2018

"Le Petit Prince" Antoine de Saint-Exupéry

 

 

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Le Petit Prince, voilà un livre, une œuvre, à lire et relire. Il s’adresse aussi bien à l’enfant, qu’au philosophe, qu’au poète, à tous. A la fois simple, naïf, et d’une grande profondeur. C’est une leçon de modestie et de beauté, mais aussi de sérieux « …je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère ».

Les hommes se sont éloignés de la vérité, ils sont souvent aveugles,  comptables, rois, vaniteux, allumeurs de réverbères, aiguilleurs … « Les grandes personnes ne comprennent toujours rien toutes seules, et c’est fatiguant pour les enfants de toujours et toujours leur donner des explications. »

 

« Bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous moquons bien des numéros. » Le Petit Prince fustige le monde de la quantité. « Les hommes de chez toi dit le Petit Prince, cultivent cinq milles roses dans un même jardin…et ils n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent…Et cependant ce qu’ils cherchent pourraient être trouvé dans une seule rose… »

Saint EXUPERY condamne la société de la rapidité et de la marchandisation, il en souffre, lui qui connaît le déclin de l’aviation postale, la perte de son monde d’aventure, de courage. « On ne connaît que les choses qu’on apprivoise dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe pas de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. » « Si tu veux un ami apprivoises moi ! »

Le Petit Prince n’est pas vraiment un enfant, pas un homme, pas un ange, mais une belle créature onirique, poétique, un  messager du cœur, un sage qui s’étonne empreint d’une grande pureté. Le Petit Prince ne s’intellectualise pas, il parle à votre intériorité si vous ouvrez vos oreilles profondes.

« Adieu dit le Prince. Voici mon secret. Il est très simple on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »

 

 

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14 juillet 2018

"Vendetta" RJ Ellory

 

 

 

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Un policier prenant, qui vous absorbe petit à petit, très bien structuré. On navigue entre une histoire personnelle et l’histoire de la mafia sicilienne la Cosa Nostra ces cinquante dernières années. Des connexions supposées avec le monde politique, la liberté du romancier, histoire et roman, roman d’abord.

Le bien et le mal toujours présents, l’amour et la mort imbriqués dans une façon de vivre très particulière, déviante. Un roman qui nous entraîne avec le récit d’Ernesto PEREZ dans un monde inconnu, d’une grande violence, où la vie n’a pas de valeur, sans place pour la moindre pitié ou compassion, contre balancé par la présence de l’enquêteur HARTMAN avec ses faiblesses, ses doutes, ses problèmes tellement normaux !Une histoire captivante, qui vous incitera à ne pas lâcher ce livre à la fois lent et rapide avec un final de qualité.

R.J. ELLORY n’écrit que des romans policiers, autodidacte à l’attitude parfois contestable, scientologue, il a reçu plusieurs prix entre 2008 et 2010.

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14 juin 2018

"Les vies de papier" Rabih ALAMEDDINE

 

 

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Prix Femina étranger 2016

Un beau roman, lent, subtil, une photographie de mœurs à Beyrouth, en perspective avec le mode de vie atypique d’une femme essayant d’être libre, après un mariage imposé à 16 ans, le rejet de sa belle-famille, et sa répudiation par son mari.

AALIYA est restée vivre dans l’appartement où elle emménagea après son mariage. Ses rapports avec sa mère remariée et ses deux demi-frères sont difficiles. Elle choisit une vie de solitude et d’indépendance. Depuis l’âge de 14 ans elle traduisait des livres en arabes et lisait beaucoup, se réfugiant dans la littérature et la philosophie.

« La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème ».

L’auteur déroule cette vie minimaliste qu’AALIYA a essayé de bâtir à sa convenance, mettant en place un petit bonheur, invisible d’autrui, et une liberté qui valait de l’or à ses yeux. Le premier acte de cette « émancipation » douce, fut la reprise d’une petite librairie, sans éclat, qui lui offrit le plein univers des livres.

« Moi l’éternelle autodidacte, je me servis de ce magasin pour apprendre ».

Son univers : sa mère, ses trois voisines, ses traductions, ses livres, sa musique, son petit appartement. Elle emprunte à  Rainer Maria Rilke cette pensée  des élégies tirées de Duino : « Je n’aime pas me plaindre, vraiment, je n’aime pas, mais je constate que je me plains souvent. Vieillir c’est se lamenter. »   

Un roman original, ouvrant des réflexions sur l’indépendance, la solitude, la force des livres, la famille, sur ce que l’on peut faire d’une vie.

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30 mai 2018

"4 3 2 1 " Paul AUSTER

 

 

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Un roman rapidement prenant, dense, original. Il faut s’adapter à la manière d’AUSTER de superposer des réalités tant et si bien que le lecteur ne sait plus laquelle retenir. Mais faut-il en retenir une ?

« Tout est parfaitement solide pendant un temps, puis un matin le soleil se lèvre et le monde se met à fondre. »

Le héros, le jeune FERGUSSON, un gosse très doué, très mature, qui nous raconte sa vie, et sa façon de voir les autres. Sa vie prend des orientations différentes, son père vit, son père meurt, son père fait fortune, son père fait faillite. « FERGUSSON n’avait pas encore 5 ans, mais il savait déjà que le monde se composait de deux royaumes, le visible et l’invisible, et que les choses qu’il ne pouvait voir étaient souvent plus réelles que celles qu’il voyait. »

FERGUSSON est sportif, le baseball est son sport, il lit beaucoup, motivé par sa tante Mildred universitaire au caractère bien trempé. Il adore le cinéma, la musique, le roman est truffé de références. « Tout le monde avait dit à FERGUSSON que le vie ressemblait à un livre, une histoire qui commence à la page 1 et qui se déroule jusqu’à la page 204 ou 926, mais maintenant que l’avenir dont il avait tant rêvé changeait, sa notion du temps changeait elle aussi. »

FERGUSSON nous raconte plusieurs petites histoires, liées à une histoire, c’est déroutant parfois, mais également passionnant. Beaucoup de thématiques surgissent au fil des pages : la politique, l’homosexualité, l’écriture, les relations familiales, Laurel et Hardy… FERGUSSON nous envoûte. Il vit plusieurs vie, AUSTER veut diminuer la part de néant, ou décrire ce qu’aurait pu être d’autres réalités, utopie à caractère psychologique.

« Quelle idée intéressante se dit FERGUSSON de penser que les choses auraient pu se dérouler autrement pour lui, tout en restant le même. » FERGUSSON adorait la musique et le cinéma, avant même d’avoir compris qu’il serait écrivain.

« Ces soirées au concert n’étaient rien moins qu’une révélation sur le fonctionnement de son propre cœur, car il comprit que la musique était le cœur même de l’expression la plus parfaite du cœur humain, et après avoir écouté ce qu’il avait écouté, son oreille commençait à s’affiner, et mieux plus il écoutait plus il ressentait la musique à tel point que parfois son corps tremblait. »

AUSTER évoque fréquemment Dieu. « Dieu est cruel Archie. Il devrait protéger les braves gens de ce monde, mais il ne le fait pas. Il les fait souffrir tout autant que les méchants. Il a tué D.RASKIN, il a brûlé le magasin de ton père, il laisse des innocents mourir dans les camps de concentration, et on dit que c’est un Dieu bon et charitable. Quelle blague ! ».

« Dieu ne nous dit jamais ce qu’il pense. Tu pourrais lui écrire. C’est vrai. Mais ça ne marcherait pas. Quel est le problème ? Tu n’as pas de quoi te payer le courrier par avion ? Je n’ai pas son adresse ».

Le lecteur comprendra le titre 4321 à la fin du livre. Le thème des origines et du hasard sont des préoccupations fortes pour AUSTER. C’est la source de l’histoire de FERGUSSON. « FERGUSSON avait découvert que prêter attention était le premier pas dans la vie ».

FERGUSSON écrira, mais ne croira pas en ses œuvres, tout en ne pouvant pas se passer d’écrire. Il est doué, mais pas reconnu. Il reprendra à son compte cette pensée du poète Kenneth REXROTH « contre la destruction du monde, il n’y a qu’une seule réponse l’acte créateur. »

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03 mai 2018

"Le Prince" Nicolas MACHIAVEL

 

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Nicolas Machiavel philosophe, théoricien de la politique, poète, né en 1469 et mort en 1527. Il devint célèbre après la publication de son livre le Prince ou des principautés.

 

                                            

Dans l’introduction au Prince, Yves LEVY nous apporte quelques précisions importantes pour comprendre les écrits de Nicolas MACHIAVEL.

« Parmi les innombrables manuels sur l’art de régner composés depuis St THOMAS d’AQUIN jusqu’au 16ème siècle d’en désigner aucun dont MACHIAVEL se serait inspiré. »

L’ouvrage comporte 26 chapitres. Ce sont les chapitres 15 à 23 qui ont fait polémique et apparaître le terme machiavélique. Des conseils liés au pouvoir en dehors de tous critères moraux, pour le reste l’ouvrage s’inscrit dans un contexte historique.

« Ce qui fait la force du Prince, c’est l’exceptionnelle cohérence du texte. Comme ARISTOTE il distingue deux grandes catégories sociales : les grands et le peuple. Si donc MACHIAVEL s’inspire de XENOPHON et d’ARISTOTE pour conseiller au Prince de vivre en accord avec ses sujets, sa pensée on le voit, à une vigueur qui laisse loin derrière elle les propos de ses devanciers. »

POLYBE expose au livre 6 de ses histoires, la théorie de l’anacyclosis, c’est-à-dire l’évolution de l’état qui tombe de royauté en tyrannie, puis au régime aristocratique, lequel dégénère en oligarchie, d’où  sort la démocratie, mais celle-ci se dégrade en ochlocratie  (emprunté au grecokhlocratia, de okhlos, « foule » et –kratos, « pouvoir, gouvernement par la foule, la multitude, la populace) et de là on retourne à la monarchie. Le seul remède à ce cycle fatal, c’est un régime mêlé de royauté, d’aristocratie, et de démocratie. 

MACHIAVEL est le premier à considérer la politique comme un jeu de passions et d’intérêts animant des forces opposées.

… « Une partie de l’élite peut lire les ouvrages politiques de MACHIAVEL et deux courants se sont dessinés : celui des admirateurs de son courant politique, celui des adversaires de ses idées religieuses et morales. »

MONTESQUIEU et ROUSSEAU ont nommé MACHIAVEL, et l’un et l’autre ont accompagné son nom des plus grands éloges. MACHIAVEL observe la monotonie de l’histoire et se manifeste par l’action efficace. Ce qui amène la critique de MACHIAVEL, c’est son pragmatisme et ses constats en dehors de tous critères moraux. Il observe, il énonce, mais il reste à l’extérieur, il ne fait qu’agir par sa pensée. Il pose les principes quels qu’ils soient, pour être efficace, tout est dit, rien n’est caché.

« On peut remarquer que les hommes se doivent ou cajoler ou détruire, car ils se vengent des offenses légères, des grandes ils ne peuvent, aussi l’offense qui se fait à un homme doit-elle être telle qu’il n’y ait pas à craindre sa vengeance. »

Voilà une illustration concrète de machiavélisme, toute vérité est-elle bonne à dire ? A contrario, certaines observations sont utiles au Prince sans que la morale ait quelque chose à y redire.

« Pour les affaires d’Etat, si l’on connaît à l’avance les maux qui y naissent, ils se guérissent vite, mais quand, pour ne les avoir pas reconnus on les laisse croître au point que quand tout le monde les reconnaît, il n’y a plus de remèdes. »

« On tient plus facilement une cité accoutumée à vivre libre par le moyen des citoyens eux-mêmes que d’aucune autre façon, si on veut l’épargner. » « La nature des peuples est changeante, et il est aisé de leur persuader une chose, mais difficile de les tenir fermes en cette persuasion. »

Là également l’art de dominer le peuple, de dominer l’autre à transposer en règles.

« En toute cité on trouve deux humeurs opposées, et cela vient de ce que le peuple désire de n’être pas commandé, ni opprimé par les grands, et que les grands désirent commander et opprimer le peuple et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »

« Ceux qui, d’abord homme privés doivent à leur seule bonne fortune de devenir Prince, n’ont pas grand peine à le devenir, mais en ont beaucoup à le demeurer. » « Etre désarmé, en effet, entre autres sources de maux que cela entraîne te vaut d’être méprisé, ce qui est un des mauvais renoms desquels le Prince doit se garder. »

« Rien n’est aussi faible ou instable que le renom d’une puissance qui ne se fonde pas sur ses forces propres. » TACITE.

MACHIAVEL, observateur avisé du pouvoir politique et de la façon de le conserver. Il est vrai aussi que ces observations éclairent les oppresseurs comme les opprimés, apportant à chacun la connaissance des mécanismes, les manœuvres à réaliser ou éviter.

« Combien il serait louable chez un Prince de tenir sa parole et de vivre avec droiture et non avec ruse, chacun le comprend : toutefois on voit par expérience, de nos jours que tels Princes ont fait de grandes choses, qui de leur parole ont tenu peu de compte, et qui ont su ; par ruse manœuvrer la cervelle des gens ; et à la fin ils ont dominé ceux qui se sont fondés sur la loyauté. »

« Vous devez donc savoir qu’il y a deux manières de combattre ; l’une avec les lois, l’autre avec la force, la première est propre à l’homme, la seconde est celle des bêtes, mais comme la première très souvent ne suffit pas, il convient de recourir à la seconde. »

« Aussi est-il nécessaire à un Prince de savoir user de la bête et de l’homme. »

… « Il se trouve dans l’ordre des choses que jamais on ne cherche à fuir un inconvénient sans tomber dans un autre, mais la sagesse consiste à connaître la nature des inconvénients, et à présenter le moins mauvais pour bon. » « Les bons conseils d’où qu’ils viennent, naissent nécessairement de la sagesse du Prince, et non la sagesse du Prince des bons conseils. »

MACHIAVEL n’a pas un idéal comme PLATON par exemple. Il est pragmatique, la politique, le pouvoir, ce sont des équilibres pas nécessairement en adéquation avec les vertus. Le Prince nous pose deux grandes questions :

La politique doit-elle être morale ?

La fin justifie-t-elle les moyens ?

                                                                                                                                                                              

 

 

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