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Dernier ouvrage de Clément ROSSET avant sa mort. Une tentative d’analyse et de description de la joie de vivre et d’exister. Il utilise trois angles de réflexion très pertinent.

Le bouclier d’Achille. (L’Iliade Homère)

« Les raisons qui nous expliqueraient pourquoi la vie est désirable, voire infiniment désirable, ont toujours manqué à l’appel où n’ont avancé que des motifs incompréhensibles et opaques. 

Le récit homérique est d’ordre épique, rapporte des faits imaginaires et volontiers extraordinaires, ne serait-ce que par le rôle qu’y jouent les dieux. Tandis que ce que raconte le bouclier d’Achille est le récit de la vie, de la vie réelle, de la vie des hommes. »

Marcel CONCHE explique : ce que le décor du bouclier nous offre c’est une image du bonheur. »

« Ce bonheur est essentiellement humain (il ne concernait pas les dieux)  s’il évoque un paradis, c’est le paradis d’ici et non celui de l’au-delà, c’est en un mot le paradis terrestre. »

Avant ou parallèlement à cette recherche du bonheur, il faut s’interroger sur la transcendance, mais également ici et maintenant sur les meilleures façons de le trouver, de l’apercevoir, de le vivre quand c’est possible.

Dans l’Iliade, récit épique violent où dieux et mortels jouent une partition de vie et de mort, C.ROSSET s’appuie sur la mise en lumière de Marcel CONCHE, c’est au moment du décor du bouclier d’Achille que la guerre est mise entre parenthèse, les dieux absents, des hommes réalisent ce décor paisiblement, unies autour d’un projet artistique, concentrés uniquement sur leur réalisation. Moment de bonheur, aperçu du paradis terrestre. 

Tout cela nous dit quoi ? Les luttes avec des dieux comme arbitres suscitent les guerres, les divisions. Les hommes sans projet, sans envie ou possibilité de dépassement, se jettent plus facilement dans la violence. Cet exemple évoque aussi la prise en compte des choses simples qui élèvent également l'homme. Il faut donner un sens à la vie, il y a un sens à la vie. Identifié, il peut apporter la joie de vivre.

 

La guerre et la paix.

« La violence a toujours tort, seule la paix a raison et finit par l’emporter. La guerre a certes toujours le dessus, mais seulement jusqu’à ce qu’elle soit supplantée par la paix. La paix n’est cependant pas la joie de vivre, mais une occasion favorable qui la rend possible.

La paix n’est pas exactement le contraire de la guerre, pas plus que la joie ne signifie la cessation d’une tristesse. La colère, l’homme désire s’abandonner à (ce miel si doux Livre 18 Iliade) ce qui lui ôte tout jugement et s’empare de lui sans qu’il puisse y résister. Mais c’est la tentation du pire.

Pour que la joie de vivre puisse un tant soit peu s’exprimer il faut la paix. La paix finit toujours par gagner, mais à quel prix parfois. Ce constat est valable au quotidien. Vivre en paix favorise la joie de vivre. Des incivilités, des voisins bruyants, des personnes agressives, …sont autant de petites guerres qui génèrent l’agitation et empêchent l’éclosion de cette joie.

Le balancier guerre paix dans le macrocosme comme dans le microcosme est la mesure de la joie de vivre. L’après-guerre en 1946 a laissé place à une paix enthousiasmante où la joie de vivre, d’exister, était très présente.

Mais hélas, l’homme ne peut conserver de façon permanente cet état, au fil du temps la joie de vivre s’échappe, le balancier est permanent.

 L’offrande musicale.

« La musique provoque des sentiments, elle ne les exprime pas » écrit Alexandre TANSMAN ami compositeur et biographe de STRAVINSKY.

« Le héros légendaire de la Grèce, Orphée chanteur, sorte de demi-dieu invite et contraint l’ensemble des êtres vivants à abandonner tout soucis. Orphée est donc le guérisseur (provisoire) de tous les malheurs. Mais uniquement par son chant. Une fois celui-ci interrompu, l’enchantement s’achève.

La musique peut séduire, mais c’est par l’effet d’une jouissance qui n’est pas mesurable en fonction des qualités qui spécifient ordinairement une représentation.

On pourrait peut-être distinguer trois musiques : celle qui rend gai et heureux, celle qui rend plus ou moins mélancolique, enfin la musique révoltée contre le drame de la vie, une musique qui disqualifie la joie.

De tous les arts, celui qui s’inscrit dans un réel brut, que nous prenons en plein visage, c’est la musique. Seule durant son existence, et uniquement durant ce moment, elle influe sur ceux qui la reçoivent.

Elle fait ressortir de nos profondeurs des joies, des tristesses, mais elle est en dehors du processus. Son exécution, rien avant, rien après ne compte. Elle guérit, exacerbe, agit toujours provisoirement.

La musique un monde parallèle, un langage entre Dieu et les hommes, entre les hommes, sans parole.

« La musique, quoi qu’on en attende n’évoquera jamais rien, pas même le texte dont il lui arrive de se servir comme d’un prétexte à ne rien dire. »

« La musique, une offrande c'est-à-dire une offre paradoxale qui donne sans rien donner, qui réjouit infiniment sans fournir pour autant le moindre motif de réjouissance. »

C’est la musique qui est le maître du moment, réel immédiat, entier.

838__abr5593_copie_copieClément ROSSET