ALAMEDDINE Rabih les vies de papier

Prix Femina étranger 2016

Un beau roman, lent, subtil, une photographie de mœurs à Beyrouth, en perspective avec le mode de vie atypique d’une femme essayant d’être libre, après un mariage imposé à 16 ans, le rejet de sa belle-famille, et sa répudiation par son mari.

AALIYA est restée vivre dans l’appartement où elle emménagea après son mariage. Ses rapports avec sa mère remariée et ses deux demi-frères sont difficiles. Elle choisit une vie de solitude et d’indépendance. Depuis l’âge de 14 ans elle traduisait des livres en arabes et lisait beaucoup, se réfugiant dans la littérature et la philosophie.

« La littérature est mon bac à sable. J’y joue, j’y construis mes forts et mes châteaux, j’y passe un temps merveilleux. C’est le monde à l’extérieur de mon bac à sable qui me pose problème ».

L’auteur déroule cette vie minimaliste qu’AALIYA a essayé de bâtir à sa convenance, mettant en place un petit bonheur, invisible d’autrui, et une liberté qui valait de l’or à ses yeux. Le premier acte de cette « émancipation » douce, fut la reprise d’une petite librairie, sans éclat, qui lui offrit le plein univers des livres.

« Moi l’éternelle autodidacte, je me servis de ce magasin pour apprendre ».

Son univers : sa mère, ses trois voisines, ses traductions, ses livres, sa musique, son petit appartement. Elle emprunte à  Rainer Maria Rilke cette pensée  des élégies tirées de Duino : « Je n’aime pas me plaindre, vraiment, je n’aime pas, mais je constate que je me plains souvent. Vieillir c’est se lamenter. »   

Un roman original, ouvrant des réflexions sur l’indépendance, la solitude, la force des livres, la famille, sur ce que l’on peut faire d’une vie.

Alameddine-2Rabih ALAMEDDINE