Je vais clore cette année 2015 par une nouvelle rubrique "la connaissance des grands textes" que nous retrouverons ponctuellement dans l'année à venir. Je vous propose de débuter cette rubrique par le discours d'Aristophane sur l'Amour tiré du Banquet de Platon.

Merci à tous les visiteurs de passage ou réguliers. Je vous souhaite un Joyeux Noël et une bonne et heureuse année 2016 pleine de lectures variées, de découvertes, de relectures, de joie et d'harmonie dans la quête constante de la connaissance.

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Aristophane

 

 

…"Je vais donc essayer de vous initier au pouvoir d’Amour, et cet enseignement, à votre tour, vous le donnerez aux autres".

L’humanité primitive.

 « Or, ce qu’il vous faut commencer par apprendre, c’est quelle est la nature de l’homme et qu’elle en a été l’évolution ; car autrefois notre nature n’était pas (Platon se souvient ici de la zoogonie d’Empédocle, dont il a voulu sans doute pasticher en outre le ton solennel. Les êtres tout d’une pièce, notamment, appartiennent à cette soogonie (fr.60-62 et cf Lucrèce,V,839) celle que précisément elle est aujourd’hui, mais d’une autre sorte. Premièrement, l’espèce humaine comportait en effet trois genres (e) ; non pas deux comme à présent, mais, en outre du mâle et femelle, il y en avait un troisième, qui participait de ces deux autres ensemble, et dont le nom subsiste de nos jours, bien qu’on ne voie plus la chose elle-même : il existait alors en effet un genre distinct, l’androgyne, qui, pour la forme comme par le nom, participait des deux autres ensemble, du mâle comme de la femelle ; ce qui en reste à présent, ce n’est qu’une dénomination, tenue pour infamante. Deuxièmement, chacun de ces hommes était, quant à sa forme, une boule d’une seule pièce, avec un dos et des flancs en cercle (En ponctuant autrement, on peut comprendre que c’est leur structure qui est tout d’une pièce, et qye c’est de leur dos, aussi bien que de leurs flancs, qu’est affirmée la forme circulaire. Il y a en effet deux idées, qui dominent le morceau : l’une est que ces hommes doivent être sphériques, comme le sont les astres, leurs parents, l’autres est qu’ils doivent être d’une seule pièce, puisqu’ils devront plus tard être sectionnés. On hésite à dire laquelle de ces deux idées prévaut dans la pensée d’Aristophane à ce moment de son exposé) ; il avait quatre mains et des jambes en nombre égal à celui des mains ; (a) puis, sur un cou tout rond, deux visages absolument pareils entre eux, mais une tête unique pour l’ensemble de ces deux visages, opposés l’un à l’autre ; quatre oreilles, quatre parties honteuses en double ; et tout le reste comme cet aperçu permet de conjecturer ! Quant à la démarche de cet être, elle pouvait se faire comme maintenant en droite ligne dans telle direction qu’il souhaitait ; ou bien, quand il entreprenait de courir vite, c’était à la façon d’une culbute et comme quand, en faisant la roue, on se remet d’aplomb dans la culbute par une révolution des jambes : en s’appuyant sur les huit membres qu’il possédait alors, l’homme avançait vite, à faire ainsi la roue ! (b) Or, s’il y avait trois genres et tels que j’ai dit, c’est pour cette raison que originairement, le mâle était un rejeton du soleil ; la femelle, de la terre, de la lune enfin, celui qui participe de l’un et de l’autre ensemble, attendu que la lune aussi participe des deux autres astres ensemble. Et justement, s’ils étaient tournés en boule, eux-mêmes aussi bien que leur démarche, c’est parce qu’ils ressemblaient à leurs parents. Leur force et leur vigueur étaient d’ailleurs extraordinaires, et grand leur orgueil. Or, ce fut aux Dieux qu’ils s’attaquèrent, et ce que rapporte Homère d’Ephialte et d’Otos (deux Géants qui, pour réussir leur entreprise, entassèrent sur le mont Olympe le mont Ossa,et, par-dessus, le mont Pélion cf Odyssée,XI,305 sq.), auxquels il fait entreprendre l’escalade du ciel, a rapport à ces hommes-là (c) et à leur intention de s’en prendre aux Dieux.

 

Origine de l’humanité actuelle.

« Sur ces entrefaites, Zeus et les autres Dieux délibéraient de ce qu’il leur fallait faire, et ils en étaient fort en peine : pour eux il n’y avait moyen en effet, ni de faire périr les hommes et d’en anéantir l’espèce comme ils avaient fait des Géants, en les foudroyant ; car c’eût été l’anéantissement, pour eux-mêmes, des honneurs et des offrandes qui leur viennent des hommes ; ni de leur permettre cette attitude impudente : « je crois bien  dit enfin Zeus qu’après s’être bien fatigué à y réfléchir, que je tiens un moyen de faire, à la fois qu’il y ait des hommes et que (d), étant devenus plus faibles ; ils mettent un terme à leur insolence (peut-être y a-t-il un souvenir des paroles de Prométhé dans Eschyle Prométhé echaîné,231-233). A cette heure en effet, poursuivit-il je m’en vais sectionner chacun en deux, et,  en même temps qu’ils seront plus faibles, en même temps ils seront pour nous d’un meilleur rapport, du fait que le nombre en aura augmenté. En outre, ils marcheront sur leurs deux jambes, en se tenant droit. Mais si, à notre jugement, leur impudence continue et qu’ils ne veuillent pas se tenir tranquilles, alors, conclut-il, à nouveau je les couperai encore en deux de façon à les faire déambuler sur une seule jambe, à cloche-pied. » Cela dit, il coupa les hommes en deux, à la façon de ceux qui coupent les cormes (e) dans l’intention de les conserver, ou à la façon de ceux qui coupent les œufs avec un crin (quelles que soient au juste les opérations dont il est question (et par exemple qu’il s’agisse ou non de cormes ; que couper un œuf dur avec un crin soit ou non une expression proverbiale), ce qui est du moins certain, c’est que PLATON envisage des entiers, desquels, par sectionnement, il est facile de faire de nouveaux entiers, lesquels, une fois constitués, ne peuvent plus refaire l’entier primitif.). Dès qu’il avait coupé un de ces hommes, Zeus enjoignait à Apollon (en sa qualité de Dieu guérisseur) de lui retourner le visage, ainsi que la moitié du cou, du côté de la coupure, afin que l’homme, avant le spectacle du sectionnement subi par lui, en devint plus modeste, il avait l’ordre aussi de remédier aux suites de l’opération. Et le voilà qui retournait les visages ; qui ramenant de tous les côtés les peaux sur ce qui aujourd’hui s’appelle ventre (de la façon dont on coulisse une bourse), les liait fortement vers le milieu du ventre, en ne laissant qu’une ouverture : ce que précisément nous appelons nombril. Puis, comme il restait encore des plis, (a) il en effaçait la plupart en polissant, et façonnait la poitrine en employant un outil analogue à celui avec lequel les cordonniers effacent les plis du cuir en le polissant sur la forme. Mais il en laissa subsister un petit nombre, pour servir à commémorer l’état ancien.

 

L’évolution de l’amour et l’explication de ses diverses formes.

 

Or, quand la nature de l’homme eut été ainsi dédoublée, chaque moitié, regrettant sa propre moitié, s’accouplait à elle, elles se passaient leurs bras autour l’une de l’autre, elles s’enlaçaient mutuellement dans leur désir de se confondre en un seul être, finissant (b) par mourir de faim et, en somme, de l’inaction causée par leur refus de faire quoi que ce soit l’une sans l’autre. En outre, quand une des moitié était morte et que l’autre survivait, cette survivante en cherchait une autre, et elle s’enlaçait à elle, aussi bien quand elle avait rencontré une moitié de femme, de femme entière (ladite moitié étant précisément ce qu’aujourd’hui nous appelons une femme) (une femme de l’espèce humaine actuelle, au lieu d’être une moitié de femme entière, pourrait être la moitié féminine d’un androgyne.), aussi bien quand c’était une moitié d’homme. De cette façon l’espèce humaine disparaissait. Or, s’en étant ému (Aristophane dit exactement : « ému de pitié » ; mais les considérations de 190 cd n’autorisent guère une interprétation aussi étroite.) Zeus s’avise d’un autre procédé, et il leur transporte leurs parties heureuses par-devant ! Jusqu’alors en effet ils les avaient en dehors, elles aussi ; (c) (comme leurs visages dans l’état primitif ; mais les visages, lors de la première transformation, avaient été, de la face externe, transportés sur le ligne de sectionnement.) ; et ce n’était pas en s’unissant l’un à l’autre, mais, à la façon des cigales, dans la terre, qu’ils engendraient et se reproduisaient (Aristophane ne veut pas parler d’une génération par la terre, comme celle qu’imagine, après Empédocle, Platon lui-même dans le mythe du politique (271 ab,274 a). Mais, de même que les cigales pondent sur la terre des œufs qui y éclosent, il admet que le mâle de l’humanité dépose sur le sol une semence qui y est recueillie par la femelle !). Voilà donc qu’il les leur a transportées comme cela, sur le devant, et, par leur moyen, il leur a permis d’engendrer l’un dans l’autre, dans la femelle par l’action du mâle. Son intention,  c’était que, par la copulation, à la fois, si c’est avec une femme qu’un homme à commerce, il y eût de leur part génération, accroissement de l’espèce humaine (ce que souhaite Zeus,cf.190 cd.) ; tandis que, à la fois, si même c’est avec un mâle, la satiété au moins résultât de ce commerce et les tournât alors vers l’action : c’est-à-dire qu’ils préoccuperaient d’autre chose dans l’existence ! (d).

Ainsi, c’est depuis un temps aussi lointain, qu’est implanté dans l’homme l’amour qu’il a pour son semblable : l’amour, réassembleur de notre primitive nature ; l’amour qui, de deux êtres, tente d’en faire un seul, autrement dit, de guérir l’humaine nature ! Chacun de nous est donc la moitié complémentaire d’un homme (En grec un symbole, signe de reconnaissance, par rapprochement des deux parties d’un jeton, d’un osselet (cf.193 a), etc. C’était comme la tessera des Latins, un témoignage de relations d’hospitalité, témoignage qui se transmettait dans les familles et attestait un lien de droit non seulement entre deux personnes, mais même entre deux familles. Aristophanes s’amuse ensuite à considérer tous les poissons plats qui, tel le carrelet, ont les deux yeux d’un même côté de la tête et un ventre blanc qui semble provenir d’un sectionnement tout récent, comme les moitiés, complémentaires d’un poisson complet. On trouve la même image dans la Lysistrata d’Aristophane (115 sq.), qui, coupé comme il l’a été, ressemble à un carrelet : un être unique dont on fait deux êtres. Aussi tous ceux d’entre les hommes qui sont une coupe de cet être mixte qu’alors justement on appelait androgyne dont amoureux des femmes, et c’est de ce genre que sont issus, (e) pour la plupart, les hommes qui trompent leurs femme, de même, à leur tour, toutes les femmes qui aiment les hommes, et de ce genre proviennent les femmes qui trompent leur mari ! D’autre part, toutes celles des femmes qui sont une coupe de femme primitive, celles-là ne font pas grande attention aux hommes mais c’est bien plutôt vers les femmes qu’elles sont tournées, et c’est ce genre que proviennent les tribades. Tous ceux enfin qui sont une coupe d’un mâle originel recherchent les moitiés mâles, et, aussi longtemps qu’ils seront petits garçons, en leur qualité de morcillons de mâle primitif, ils aimeront les hommes faits, (a) ils prendront plaisir à partager la couche de ceux-ci et à s’enlacer à eux ; ce sont eux, qui, entre les petits garçons et les adolescents, sont les plus distingués, en tant que ce sont eux qui, de nature sont les plus mâles. Mais, dit-on, ce sont tout simplement des impudiques ! On se trompe, car ce n’est par impudicité qu’ils se conduisent ainsi ; mais, comme ils ont de la hardiesse, de la virilité, un air mâle, ils s’attachent à ce qui leur ressemble.

Or, il en existe une preuve qui compte : c’est que, une fois qu’ils ont grandi, seuls ceux qui sont ainsi faits se révèlent finalement des hommes, en se dirigeant vers les affaires de l’Etat (b). D’autre part, parvenus à l’âge d’homme, ce sont les garçons qu’ils aiment, et, par nature, ils ne prennent pas intérêt au mariage, ni à la procréation d’enfants, mais c’est l’usage qui leur en fait une obligation : satisfaits cependant de passer leur vie tous deux ensemble, en célibataires. Ainsi donc, d’une façon générale, l’individu qui a ce caractère est aussi bien porté à aimer un jeune garçon qu’à aimer un amant, toujours s’attachant à ce qui lui est apparenté.

« Aussi bien, quand il lui arrive d’avoir commerce avec cette moitié dont je parle, alors l’amoureux des jeunes garçons, et de même toute autre sorte d’amoureux (c), tous ils se sentent miraculeusement frappés par une forte émotion d’amitié, de parenté, d’amour ; se refusant, pour bien dire, à se séparer l’un de l’autre, leur vie ensemble, eux qui seraient même incapables d’exprimer ce qu’ils souhaitent de se voir arriver l’un par l’autre ! Car personne ne se dirait que c’est le partage de la jouissance sensuelle, personne ne verrait là, en fin de compte, le motif du plaisir que prend chacun d’eux à partager la vie de l’autre avec une pareille grandeur dans le dévouement (d). Mais c’est une autre chose que souhaite manifestement l’âme de chacun d’eux, une autre chose qu’elle ne peut exprimer, un souhait dont elle devine cependant l’objet et qu’elle laisse comprendre ! Vous pouvez les imaginer, étendus sur la même couche, et voyant, debout devant eux, Héphaïstos (le Dieu forgeron, le Vulcain de la mythologie latine), qui, ses outils à la main, leur poserait cette question : « Qu’est-ce que vous souhaitez hommes, vous voir arriver l’un par l’autre ? » Vous pouvez les imaginer en peine de répondre et de nouveau questionnés par lui : « Est-ce de ceci, dites, que vous avez envie ? de vous confondre le plus possible l’un avec l’autre en un seul être, de façon à ne vous quitter l’un l’autre ni nuit ni jour ? Si c’est en effet de cela que vous avez envie, (e) je ne demande pas mieux que de vous fondre ensemble et, avec mon soufflet de forgeron, de faire de vous un alliage (une autre leçon, semble, à la vérité, avoir été celle qu’à connue Aristote (Polit.,II,4) ; mais, dans nos meilleurs manuscrits, elle n’apparaît qu’à titre de correction. Le sens serait alors moins précis et moins concret : « vous unir en une même nature », comme à 191 a fin.) ; en sorte que, de deux êtres que vous êtes, vous en soyez devenus un seul, et que tant que vous vivrez, vous viviez tous deux ensemble d’une existence commune, comme si vous étiez un seul être ; puis après votre mort, là-bas, chez Hadès, au lieu d’être deux vous soyez encore un seul, ayant eu, tous deux, une mort commune. Allons ! Voyez si c’est là ce que vous convoitez et si vous serrez satisfaits d’en avoir obtenu la réalisation ! ».

 Il n’y en aurait pas un seul, nous en sommes bien sûrs, qui en entendant cette proposition, la refuserait, il ne s’en découvrirait pas un seul non plus pour souhaiter autre chose ! Mais ils penseraient, bel et bien, avoir entendu exprimer ce dont en fin de compte, ils avaient depuis longtemps envie, de deux êtres qu’ils étaient, en devenir un seul !

« En voilà effectivement la raison : notre antique nature était celle que j’ai dite, et nous étions d’une seule pièce ! (a) Aussi bien est-ce au désir et à la recherche de cette nature d’une seule pièce, qu’on donne le nom d’amour. En d’autres termes, auparavant, c’est ce que je dis, nous étions un être unique ; mais maintenant, à cause de notre injuste conduite, notre unité a été dissoute par le Dieu, de la même façon que, par les Lacédémoniens, l’unité, l’unité arcadienne (Aristophane compare le sectionnement de notre nature primitive à ce qu’on appelait un dioecisme, c’est-à-dire à l’opération punitive qui consistait, de la part d’un Etat suzerain, à rompre l’unité politique d’une Cité, infidèle ou révoltée, en dispersant ses habitants en villages isolés, après avoir rasé les murs. Il est probable que Platon pense ici à la punition infligée par les Spartiates à Mantinée, la ville principale de l’Arcadie, en 835 (donc trente et un an après la date supposée du banquet d’Agathon : anachronisme, si l’hypothèse est fondée). On appelait synoecisme le rétablissement de l’unité politique de la Cité :ce qui arriva pour Mantinée en 371, quand elle fut restaurée par Epaminondas sous le nom de Mégalopolis.). Or il est à craindre, si nous ne sommes pas modestes à l’égard des Dieux, que nous ne soyons, une fois de plus, fendus en deux, et qu’alors nous ne nous promenions, pareils aux personnages dont on voit sur les stèles (les stèles funéraires) le profil en bas-relief, sciés en deux selon l’axe de notre nez, devenus pareils aux osselets qu’on coupe en deux (Cf. note 6,p.719.) ! Eh bien ! voilà pour quels motifs c’est une recommandation qu’on doit faire à tout homme : de témoigner en toutes choses aux Dieux un pieux respect, (b) en vue, aussi bien, d’éviter la seconde alternative, que de parvenir, avec Amour pour guide et pour chef, à réaliser la première (C’est-à-dire à retrouver par l’Amour son unité primitive). Que nul ne fasse rien qui contrarie Amour ! Or, le contrarie quiconque se rend odieux à la Divinité. C’est que, une fois en amitié et paix avec Amour, nous mettrons  la main sur les aimés qui sont proprement nôtres et avec eux nous aurons commerce : ce que font à notre époque bien peu de gens ! Ah ! qu’Eryximaque, prêtant à mes paroles une intention comique, n’aille pas supposer que je parle de Pausanias et d’Agathon. Sans doute est-il probable (c) qu’ils sont en effet précisément de ceux-là et que leur nature est, à tous deux d’être des mâles ! (probabilité ironique, qui est, à la fois, un rappel du dédoublement du mâle primitif, et une allusion à la féminité d’Agathon, principale caractéristique de son personnage dans les Thesmophories d’Aristophane) Quoi qu’il en soit, c’est en ayant égard, quant à moi, à tous les hommes, à toutes les femmes, sans exception, que je le dis : le moyen pour notre espèce de parvenir au bonheur, ce serait, pour nous, de donner à l’amour son achèvement, c’est-à-dire que chacun eût commerce avec un aimé (Ici, comme quelques lignes plus haut, Platon emploie le mot grec que rend ordinairement le français « un mignon ». Mais en s’adressant, comme il vient de faire, à tous les hommes et à toutes les femmes, il donne à penser que le mot doit être pris dans son sens le plus général. L’équivoque est voulue et d’intention comique.) qui soit proprement le sien ; ce qui est pour chacun revenir à son antique nature. Et, si celle-ci est la perfection, alors ce qu’il y a de plus parfait parmi les réalités de notre expérience présente est forcément aussi ce qui s’en rapproche le plus. Or, c’est d’avoir commerce avec un aimé qui soit selon son cœur en vertu de la nature.

« Ainsi donc, en célébrant le Dieu à qui nous devons cela (d), c’est d’Amour qu’à bon droit nous célébrerions : Amour qui, dans le présent, nous donne le plus d’avantages, en nous menant à la condition qui nous est propre ; Amour qui nous procure, pour l’avenir, les plus grandes espérances : celles de le voir, si nous témoignons aux Dieux un pieux respect, nous rétablir dans notre antique nature, nous guérir, et ainsi nous donner béatitude et félicité !

A8602 Le Banquet