imagesGeorges BERNANOS

monsieur OUINE

 

 

 

Dernier roman de Georges BERNANOS, écrit durant 10 ans. BERNANOS nous transporte dans un village possédé par le mal, monsieur OUINE est un roman noir, déroutant, a temporel, mais aussi philosophico-religieux.

Il est possible que ce soit difficile pour certains lecteurs d’entrer dans cet univers.

Un lieu le village Fenouille, des personnages : le jeune adolescent Philippe alias Steny, la châtelaine prénommé « jambe de laine » elle vit avec Anthelme un joyeux vivant, artiste, monsieur OUINE ancien professeur de langues vivantes, le curé, le maire, le médecin…

Ces personnages vont évoluer autour du meurtre d’un jeune valet, meurtre mystérieux dont l’assassin ne sera pas connu. Nous constatons au fur et à mesure des pages une noblesse futile et décadente, un maire dépassé et incompétent, un médecin rationnel à l’excès, un prêtre qui ne semble pas supporter sa mission, un prêtre en manque d’espérance.

« D’autant qu’il n’y a pas de malheur des hommes monsieur l’abbé, il y a l’ennui. Personne n’a jamais partagé l’ennui de l’homme et néanmoins gardé son âme. L’ennui de l’homme vient à bout de tout, monsieur l’abbé, il amollirait la terre ».  Mr Ouine

Voilà une vision schopenhauerienne, mais sur l’exercice de la prêtrise G. Bernanos écrit ce passage moment fort du roman : « L’assistance d’ailleurs ne prêtait que peu d’attention à ce petit homme chauve semblable à tant d’autres petits hommes chauves généralement barbus qui parlent au nom de l’Etat dans les cérémonies. Elle n’avait d’yeux que pour son prête humilié. La haine du prêtre est un des sentiments les plus profonds de l’homme, il en est aussi un des moins connus. Qu’il soit aussi vieux que l’espèce elle-même nul n’en doute, mais notre âge l’a élevé à un degré presque prodigieux de raffinement et d’excellence : c’est que l’abaissement ou la disparition des autres puissances a fait du prêtre pourtant si étroitement mêlé à la vie sociale un être plus particulier, plus inclassable qu’aucun des vieillards magiques que l’ancien monde tenait enfermés au fond des temples, ainsi que des animaux sacrés, dans la seule familiarité des dieux. D’autant plus particulier, plus inclassable qu’il ne se reconnaît pas pour tel presque toujours dupe d’apparences grossières, l’ironie des unes, la déférence servile des autres. Mais à mesure que la contradiction d’ailleurs moins religieuse que politique et dont s’est trop longtemps nourri leur orgueil se résout peu à peu en une sorte d’indifférence hostile, le sentiment croissant de leur solitude les jette désarmés au cœur même des conflits sociaux qu’ils se vantent ingénieusement de résoudre par des textes.

Qu’importe ! l’heure vient où sur les ruines de ce qui reste encore de l’ancien ordre chrétien, le nouvel ordre va naître qui sera réellement l’ordre du Monde, l’ordre du Prince du Monde, du prince dont le royaume est en ce monde. Alors, sous la dure loi de la nécessité plus forte que toute illusion, l’orgueil de l’homme d’Eglise, entretenu si longtemps par de simples conventions survivant aux croyances aura perdu jusqu’à son objet, et le pas des mendiants fera de nouveau trembler la terre ».

Enfin monsieur OUINE un curieux professeur aux multiples facettes, ouvrant des interprétations symboliques diverses. « M. OUINE peut parler de n’importe quoi, les choses les plus simples (parfois même vous le croiriez naïf, ou même bête et il ne le fait pas exprès), ou la chose la plus simple, dans sa bouche, on ne la reconnaît plus. Ainsi, par exemple il ne dit jamais de mal de personne et il est très bon très indulgent. Mais on voit au fond de ses yeux je ne sais quoi qui fait comprendre le ridicule des gens.. Et ce ridicule ôté, ils n’intéressent plus, ils sont vides. La vie aussi est vide. Une grande maison vide, où chacun entre à son tour. A travers les murs, vous entendrez le piétinement de ceux qui vont entrer, de ceux qui sortent. Mais ils ne se rencontrent jamais. Vos pas sonnent dans les couloirs, et si vous parlez, vous croyez entendre la réponse. C’est l’écho de vos paroles, rien de plus. Lorsque vous vous trouvez brusquement en face de quelqu’un, il n’y a qu’à regarder d’un peu plus près vous reconnaissez votre propre image au fond de ces glaces usées, verdies, sans une caresse de poussière, pareille à celles qui sont ici… » .

L’ensemble du roman est noir sans lumière, la douleur, le mal sont omni présents, le « péché »  est aussi partout : paresse, orgueil, ivrognerie, luxure, avarice, colère, envie,… Le mal transmet le mal, le jeunesse n’est pas innocente. M.OUINE est le porte étendard de cet enfer, il est grand, insignifiant, sans caractère, manipulateur, mystérieux, pouvant symboliser le bien et le mal. OUINE rappelle l’idée nietzschéenne par-delà le bien et le mal, il vit dans le mal, il le traîne depuis toujours sans pour autant le faire. Il symbolise le noir mais il est vide. Tout est confus, le désordre règne. BERNANOS pose beaucoup de questions et n’apportera pas de réponse, le Prince du Monde à pris le pouvoir, tout le pessimisme de l’auteur est concentré dans ce roman.

Un livre envoûtant qui peut être considéré comme chef d’œuvre de la littérature française.

A lire une étude de Juan ASENSIO sur le « démoniaque selon Soeren KIERKEGAARD dans monsieur OUINE de Georges BERNANOS »

La vision démoniaque de BERNANOS rejoint celle de KIERKEGAARD. La sphère démoniaque bien qu’hermétiquement close ne l’est jamais assez pour empêcher le Bien de pénétrer. Les destinées du saint et du pécheur sont liées. Constance du bien et inconstance de mal, enfin le vide et l’ennui. Le secret, un secret pour vivre, un secret pour tromper l’ennui mais le secret est vide, illusoire…