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François CHENG nous propose 5 méditations sur la mort autrement dit sur la vie.

Voilà le sujet le plus important qui soit pour l’homme. La finitude et ses conséquences. Le sens de la vie ou son absurdité. Comment mener sa vie le plus intelligemment possible? Comment vivre et gérer nos inégalités naturelles et conventionnelles? Pas de réponse vraiment à ces questionnements, mais des questions qui in fine marquent notre soif de transcendance.

« Immense paradoxe: la conscience de la mort qui nous taraude est loin d’être une force purement négative, elle nous fait voir la vie non plus comme une simple donnée, mais bien comme un don inouï, sacré. »

« On finit même par comprendre que le bonheur provient toujours d’une rencontre, d’un échange, d’un partage. »

La mort doit nous apprendre à vivre, pour autant la vie peut-elle nous apprendre à mourir? Le bonheur ici et maintenant n’est-il pas avec l’autre cet autre qui peut aussi être mon enfer.

« Aimer un être, c’est dire : « toi tu ne mourras pas » Gabriel MARCEL

« L’esprit se meut, l’âme s’émeut, l’esprit raisonne, l’âme résonne » écrit F.CHENG

« Tout être, de par son unicité tend vers la plénitude de sa présence au monde, à l’instar d’une fleur ou d’un arbre. Tels sont le commencement et la définition même de la beauté »

Bergson propose une dimension supplémentaire. « Le degré suprême de la beauté est la grâce, mais par le mot grâce on entend aussi la bonté. Car la bonté suprême, c’est cette générosité d’un principe de vie qui se donne indéfiniment. C’est là le sens même de la vie. »

Réfléchir sur la mort, doit nous permettre de tirer des enseignements pour orienter notre vie le mieux possible. La plupart des hommes au quotidien oublient qu’ils sont mortels alors même que cette conscience permanente génératrice d’humilité permettrait d’éviter bien des écueils.

« Malgré nos milles mesures visant à nous sécuriser, nous vivons sous la menace des maladies, d’accidents, des conflits meurtriers, de pertes d’être chers. D’où notre permanente angoisse. Compte tenu de cette situation, il y a bien lieu de parler du miracle d’être là ensemble, de partager ce rare bonheur d’un vrai échange. »

Mais cette réflexion s’applique-t-elle aux grands brulés, tétraplégiques, grands dépressifs,...Venir au monde a-t-il un sens? à cette question apparaît Dieu opium du peuple ou grande espérance ? Notre finitude doit nous aider dans notre rapport à l’autre, aux êtres chers. L’homme doit s’interroger sur lui, ce radeau ivre perdu dans l’immensité de l’univers, son attitude, le bien et le mal. Autant CIORAN se révolte contre la vie qu’il n’a pas demandé, autant l’attitude de la vie ouverte que propose CHENG est une acceptation positive.

Je ne sais pas si la vie est précieuse, si Dieu existe, mais ce chemin qu’il soit court, long, agréable, désagréable, nous devons le parcourir.

« Confondre la vraie liberté, garante de la dignité humaine, avec un laisser-aller qui serait régi par le seul principe de plaisir relève d’une méprise mortifère »

« L’homme, être doué d’intelligence et de liberté, lorsqu’il est mû par la volonté de possession et de domination, est capable de tout pervertir, causant des souffrances inouïes et menaçant de détruire l’ordre de la vie même. »

Victor HUGO prononça un discours sur la tombe de la fiancée de son fils dont voici un extrait:

« Le prodige de ce grand départ céleste qu’on appelle la mort, c’est que ceux qui partent ne s’éloignent point. Ils sont dans un monde de clarté, mais ils assistent, témoins attendris, à notre monde de ténèbres. Ils sont en haut et tout près. Oh ! qui que vous soyez, qui avez vu s’évanouir dans la tombe un être cher, ne vous croyez pas quittés par lui. Il est toujours là. Il est à côté de vous plus que jamais. La beauté de la mort c’est la présence. Présence inexprimable des âmes aimées, souriant à nos yeux en larme. L’être pleuré est disparu, non parti. Nous n’apercevons plus son doux visage, nous nous sentons sous ses ailes. Les morts sont les invisibles, mais ils ne sont pas les absents...»

« Au-delà du comique ou du tragique de notre précarité, bien au-delà, il y a le haut fait d’être, le sacré fait d’être. Rien ne peut faire que cet homme-là, que cette âme-là, n’ait pas été. Rien ne peut plus effacer ce qui constituait son unicité. »

JANKELEVITCH écrit: « si la vie est éphémère, le fait d’avoir vécu une vie éphémère est un fait éternel.»

Alors pourquoi posséder, aimer, apprendre, créer, et disparaître ?

GABIN termine sa chanson en disant...maintenant je sais qu’on ne sait jamais....mais ça je le sais.

Est-ce la vraie leçon à recevoir?

 

 

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